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Brice Hortefeux a construit lui-même son malheurPhilippe Bilger - Blogueur associé | Lundi 14 Septembre 2009 à 16:08 | Lu 25874 fois
Philippe Bilger entre à son tour dans le débat sur l'affaire Hortefeux. En soulignant que le Ministre est, finalement, la victime de sa complaisance envers le politiquement correct et le racisme institutionnalisé.
(capture d'écran - tv5)
Le président de la République a raison : on a mieux à faire que de passer son temps à disséquer une vidéo pour accuser de racisme le ministre de l’Intérieur, son ami Brice Hortefeux. Il faudrait, c’est vrai aussi, demeurer concentré sur l’essentiel, la France, dont l’état exige la mobilisation de toutes les énergies. Mais, puisque depuis plusieurs jours, on ne parle que de cela, que les versions les plus contradictoires circulent et qu’apologies et lynchages se répondent, il me semble qu’il n’est pas indécent de tenter d’y voir clair. J’ai conscience, modestement, de m’inscrire dans un mouvement erratique qui met au pinacle dans l’esprit public, via Internet, des épisodes dérisoires peut-être parce que le citoyen n’est plus réellement sollicité par l’important et qu’il traduit ainsi sa volonté de personnaliser la politique en s’en prenant sans nuance à ses représentants.
La vidéo incriminée - celle prise par Public Sénat étant identique à celle du monde.fr - ne laisse pas place au doute sur la teneur des propos échangés, notamment par Brice Hortefeux, lors du camp d’été de l’UMP dans les Landes à Seignosse. Mais comment faut-il les qualifier ? Le ministre de l’Intérieur a affirmé que dans cette ambiance décontractée - le président lui aurait reproché cette « décontraction » mais le chewing-gum, dans le genre, n’est pas mal ! - il avait seulement voulu faire référence d’abord à des clichés puis aux Auvergnats. Pourquoi pas ? Cependant, à l’analyse, il ne semble pas que la phrase reprochée à Brice Hortefeux puisse être interprétée autrement que comme une allusion au nombre d’Arabes. En effet, une voix féminine dit au sujet d’Amin, un jeune militant d’origine arabe : « C’est notre petit Arabe » et le ministre de réagir ainsi : « Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage ». Jean-François Copé affirme n’avoir rien entendu (Le Figaro) et Amin, dans une vidéo où il exprime son sentiment mais dans une formulation qui lui semble dictée, défend le ministre en l’exonérant de tout soupçon de racisme à son égard. L’affaire se complique à cause de ce qui était advenu à Paul Girot de Langlade, préfet mis à la retraite par le ministre de l’Intérieur, qui se voyait reprocher, à la suite de la plainte d’une employée à Roissy, un propos raciste qu’il niait avoir tenu puis une violation de l’obligation de réserve en raison de sa dénonciation vive de l’attitude de Brice Hortefeux. Cette similitude apparente des situations a conduit certains, dont Me Collard, avocat du préfet, à réclamer la démission du ministre de l’Intérieur qui devrait s’appliquer les mêmes règles que celles dont Paul Girot de Langlade a pâti. J’ai évoqué les similitudes apparentes parce que, dans ses profondeurs, les épisodes ne me semblent pas comparables si l’accusation à l’encontre du préfet est fondée. Il est de bonne et triste guerre que la gauche se soit engouffrée dans la brèche que lui ouvrait cette vidéo parce que rien n’est plus porteur aujourd’hui que de désigner l’adversaire comme raciste. Guère surprenant non plus de voir Guy Bedos et Josiane Balasko signer la pétition de Charlie Hebdo pour exiger le départ d’Hortefeux. Cela vous pose sur le plan éthique et conduit l’autre, toujours, à une défense malaisée car comment mettre au jour la limpidité de son esprit ? Tâche quasiment impossible. Il n’est pas étonnant non plus que le Premier ministre, quelques ministres et les jeunes de l’UMP aient pris le parti de soutenir Brice Hortefeux et qu’Henri Guaino ait fait de même. Il y a là les clivages traditionnels, qui paraissent moins se soucier du fond des choses que de la volupté de combattre et du confort d’un monde contrasté comme il convient. Ce qui gêne dans cette controverse, c’est le fait que personne n’ose aborder de face la réalité des propos tenus par Brice Hortefeux. On les veut scandaleux ici et là, on tente de leur donner un autre sens que celui qui vient immédiatement à l’esprit. Dans les deux cas on s’inscrit dans une configuration qui accepte, quelles que soient les circonstances, de juger la réplique du ministre comme raciste. Je regrette que celui-ci, dont pourtant le parler vrai n’est pas la moindre qualité, ait biaisé sur ce plan. On aurait aimé qu’il assume la réalité du propos mais qu’il n’hésite pas à lui donner sa mesure véritable qui est mince. Il se trouve dans le campus d’été de l’UMP. Il discute notamment avec le jeune Amine et plaisante avec lui et d’autres sur les Auvergnats puis sur le « petit Arabe », enfin déclare ce que j’ai rapporté. A prendre son intervention même au plus extrême de la gravité qu’on veut lui apposer, à moins de s’indigner par volonté, peut-on soutenir qu’il y a là, dans ce cadre, de quoi alléguer que la morale et l’humanisme sont blessés à mort ? L’outrance éthique s’échauffant sur presque rien va conduire à relativiser les luttes nécessaires contre le racisme. L’excitation artificielle sur le détail va tuer la dénonciation légitime pour le gros. Le racisme, c’est bien autre chose que la nudité d’une phrase. Il dépend du ton, de l’interlocuteur, de la familiarité ou non du moment, de la blessure qu’on provoque ou non. Qui peut prétendre, même ceux qui s’en prennent à Brice Hortefeux en étant persuadés de jouer sur du velours éthique, n’avoir jamais dans sa quotidienneté, bien assuré de n’offenser personne grâce à l’impossibilité de tout malentendu, proféré ou écouté des phrases de ce type sur quelque communauté que ce soit ? On perçoit alors les différences sensibles avec l’énervement insultant (s’il est établi) du préfet, non seulement à cause de la plainte mais en raison du ton, du lieu et des circonstances. Ici à l’aéroport, là dans les Landes, ici dans la presse d’une activité sérieuse, là dans le léger d’échanges faussement sérieux, sans l’ombre d’une vexation pour Amine mêlé au jeu. A mon sens, au pire, de la part de Brice Hortefeux, une plaisanterie un tantinet vulgaire, au mieux une plaisanterie qu’il savait anodine en ce temps et en ce lieu. Rien en tout cas qui autorise les donneurs de leçons à condamner par le verbe un ministre qui n’a pas commis un crime avec ses mots !
On peut opposer que Brice Hortefeux ayant une propension au racisme, selon certains dont Rachida Dati, il serait forcément, dans n’importe quelle séquence de sa vie publique ou personnelle (si elle est révélée), coupable de cette déviation. C’est absurde et relève du partisan le plus sommaire. Serait-il plus fondé de soutenir que pour un ministre, il n’existe plus de moments publics ou privés mais que l’exigence de responsabilité, le souci de prévenir toute équivoque doivent peser en permanence sur lui ?
Je crains que notre démocratie en arrive là, non pas avec l’intrusion inévitable d’Internet - elle représente qu’on le veuille ou non un progrès - mais avec les interprétations délirantes que médias et politiques se plaisent à donner de propos dont la nocivité est fantasmée. Parce que Brice Hortefeux a parlé, quoi de plus commode pour l’atteindre ? Demain, quel serait ce monde qui contraindrait au silence, à une surveillance constante, à une langue nulle ? Un enfer. Internet montre et transmet. Le mal ne naît pas de lui mais de ceux qui glosent à partir de lui. Et qui s’égarent. J’ai beaucoup apprécié l’humour involontaire du journal de France 2 faisant venir Jacques Séguéla qualifié d’expert en communication. Il a suggéré que les politiques ne s’expriment plus en off alors que lui, oralement (sans oublier l’anecdote de la rencontre présidentielle par écrit !) a démontré que le on et le off ne lui interdisaient rien ! Pour demeurer plausible, c’est la démocratie qui doit cesser de mettre nos représentants, nos ministres dans un étau où l’alternative serait le silence ou l’insipide. Le feu nourri contre Brice Hortefeux est à la fois ridicule et injuste. Il n’empêche que j’y vois, sans doute par humeur, un singulier retour des choses. C’est aussi à cause de la complaisance manifestée à l’égard de l’anti-racisme institutionnalisé, en faveur de toutes les demandes poussant à une surenchère, que, dans la quotidienneté d’un campus d’été de jeunes UMP, un ministre est absurdement épinglé. Le Pouvoir récolte aigrement ce qu’il n’a cessé de semer en ne mettant pas freins et limites aux communautarismes impérieux. Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog
Va, lis et reviens :
Cinq questions que Mediapart pose à Brice Hortefeux Hortefeux donne dans l'humour raciste à répétition Le mensonge d'Hortefeux et les médias : enfin ! Hortefeux et les boutefeux La paille et la poutre Affaire Hortefeux : pataquès sur l'origine de la vidéo Me Collard : « Hortefeux doit démissionner » Hortefeux, l'arroseur arrosé Racisme : Hortefeux va-t-il être mis à la retraite d'office ?
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