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Bouton, le Messier des subprimes

Gérald Andrieu | Mardi 5 Mai 2009 à 07:00 | Lu 7028 fois

Avant de connaître la disgrâce, Daniel Bouton a vu ses louanges chantées par tous les médias. Comme, en son temps, un certain Jean-Marie Messier…



Daniel Bouton, invité de David Pujadas (capture écran : France 2).
Daniel Bouton, invité de David Pujadas (capture écran : France 2).

Sur le monument aux morts des puissants tombés pour l’exemple figure désormais le nom de Daniel Bouton. Nicolas Sarkozy voulait la peau du patron de la Société générale : il a fini par l’avoir. Et quoi de plus pratique et sans danger que tirer sur l'ambulance Bouton, histoire d'éviter les vrais débats ? Les médias ont sauté sur l'occasion et ont fait de Bouton le responsable des dérives d'un système dont il n’est finalement que l’agent zélé. Comme de bien entendu, ceux qui, aujourd’hui, relatent sa chute avec délectation sont les mêmes qui, hier, tout aussi moutonniers, l’encensaient. Un patron adulé qui finit par subir la curée, ça ne vous rappelle rien ? Jean-Marie Messier, bien sûr ! Eh oui :  Daniel Bouton, c’est pour ainsi dire le J2M version « crise des subprimes ».


Pour l’ex de la Soc Gen, comme pour l’ex de Vivendi, la complaisance des médias jusqu’à sa disgrâce a été totale. Comme Jean-Marie, Daniel a eu droit à sa photo dans Paris-Match. Pas de pose nonchalante, bouquin à la main et chaussette trouée au pied pour le banquier, mais un cliché où on le voit, lui le passionné d’opéra, se tenant près d’un piano. Comme Messier, Bouton a eu droit à des portraits dégoulinants d’éloges dans la presse. S’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait celui du magazine Challenges paru en mars 2007. A posteriori, cet article est hilarant. Bouton y est présenté comme un « homme de sang froid » au « parcours brillant »« très élégant dans son costume d’alpaga rayé » ! Il y est surtout décrit comme un « champion du retour sur investissement » qui « appartient à la race des premiers de la classe » et qui « a laissé un souvenir éblouissant de ses présentations des comptes de la nation » lorsqu’il était dir cab d’Alain Juppé au ministère du Budget !


Bouton : l'homme qui pensait « au laser » !

L’intelligentsia aussi, en son temps, a chanté les louanges de Daniel Bouton. Ainsi Alain Minc, l’homme qui murmure à l’oreille du Président, confie-t-il en mars 2007, toujours dans Challenges, toute l’estime qu’il porte au patron de la Société générale : « C’est un homme très efficace, très rapide intellectuellement, qui pense au laser. Il n’hésite pas à manifester sa supériorité intellectuelle. Il faut bien le connaître pour savoir qu’il est gentil. » 


Mais la palme de la mauvaise foi revient sans conteste à Nicolas Sarkozy lui-même. Le chef de l’Etat a tiré à vue sur Bouton à multiples reprises. Janvier 2008 :  « Je n'aime pas porter un jugement personnel sur les gens, surtout lorsqu'ils sont dans la difficulté, mais (...) quand on a une forte rémunération, ce qui était sans doute légitime, et qu'il y a un fort problème, on ne peut pas s'exonérer de responsabilités ».Février 2008 :  « Quand le président d'une entreprise connaît un sinistre de cette ampleur et qu'il n'en tire pas les conclusions, ce n'est pas normal (…) Que quelqu'un gagne 7 millions d'euros par an ne me choque pas. À une condition : c'est qu'il en assure la responsabilité. C'est tout le problème sur Daniel Bouton. Je n'ai rien contre lui. Mais on ne peut pas dire : “Je vais être payé 7 millions par an” et, quand il y a un problème, dire “C'est pas moi”. Ça non, je ne l'accepte pas. »


Sarkozy - Bouton : copains comme cochon ?

Tous les médias ont relayé ces propos assassins. Mais combien sont-ils à avoir mentionné la proximité des deux hommes avant que la Société générale ne fasse la « une » des journaux ? C’était pourtant simple : il leur suffisait de fouiller dans leurs archives ou dans celles de leurs confrères. En août 2004, Le Point s’intéresse par exemple aux relations de Sarkozy et des patrons : « Preuve que [Nicolas Sarkozy] peut être œcuménique, il entretient de bonnes relations avec Daniel Bouton, le PDG de la Société générale qui (…) reste proche d’Alain Juppé, chiraquien devant l’Eternel. Le ministre apprécie le côté “provoc” de Bouton. »  

Septembre 2007, Le Point remet le couvert  en s’intéressant aux « “amis” de Sarkozy ». Dans le lot, qui retrouve-t-on ? Daniel Bouton bien sûr : « Veut-il une expertise financière ? [Nicolas Sarkozy] appelle Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, ou, mieux, Daniel Bouton, de la Société générale, avec qui il a plus d’atomes crochus. » ! 

En novembre 2004, dans Le Figaro Magazine, c’est Sylvie-Pierre Brossolette qui nous en dit plus sur« la galaxie Sarkozy » : « Le réseau le plus impressionnant de Sarkozy se trouve chez les chefs d’entreprise. Une pléiade de PDG sont à tu et à toi avec lui. » Parmi eux : Daniel Bouton, encore et toujours ! 

Et en janvier 2002, qui vient à la rescousse, sur l’antenne d’Europe 1, du PDG de la Société générale mis en cause dans une affaire de blanchiment aggravé ?  Celui qui n’est alors « que » député-maire de Neuilly : « Daniel Bouton est connu pour sa grande rigueur et sa parfaite honnêteté. Le voir aujourd’hui mis en examen (…) ne peut que laisser perplexe, le mot est faible… » 





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