Bosch, Rieter, Agco… dans l’Oise, il n’y a pas que Continental qui est en crise
Jeudi 19 Mars 2009 à 13:49 | Lu 8010 fois I 9 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
A côté des 1000 postes menacés à Continental, le département de l’Oise serait concerné par 4000 à 5000 autres suppressions d’emploi. Alimentaire, transport routier, automobile… A Beauvais, la journée d’action du 19 mars se prépare dans une ambiance de dégraissage général.
L’heure de route qui sépare Beauvais de l’usine Continental de Claroix, peu de journalistes l'effectuent. Pourtant, les 1100 employés laissés sur le carreau dans l’usine de pneus ne sont malheureusement pas des cas isolés dans l’Oise, où le dégraissage est général. A la Maison des Syndicats de Beauvais, où la CGT s’est réunie ce jeudi 19 mars juste avant la manif, aucun secteur ne manque à l’appel : alimentaire, transport routier et aérien, équipement automobile, fonction publique, social…
L’objectif est de frapper aussi fort que le 29 janvier dernier, où les syndicalistes avaient compté 8000 à 10000 personnes sur le parcours de la manifestation, de la place du Jeu de Paume à la préfecture. Un beau cortège pour une agglomération d’un peu moins de 90000 habitants. « Ça avait de la gueule, se souvient José Bailadeira, secrétaire général de l’Union locale. C’est d’autant plus positif que Creil et Compiègne avaient fait leurs propres manifestations, comme ils vont le refaire aujourd’hui. »
Total pourrait dégraisser à Beauvais
Et il y a du carburant pour la mobilisation : avec un peu moins de 13000 salariés dans l’industrie, le bassin d’emploi est frappé de plein fouet par l’effondrement de la demande. « Chez nous aussi, c’est la crise », annoncent chacun à leur tour les représentants syndicaux. Chez Gima et Agco, sous-traitants du fabricant de tracteurs Massey Ferguson, l’activité s’arrêtera le 30 ou le 31 mars prochain et tous les intérimaires ont été licenciés. Chez l'équipementier automobile Rieter, on chôme déjà deux jours par semaine et une semaine par mois.
Abcès de fixation, l’usine Spontex : le fabriquant d’éponges a été racheté en 1999 par Hutchinson, filiale du groupe Total, qui pourrait, selon un syndicaliste CGT, faire glisser l’entreprise dans le pôle Chimie du pétrolier pour mieux la revendre et dégraisser. Fondée en 1933 à Beauvais, Spontex est un symbole : « vu les profits du groupe Total », les adhérents refusent l’idée des licenciements. Seul souci : l'usine de Beauvais n’est pas la raffinerie normande si facile à photographier et l’usine ne porte pas le nom du géant du Cac40.
« Peut-être qu’à la fin du mois, vous n’aurez pas de salaire »
La baisse des commandes se fait sentir partout : de Visquez, fabriquant de boyaux alimentaires, à Saverglass, les CDD ne sont pas reconduits «à cause des clients russes et d’Europe de l’Est qui n’ont pas de cash », alors qu’ils payaient rubis sur l'ongle à la commande il y a encore quelques mois. Quant aux transporteurs routiers, ils s’attendent tout simplement à la fermeture du dépôt Mory à Compiègne.
Mais malgré la situation, les syndicalistes peinent à mobiliser : « certains préfèrent ne pas faire grève, de peur de compromettre leur plan de départ ! », désespère la représentante de VPC Service Plus, propriété du groupe France Loisirs. Malgré les 100% de grévistes revendiqués au 29 janvier, le plan de départ volontaire est victime de son succès : 15 volontaires se sont proposés pour les 10 suppressions de postes ! « C’est pour le chèque ? demande un collègue.
-Même pas, lui répond la déléguée. Les gens veulent juste partir. »
L’ambiance semble être au cassage de moral : le responsable de la section employés territoriaux parle des « collègues envoyés à Clermont », l’hôpital psychiatrique de la région, pour dépression. Venu de Saint Omer des Chaussées, un adhérent CGT de Vente Méca raconte que la direction fait courir des bruits : « peut-être qu’à la fin du mois, vous n’aurez pas de salaire. »
L’objectif est de frapper aussi fort que le 29 janvier dernier, où les syndicalistes avaient compté 8000 à 10000 personnes sur le parcours de la manifestation, de la place du Jeu de Paume à la préfecture. Un beau cortège pour une agglomération d’un peu moins de 90000 habitants. « Ça avait de la gueule, se souvient José Bailadeira, secrétaire général de l’Union locale. C’est d’autant plus positif que Creil et Compiègne avaient fait leurs propres manifestations, comme ils vont le refaire aujourd’hui. »
Total pourrait dégraisser à Beauvais
Et il y a du carburant pour la mobilisation : avec un peu moins de 13000 salariés dans l’industrie, le bassin d’emploi est frappé de plein fouet par l’effondrement de la demande. « Chez nous aussi, c’est la crise », annoncent chacun à leur tour les représentants syndicaux. Chez Gima et Agco, sous-traitants du fabricant de tracteurs Massey Ferguson, l’activité s’arrêtera le 30 ou le 31 mars prochain et tous les intérimaires ont été licenciés. Chez l'équipementier automobile Rieter, on chôme déjà deux jours par semaine et une semaine par mois.
Abcès de fixation, l’usine Spontex : le fabriquant d’éponges a été racheté en 1999 par Hutchinson, filiale du groupe Total, qui pourrait, selon un syndicaliste CGT, faire glisser l’entreprise dans le pôle Chimie du pétrolier pour mieux la revendre et dégraisser. Fondée en 1933 à Beauvais, Spontex est un symbole : « vu les profits du groupe Total », les adhérents refusent l’idée des licenciements. Seul souci : l'usine de Beauvais n’est pas la raffinerie normande si facile à photographier et l’usine ne porte pas le nom du géant du Cac40.
« Peut-être qu’à la fin du mois, vous n’aurez pas de salaire »
La baisse des commandes se fait sentir partout : de Visquez, fabriquant de boyaux alimentaires, à Saverglass, les CDD ne sont pas reconduits «à cause des clients russes et d’Europe de l’Est qui n’ont pas de cash », alors qu’ils payaient rubis sur l'ongle à la commande il y a encore quelques mois. Quant aux transporteurs routiers, ils s’attendent tout simplement à la fermeture du dépôt Mory à Compiègne.
Mais malgré la situation, les syndicalistes peinent à mobiliser : « certains préfèrent ne pas faire grève, de peur de compromettre leur plan de départ ! », désespère la représentante de VPC Service Plus, propriété du groupe France Loisirs. Malgré les 100% de grévistes revendiqués au 29 janvier, le plan de départ volontaire est victime de son succès : 15 volontaires se sont proposés pour les 10 suppressions de postes ! « C’est pour le chèque ? demande un collègue.
-Même pas, lui répond la déléguée. Les gens veulent juste partir. »
L’ambiance semble être au cassage de moral : le responsable de la section employés territoriaux parle des « collègues envoyés à Clermont », l’hôpital psychiatrique de la région, pour dépression. Venu de Saint Omer des Chaussées, un adhérent CGT de Vente Méca raconte que la direction fait courir des bruits : « peut-être qu’à la fin du mois, vous n’aurez pas de salaire. »
(Photo SL)
Les politiques refoulés en fin de cortège
Une désorganisation qui rend la manifestation du 19 mars cruciale… et complexe. Apparus en une du Courrier Picard du jour, les « Bosch » ont hésité jusqu’à la dernière minute à se joindre au cortège. L'usine de Beauvais, spécialisée dans les systèmes de freinage, est visée par un plan de 240 licenciements à l’horizon 2010, selon le quotidien local, dont « 136 sans solution de reclassement. » Mais la maire UMP de Beauvais a préféré courir chez Continental où l’attendaient les caméras, que de faire un tour derrière la gare de sa ville pour rencontrer l’intersyndicale.
L’élue fait l’unanimité contre elle dans la salle, comme les politiques « qui ne font rien », et le gouvernement — « le pire qu’on ait eu ». Quand ils sont évoqués, l’unité est palpable dans la pièce. Ainsi qu’une vibrante colère. Ils rêvent à haute voix de leur « casser la gueule », d’en « venir aux mains » mais rient ensuite pour désamorcer la violence, même si « y’a un moment où on va peut-être pas avoir le choix, vu la résistance qu’on nous oppose », s’inquiète une représentante syndicale de la mairie, en plissant le front.
Même si « la gauche est un peu mieux », les syndicalistes ont un mauvais souvenir du 29 janvier, où Besancenot, alias « BB », avait envoyé ses troupes en tête de la manif « pour la photo. » « Cette fois-ci, c’est en queue de cortège, après l’Unsa, » prévient le secrétaire général de l’Union locale. Les « Continental » et les « Bosch » devraient passer pour défiler, ce qui fait espérer quelques médias aux syndicalistes. « Sur LCI, BFM et ces chaînes, on n’interroge que des gens pris en otage par les grèves », s’emporte un adhérent en levant les bras au ciel. Mais la CGT espère surtout un beau cortège. Un représentant garde le sourire malgré l’ambiance pesante : « des gens qu’on a jamais vus nous ont dit à jeudi. »
Une désorganisation qui rend la manifestation du 19 mars cruciale… et complexe. Apparus en une du Courrier Picard du jour, les « Bosch » ont hésité jusqu’à la dernière minute à se joindre au cortège. L'usine de Beauvais, spécialisée dans les systèmes de freinage, est visée par un plan de 240 licenciements à l’horizon 2010, selon le quotidien local, dont « 136 sans solution de reclassement. » Mais la maire UMP de Beauvais a préféré courir chez Continental où l’attendaient les caméras, que de faire un tour derrière la gare de sa ville pour rencontrer l’intersyndicale.
L’élue fait l’unanimité contre elle dans la salle, comme les politiques « qui ne font rien », et le gouvernement — « le pire qu’on ait eu ». Quand ils sont évoqués, l’unité est palpable dans la pièce. Ainsi qu’une vibrante colère. Ils rêvent à haute voix de leur « casser la gueule », d’en « venir aux mains » mais rient ensuite pour désamorcer la violence, même si « y’a un moment où on va peut-être pas avoir le choix, vu la résistance qu’on nous oppose », s’inquiète une représentante syndicale de la mairie, en plissant le front.
Même si « la gauche est un peu mieux », les syndicalistes ont un mauvais souvenir du 29 janvier, où Besancenot, alias « BB », avait envoyé ses troupes en tête de la manif « pour la photo. » « Cette fois-ci, c’est en queue de cortège, après l’Unsa, » prévient le secrétaire général de l’Union locale. Les « Continental » et les « Bosch » devraient passer pour défiler, ce qui fait espérer quelques médias aux syndicalistes. « Sur LCI, BFM et ces chaînes, on n’interroge que des gens pris en otage par les grèves », s’emporte un adhérent en levant les bras au ciel. Mais la CGT espère surtout un beau cortège. Un représentant garde le sourire malgré l’ambiance pesante : « des gens qu’on a jamais vus nous ont dit à jeudi. »
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