Marianne2 2012

Borloo et l'UMP se disputent le concept de justice

Jeudi 8 Septembre 2011 à 12:01 | Lu 3669 fois I 0 commentaire(s)

Laureline Dupont
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur

Pour contenter les démocrato-centristes de l’UMP refroidis par les débordements de la Droite populaire, Laurent Wauquiez devrait lancer la remplaçante de la Droite sociale : la Droite juste. Problème : Jean-Louis Borloo et ses petits camarades de l’Alliance républicaine écologiste et sociale ont aussi prévu de surfer sur la vague de la justice. Carambolage en vue ?


(Jean-Louis Borloo - FlickR - cc - Medef)
(Jean-Louis Borloo - FlickR - cc - Medef)
L’idée a germé dans l’esprit d’un conseiller avisé, après plusieurs mois d’enquête et d’étude de terrain. Pour compléter sur son flanc gauche une majorité en mal d’équité, l’UMP s’apprête à lancer en son sein un énième courant : la Droite juste, censée remplacer la Droite sociale emmenée par Laurent Wauquiez et palier par la même occasion les déficits de la droite en matière de justice régalienne, sociale, financière, etc. 

Déjà vu

Sauf que, l’initiative, supposée permettre à l’UMP de concurrencer Jean-Louis Borloo en prouvant l’inutilité de sa candidature, semble d’ors et déjà avoir du plomb dans l’aile. Lancée par le Parti radical, le Nouveau centre, la Gauche moderne et la Convention démocrate pour présenter un seul et unique candidat du centre à la présidentielle, l’Alliance républicaine écologiste et sociale (Ares) a fait sien le champ lexical de la justice… depuis plus de trois mois ! Du choix du slogan, « l’Alliance pour une France juste », jusqu’au nom de son compte Twitter, @francejuste, l’Ares a manifestement trouvé son credo, mi-ségoléniste, mi-jolyiste. 

Sur le site de l’Ares, la charte des valeurs explicite : « La République que nous voulons ambitionne de faire de notre société une société de justice, dans laquelle les destins se construiraient de manière moins irréversible qu’aujourd’hui, dans laquelle chacun d’où qu’il vienne, quels que soient son parcours et ses choix, pourrait se dire qu’il a sa chance, chance de réussir sa vie professionnelle et sociale, chance de vivre pleinement sa vie d’homme ou de femme. Chacun doit retrouver confiance en l’avenir, avoir le sentiment que la société le reconnaît, pourra lui ouvrir des portes, lui donner sa place, valoriser son travail, récompenser ses efforts et ses talents, et si l’échec survenait, lui apporter son aide pour une nouvelle chance. » En clair, la « France juste » garantit l'égalité entre les citoyens, l'assurance d'un avenir radieux, le tout porté et défendu par un agrégat de partis rassemblés dans l'Ares, sorte de grand mouvement quasi transpartisan. 

Côté l'UMP, la Droite juste recouvre l'idée « des mêmes droits et des mêmes devoirs pour tous » et a pour vocation de transformer le parti majoritaire en mouvement également « transpartisan », selon le mot d'un conseiller élyséen, capable de rassembler de la Droite populaire aux démocrato-centristes. Pourtant, les conseillers du président jurent n'avoir jamais fait le lien entre leur « Droite juste » et « l'Alliance pour une France juste » prônée par l'Ares. « Ségolène Royal aussi défendait "l'Ordre juste" en 2007, puis nous c'est "Droite juste" alors que Borloo c'est "France juste" », remarque un concepteur du nouveau courant umpiste avant de s'auto-persuader : « De toutes façons, on ne vise pas les mêmes électorats. » Pourtant, la Droite juste n'a-t-elle pas précisément pour objectif celui de séduire les électeurs potentiels du leader valoisien, échaudés par les effusions droitières d'un Lionnel Luca ou d'un Jacques Myard ? 

Passerelle

« L'essentiel c'est qu'il y ait dans la majorité des gens qui incarnent cette idée de justice et ça fera des ponts plus faciles avec Borloo le moment venu », admet un proche du chef de l'Etat peu convaincu par la détermination de l'ex-ministre de l'Ecologie. Que le « hasard » fait bien les choses ! En attendant le lancement en grande pompe de la Droite juste, le camp valoisien paraît confiant. « Si la Droite juste est incarnée par Wauquiez, l'homme qui a qualifié l'assistanat de "cancer de la société" et approuvé le plan de sauvetage de l'économie française en taxant les mutuelles, on n'a pas trop de soucis à se faire, ironise-t-on dans l'entourage de Jean-Louis Borloo. A l'UMP, ils sont dans le slogan pas dans le réel. » Sans doute. Encore faudrait-il que le leader radical passe du statut de candidat putatif à celui de candidat déclaré pour transformer, lui aussi, l'incantation en incarnation.







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