Borloo espère-t-il Matignon après une lourde défaite aux cantonales?
Samedi 22 Janvier 2011 à 07:01 | Lu 15220 fois I 54 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur
La presse évoque un Jean-Louis Borloo probable candidat en 2012. Et si le chef du Parti radical avait d'autres ambitions ? Comme celle, récemment déçue, d'entrer à Matignon...
Ira, ira pas ? Voilà la question qui agite l’univers politico-médiatique depuis le dernier remaniement et plus encore depuis que Jean-Louis Borloo a annoncé, lors de ses vœux à la presse, la création d’un « comité de liaison permanent » des centristes de la majorité. Chacun y va de son pronostic, mais tout le monde s’accorde, au sein de la majorité présidentielle, pour reconnaître à l’ex-ministre de l’Ecologie un fort potentiel de rabatteur électoral. Et peu importe qu’un récent sondage BVA pour l’Express crédite le président du Parti radical (PR) d’à peine 2 à 5 % d’intentions de vote, ses troupes restent convaincues que leur leader a une partition à jouer en 2012.
Pourtant, rien dans l’attitude de Borloo ne laisse supposer une réelle envie de se lancer dans la course à la présidentielle. D'abord, la percée de Marine Le Pen peut convaincre Sarkozy d'éviter toute concurrence à droite. Ensuite, candidat, Borloo endosserait le costume ingrat de centriste-écolo utile à la victoire de Sarkozy, sans même avoir la garantie d’entrer à Matignon tant la liste d’attente est longue. De Bruno Le Maire, chargé d’élaborer le projet de l’UMP pour 2012, à François Baroin, ministre du Budget, la jeune garde chiraquienne attend de pied ferme l’ouverture des portes de la rue de Varenne. Et si, comme eux, Jean-Louis Borloo caressait encore l’espoir secret d’être promu Premier ministre avant la fin du quinquennat sarkozyste ? « C’est l’ambition de sa vie », confie l’un de ces proches, membre du PR. Effectivement, en y regardant de plus près, tout dans la stratégie du chef du parti valoisien semble indiquer l’attente d’un retournement de situation post-cantonales.
Le scrutin de mars ne passionne pas les foules, l’UMP le sait et le craint. A tel point que la majorité présidentielle s’est d’ailleurs payé le luxe de modifier le code électoral trois mois avant les élections : un candidat devra désormais recueillir 12,5% du nombre des électeurs inscrits, et non plus 10 %, pour accéder au second tour des cantonales.
Le parti majoritaire espère ainsi éviter des triangulaires avec le FN qui lui ont coûté cher aux dernières élections régionales. Mais Borloo de son côté, espère tout autre chose. Même s’il ne prend pas le risque de l’avouer publiquement, « il souhaiterait qu’une défaite aux cantonales conduise Sarkozy à remanier », confesse toujours le même membre du PR. « Borloo croit encore qu’il peut rattraper le coup après les cantonales », renchérit un parlementaire UMP. Et ce n’est pas le calendrier du Parti radical qui prouvera le contraire.
Un congrès, destiné à régler la question de l’émancipation des radicaux par rapport à l’UMP, est prévu pour les 14 et 15 mai prochains, soit un mois et demi après les élections cantonales. Le temps pour Sarkozy de remanier son gouvernement et de nommer Borloo Premier ministre ? De cet éventuel remaniement dépendra la rupture avec la majorité présidentielle. Si l’ancien ministre entre à Matignon, la question de l’émancipation ne se posera plus : difficile d’imaginer un premier ministre chef d’un parti non associé à l’UMP.
Autre élément, le comité exécutif du PR a adopté mercredi un texte qui approuve « sans réserve les démarches entreprises par Jean-Louis Borloo pour nouer des contacts avec l'ensemble des formations centristes, républicaines, sociales et écologistes, en vue de créer une confédération (...) indépendante et loyale ». Borloo tenterait-il d’unifier les différentes mouvances pour être perçu par Sarkozy comme un rassembleur de poids et ainsi décrocher le précieux sésame pour Matignon ?
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