Marianne2 2012

« Borloo? Il est sur tous les médias, il fait le job ! »

Mardi 2 Novembre 2010 à 14:01 | Lu 10115 fois I 27 commentaire(s)

Jack Dion
Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur

Un gouvernement d'intérim… Voilà à quoi ressemble de plus en plus l'équipe Fillon. Alors que le remaniement a été annoncé voilà plus de six mois, les ministres se chargent toujours d'expédier les affaires courantes. Mais la bataille pour les meilleurs maroquins et le premier d'entre eux continue elle de battre son plein. Chacun tente de mettre toutes les chances de son côté pendant que Jean-Louis se passe un coup de peigne.


Personne ne semble s’en émouvoir, mais la France n’a plus de gouvernement. Il en est ainsi depuis que Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il allait procéder à un remaniement.

En temps ordinaire, c’est le genre de nouvelle qui démobilise le Premier ministre venu, quand bien ne serait-il pas Premier ministre en titre. Se préparer à faire ses valises n’est jamais le meilleur moyen de s’investir pour le bien du pays. Sachant que le président de la République a laissé circuler l’information il y a déjà plus de six mois, les différents membres du gouvernement ont remisé leur maroquin au vestiaire et se préparent déjà à la suite de leur fin de carrière, du moins pour ceux d’entre eux qui ont leur avenir ministériel dans le dos.

On se retrouve donc avec un gouvernement qui expédie les affaires courantes, comme cela se passe après une dissolution de l’Assemblée nationale, ou en cas de crise majeure.

En vérité, cela ne change pas grand chose. Depuis l’an I de la Sarkozie, en effet, le gouvernement réel siège à l’Élysée, là où tout se décide, entre fidèles d’un président qui ne nomme un gouvernement que pour donner le change. Mais jusqu’ici, il y avait une fiction de gouvernement. François Fillon remuait ciel et terre pour faire oublier qu’il a autant de pouvoir qu’un président de la IVème République, réduit à l’inauguration des chrysanthèmes -c’est de saison-. Se revendiquer de Philippe Séguin pour terminer en clone de René Coty, ce n’est pas une sinécure.

Désormais, entre deux ajustements de tenue vestimentaire -une veste « forestière » ou un costume classique ?- l’homme à la raie bien soignée attend la sonnerie annonçant la fin de la récréation pour savoir s’il aura droit à une nouvelle chance -hypothèse peu probable- ou s’il devra passer la main.

Il faut bien mesurer la portée de l’événement. La France vit un choc social inédit, au rythme d’une manif par semaine depuis la rentrée de septembre. Mais au sein de l’UMP, on se demande qui, de Fillon, de Borloo ou d’un troisième larron, sera adoubé par le Maître de cérémonie. Pathétique.

Pour être présentable, autrement dit pour rester dans la course à Matignon, Jean-Louis Borloo s’est donc fait une tête de Premier ministrable. C’est à ce genre de détail que l’on reconnaît la grandeur de l’homme d’État. Jusqu’ici, le ministre de l’Écologie, cheveux en bataille, avait opté pour le style congressiste Vert sortant d’une nuit de débat ininterrompu afin d’aboutir à une motion de synthèse. Depuis qu’il croit en ses chances, il s’est confectionné le style avocat d’affaires qu’il était à ses débuts, lorsqu’il travaillait main dans la main avec Bernard Tapie. Pour séduire le peuple, surtout en plein Tsunami social, Borloo a fait le coup du peigne pour avoir l’air sérieux.

Le ministre de l’Écologie a son fan club, emmené par Fadela Amara. A en croire la secrétaire d’État à la Ville, connue pour son parler vrai de femme de gauche -et qui le reste-, Borloo « a une humanité plantée dans le cœur ». Sans doute faut-il comprendre que Fillon, lui, a une inhumanité plantée dans le cerveau, ce qui expliquerait que Fadela Amara soit restée si longtemps au gouvernement.

Il est vrai que tout le monde a pu apprécier la fibre sociale de Borloo, puisqu’il est ministre sans discontinuer depuis 2002. Il était même en charge de la « cohésion sociale » en 2005, quand les banlieues ont explosé. Il lança alors la fameuse maison à 100 000 euros, dite « maison Borloo », destinée à permettre aux plus pauvres d’être dignement logés pour pas trop cher. Quelque 30 000 ménages modestes répartis sur 700 sites répertoriés devaient pouvoir en bénéficier. Aujourd’hui, leur nombre se monte à 4. C’est le plus grand bide immobilier de la Vème République.

Mais tout ça n’est pas bien grave. Comme l’a confié au Figaro un conseiller du président interrogé sur les chances de Borloo : « Il est sur tous les médias, et il fait le job ». En somme, un bon Premier ministre n’est pas là pour animer le travail de l’exécutif, mais pour bien passer à la télé, afin que le président puisse mieux préparer l’échéance de 2012. Voilà pourquoi Jean-Louis Borloo, à défaut de Béatrice Schonberg, a ses chances.








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez