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Blanc-Joyandet: des démissions spontanées et non organisées

Lundi 5 Juillet 2010 à 18:00 | Lu 12805 fois I 30 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Tandis que l'Elysée affirme avoir demandé à Alain Joyandet et Christian Blanc de démissionner, les deux secrétaires d'Etat affirment avoir pris leur décision avant d'en parler avec les deux chefs de l'exécutif. Retour sur un couac passé inaperçu mais pas si secondaire.


Il y avait donc bien anguille sous roche : comme le reconnait Le Monde dans son édition du 6 juillet, il existe, comme Marianne2 l'avait annoncé dimanche soir deux versions de  la double démission des deux secrétaires d'Etat :

- selon la première, valable jusqu'à 21 heures (le premier communiqué de l'Elysée ne mentionne nullement que les démissions ont été effectuées à la demande du Président ou du Premier ministre), l'Elysée et Matignon ont pris acte de la décision de démissionner des deux ministres et accepté cette double démission;

- selon la seconde, les deux secrétaires d'Etat ont démissionné à la demande du Président et du Premier ministre, comme l'indique le porte parole du gouvernement Luc Chatel dans sa déclaration de 21 heures : « Le président de la République et le Premier ministre ont décidé de tirer les conséquences d'évènements survenus ces derniers jours, que les Français n'ont ni compris ni acceptés. Après mûre réflexion, ils ont demandé à MM. Joyandet et Blanc, après avoir échangé avec eux, de démissionner. »

L'affaire s'est compliquée avec le traitement médiatique de l'évènement. En effet, avant même la déclaration de Luc Chatel, plusieurs commentateurs et même une radio, France Info, laissaient entendre que la double démission était destinée à « protéger Eric Woerth ». Marianne2 avait contesté sur le champ cette interprétation qui s'est trouvée apparemment confirmée par le communiqué de Chatel : ce serait bien parce que le Président et le Premier ministre auraient pris la mesure des dégâts dans l'opinion des deux scandales qu'ils auraient contraint les deux impétrants à rendre leur tablier.
 
Mais apparemment, la fin du week-end n'a pas permis de clarifier les choses entre les protagonistes :

- selon les déclarations de responsables de l'Elysée rapportées par Le Monde, les deux démissions auraient été « souverainement décidées par le Président de la République ».
- oui, mais d'un autre côté Alain Joyandet et Christian Blanc affirment l'un et l'autre qu'ils ont eux-mêmes pris la décision de démissionner : l'entourage du secrétaire d'état à la Coopération a dit qu'Alain Joyandet avait présenté sa démission dès vendredi 2 juillet; de son côté le second déclare à l'Express.fr qui lui demandait s'il avait l'impression d'avoir été sacrifié par le gouvernement : « Pas du tout. J'ai estimé en mon âme et conscience qu'il fallait démissionner. Ma décision remonte à quelque temps déjà. Cela devait se faire en juillet, ce fut le 4 juillet. »

Finalement, la chronologie comme la logique et le contexte politique aboutissent à douter très fort de la version élyséenne.
La chronologie : si c'était bien le Président qui avait souverainement décidé, pourquoi ne pas l'avoir indiqué dès le premier communiqué de l'Elysée ?
La logique : s'il fallait faire un exemple, pourquoi épargner Rama Yade qui avait été, plus encore qu'Alain Joyandet, stigmatisée par les propos du Président lors de la réunion des députés de l'UMP du mercredi 30 juin ? En quoi, par ailleurs, cette double démission protège-t-elle un ministre, Eric Woerth, qui risque d'être  encore en difficulté par la volonté, exprimée publiquement par le juge Courroye, d'enquêter sur l'embauche de Madame Woerth ? En rien, et ce n'est pas Marianne qui le dit mais Lionnel Luca : « C’est d’ici au 14 juillet que ce remaniement doit intervenir avec une équipe réduite de 15 à 20 ministres maximum sur la base des principes édictés par le Président de la République ». AUtrement dit, Bye bye Eric W. ?
Voilà, en tout cas, du pain sur la planche pour Anne Méaux qui travaille à sa défense (au fait, qui paiera cette prestation : le ministère ou Eric Woerth lui-même ?)
Le contexte politique enfin. Voici plusieurs semaines que, quels que soient les sujets - le G20, la relation avec l'Allemagne, la gestion de la crise, l'insécurité, Le Monde, le choix d'un patron à France Télévision - le régime et son Président paraissent à la ramasse, contraints, à chaque épisode de subir plutôt que d'agir, ce qui est le comble de l'échec pour celui que l'on nommait « l'omniprésident ».
Ici encore, le Président n'a pas pu s'empêcher de dire, comme à Berlin pour la chute du mur : j'y étais, c'est moi qui, c'est moi que...

Une seule énigme demeure : Christian Blanc a-t-il, comme il l'indique, décidé, lui aussi en son âme et conscience, de démissionner ? On peut en douter même si, dès le milieu de la semaine, il a fait savoir qu'il se posait le problème de sa démission. En fait, le scénario le plus plausible est que la démission de Jouyandet a déclenché celle de Blanc, soit qu'on lui ait demandé,  soit qu'il ait considéré lui-même que sa position devenait pour le coup vraiment intenable. 
On peut considérer que le fait de savoir si les deux démissions sont spontanées ou organisées est de l'ordre du détail. Mais le diable s'y niche avec aisance : il n'est pas indifférent de savoir si l'on décide dans la sérénité ou dans la panique. L'épisode de ce dimanche démontre que la deuxième version est la bonne.








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