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Biocarburants : l'automobile concurrence l'alimentation

Mercredi 24 Octobre 2007 à 07:56 | Lu 7428 fois I 0 commentaire(s)

Bernard Maris

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.


Biocarburants : l'automobile concurrence l'alimentation
Les biocarburants opposent les agriculteurs et les écologistes. Les agriculteurs y voient une nouvelle manne à revenus et à subventions, les écologistes une affaire plus que douteuse du point de vue de l’écologie. Les biocarburants – il vaut mieux dire « agro carburats » - sont fabriqués à partir de betterave à sucre, de maïs ou de blé pour le biothénol, et de colza ou de tournesol et d’huiles diverses pour le biodiesel. L’idée est que le CO2 émis par leur combustion est absorbé par la plante utilisée pour leur fabrication. En fait il y a beaucoup d’incertitudes au niveau du bilan gaz à effet de serre : les agrocarburants exigent en amont une utilisation intensive d’engrais. Et comme il faut des quantités énormes de maïs ou de blé pour faire ces carburants, il faut répandre massivement des engrais qui produisent du protoxyde d’azote. On a calculé qu’il fallait entre 225 et 235 kilos de maïs pour pour faire un plein de cinquante litres de bioéthanol.

D’où une concurrence nouvelle, et plutôt malsaine, entre l’alimentation et l’automobile! Avec 225 kilos de maïs vous nourrissez une personne au Mexique pendant un an. Or, les agriculteurs américains ont tendance à destiner de plus en plus de surfaces au biocarburants. Le quart environ de la production de maïs est destiné aux voitures. Résultat : le cours du blé et du maïs augmentent de façon catastrophique, et la tortilla mexicaine devient inabordable. Le prix des pâtes augmente en Italie. Pire : des forêts sont détruites pour faire des terres à biocarburants, c’est le cas en Afrique, en Indonésie, où on fait de l’huile de palme. Le bilan CO2 est plutôt mitigé, c’est le moins qu’on puisse dire !
En France, les agriculteurs français aimeraient bien voir « dégeler » les terres pour y faire du colza ou du maïs. Ajoutons que ces cultures sont ruineuses en eau. Ce que je gagne en CO2 d’un côté, si tant est que j’en gagne, je le perds en eau de l’autre. L’Union européenne a fixé comme objectif de biocarburants en 2010, 5.75% de la consommation totale de carburants, ce qui est énorme. Le lobby céréalier pousse et pousse, comme toujours. Heureusement le ministère est beaucoup plus réservé.


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Retrouvez « L'autre économie » de Bernard Maris, en direct sur France Inter, du lundi au vendredi à 6h49.






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