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Bilan du mouvement : comment Sarkozy est devenu illégitime

Dimanche 7 Novembre 2010 à 18:01 | Lu 18001 fois I 93 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

L'analyse de Jacques Sapir sur la légitimité du gouvernement a fait réagir de nombreux Mariannautes, inquiets de la remise en cause du modèle démocratique qu'elle pouvait suggérer.


Bilan du mouvement : comment Sarkozy est devenu illégitime
Le mouvement social s'est soldé par une drôle de retraite. A première vue, l'impression est que Jean-Michel Aphatie avait raison qui disait, dès les premières journées d'action : à quoi servent ces grèves puisque le gouvernement ne bougera pas ? Lorsque, à la huitième journée d'action, le salarié renonce à perdre une nouvelle journée de salaire, il donne raison au journaliste de RTL, qui, lui, n'aura jamais de problème de retraite.

L'intérêt de l'analyse de Jacques Sapir, que nous avons publié en trois volets pour plus de commodité de lecture, est de sortir de ces trivialités de comptoir pour réfléchir sur la question de la légitimité politique. Résumons son raisonnement. La légitimité électorale ne saurait être valable pour toute la durée d'un mandat. Notamment lorsqu'un président foule aux pieds son programme sans consulter le peuple ou piétine ses avis comme après le référendum sur le traité constitutionnel européen.
La question de la retraite, renvoie, poursuit Sapir, à celle de la déflation à laquelle nous enchaînent les gouvernements de l'Union européenne. Pour résoudre le problème des retraites, l'emploi est la variable déterminante. Comme l'a dit l'autre jour Nicolas Dupont Aignan, la création d'un million d'emploi résoudrait sans douleur tous les problèmes de déficit social des différentes caisses. Or, pour créer un million d'emploi, il faut une rupture avec l'Union européenne, c'est-à-dire sortir de la monnaie unique, protéger l'industrie et investir dans des équipements et des services publics.
Conclusion (et c'est là que le raisonnement se corse): pour imposer la réforme aux Français, le Président a dû utiliser des méthodes de tyran. Sous la démocratie apparaîtrait alors, en pointillés, une sorte de dictature. Et l'économiste de se demander, si,  pour recouvrer sa véritable souveraineté, le peuple ne sera pas contraint lui aussi de recourir à une forme de dictature. Attention, Sapir précise le sens du mot dictature. Il ne s'agit pas d'une dictature à la Pinochet: « La Dictature est en effet une partie intégrante de la Démocratie. Il s’agit de la fusion temporaire des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) dans le but de rétablir les principes de la Démocratie. C’est bien un pouvoir d’exception, mais dans le cadre des principes de l’ordre démocratique. » Le bouchon est poussé très loin...

Bien évidemment, cette thèse ne pouvait laisser les Mariannautes indifférents. Jean-Joseph Brochier réagit avec vigueur :« Non M. Sapir, l'amour du paradoxe ne suffit pas à la logique. Prétendre que la démocratie française, parce qu'elle dégénère, a besoin d'une bonne petite dictature, c'est oublier les faits. Prétendre opposer la dictature et la tyrannie c'est une sémantique qui ne résiste pas à l'histoire. Les pays de l'est sont passés par ce détour, qui a duré 70 ans et plus, puisque certains n'en sont pas encore bien revenus. Alors merci bien!  » jean jcs le rejoint : « une des leçons les plus claires que l’on puisse tirer du mouvement social de ces dernières semaines est qu’il a bénéficié d’une très forte légitimité"
C'est bizarre, je trouve au contraire que ce n'est pas clair.
Mais même si cela l'était, aurait on inventé aujourd'hui une nouvelle forme de démocratie où on compte les gens dans la rue pour remplacer le parlement ? Pas d'accord.
 »

Honoré PANISSE choisit l'ironie : « Alors, si j'ai bien compris -mais c'est loin d'être sûr- la démocratie représentative cesse d'être légitime dès que les mandataires agissent sans consulter leurs
mandants. Et pour mettre fin à cette situation regrettable, il convient d'instaurer
la dictature.  Oui, finalement ça se tient. C'est comme Gribouille qui se jetait à l'eau pour
éviter de se mouiller. Y a une certaine logique.
 »
Quoique en désaccord sur la question de la retraite, Elie Arié note de façon presque sybilline :
« Bien vu, un peu gros, MAIS:
- La presse sous surveillance,
- La monopolisation des médias
- Des fidèles dans toutes les grandes institutions du pays
- La tentation de mettre au pas la justice
- Le non respect du résultat d'un référendum

La liste n'est pas fermée, et bien d'autres atteintes sont mises en place tout doucement et sans émouvoir grand monde. Alors comparaison excessive certes, pas appropriée, mais laissons faire le temps, il a l'avenir devant lui.
A moins que..............
 »

philippe segard se réfère au Général de Gaulle : « Concernant la légitimité de l'Assemblée, le Général de Gaulle voyait juste sur la capacité de l'Assemblée Nationale à prendre le recul nécessaire afin de faire les meilleurs choix pour la France. Dans son discours de Bayeux, il indique :

"Il est clair et il est entendu que le vote définitif des lois et des budgets revient à une Assemblée élue au suffrage universel et direct. Mais le premier mouvement d'une telle Assemblée ne comporte pas nécessairement une clairvoyance et une sérénité entières". (...)
Dans l'affaire des retraites, le sénat aurait dû être la voix des 70% des français mécontents de cette réforme. Il a failli dans ce rôle, car sa composition est trop politique. Et du coup les Français mécontents, n'étant pas représentés, se sont déplacés en masse dans la rue.
 »

La remarque est juste. Et d'ailleurs, ce n'est pas un hasard si le Général en bout de cours a voulu, avec le référendum européen transformer le Sénat pour le rapprocher, supposait-il, du peuple. Aujourd'hui, l'insécurité sociale étant devenu peu ou prou l'obsession des peuples, la légitimité des gouvernants se mesure à l'aune de leurs capacités à tracer un chemin pour leur pays dans l'enfer de la mondialisation. C'est sur ce terrain qu'Obama et Sarkozy sont en grande difficulté, sans que leurs adversaires ne retrouvent pour autant une légitimité.

A lire : le dossier sur le bilan du mouvement social dans Marianne n°706 en kiosque actuellement

- Tout ce qu'on n'a pas le droit de dire par Jean-François Kahn

- Thibault-Chérèque, les secrets d'un couple qui a résisté par Laurence Dequay

- Le triple gâchis des retraites par Hervé Nathan

- Aubry perd la main par Gérald Andrieu

A lire également les points de vue de Malakine et de Bertrand Renouvin :

Avec Jacques Sapir, pour la résistance et l'action

Analyse d'un conflit inédit vu du monde cheminot








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