Marianne2 2012

Bilalian : « Les ménages peuvent être utiles ! »

Jeudi 11 Juin 2009 à 11:09 | Lu 7662 fois I 19 commentaire(s)

Laureline Dupont - Marianne2

Certains journalistes de France Télévisions ne sont jamais en reste quand il s’agit de mettre en avant leur attachement au service public. Mais quand ils vont promouvoir des yaourts au supermarché du coin pour arrondir leurs fins de mois, ils trouvent soudain très "classe" de bosser pour le privé.


(capture d'écran - Truveo - ina.fr)
(capture d'écran - Truveo - ina.fr)
Mickey et Nelson Monfort, l’image est bucolique. Pourtant elle a déplu, voire, disons-le, carrément irrité. Pour la Société des journalistes (SDJ) et les syndicats de France Télévisions, le présentateur polyglotte de Roland Garros a fait preuve d’impudence en invitant, le 31 mai dernier sur le plateau de France 4, la souris à la voix de castrat. Qu’est-ce qu’un rongeur qui parle a à voir avec le tennis ? Rien, en effet. Et la démarche de Nelson Monfort ne témoigne ni de son audace, ni de son originalité. Parlons plutôt de renvoi d’ascenseur : dix jours plus tôt, Nelson en personne faisait sa pub à Disneyland en animant une exhibition de tennis en présence de Gaël Monfils. C’est précisément cet échange de bons procédés entre l’entreprise et le journaliste qui a mis le feu aux poudres. Monfort, qui a acquis le statut d’animateur préféré des Français grâce au service public, ne semble pas cracher sur le privé quand cela lui permet de se montrer.

Prise de conscience

A France Télévisions, SDJ et syndicats s’insurgent depuis de nombreuses années contre la pratique, courante chez les vedettes du petit écran, des « ménages », ces collaborations extérieures souvent grassement payées auxquelles certains journalistes se prêtent volontiers. Certes, dans l’«Affaire Mickey», Monfort a insisté sur le caractère bénévole de son intervention. Mais le plus souvent les ménages sont rémunérés (et cher) par des marques prêtes à tout pour s’offrir les services d’une star de la télé.

Pour les syndicats et la SDJ des chaînes publiques, c'en est trop. « Ça part de l’Affaire Mickey au service des sports, mais on aimerait voir ces pratiques se terminer dans tout France Télévisions. On ne veut pas que Nelson soit sanctionné, on veut une prise de conscience », explique Antoine Chuzeville, de la SDJ. Et cette prise de conscience semble nécessaire pour « éviter de perdre la confiance des gens », observe Serge Cimino du Syndicat national des journalistes. « Ces collaborations présentent plusieurs risques : la confusion des genres tout d’abord et une dépendance du journaliste vis-à-vis des marques qu’ils représentent. Ce sont pour ces raisons qu’on interpelle la présidence. »

Réunion placebo

Devant cette agitation, Daniel Bilalian, patron des Sports de France Télévisions, a été contraint de réunir ses collègues, lundi 8 juin, pour une petite mise au point très attendue (téléchargez le communiqué du SNJ). Et très décevante.  « Il n’a rien annoncé, il a rappelé les règles, c’est tout », constate Antoine Chuzeville. Des règles très claires. La Convention collective des journalistes autorise comme unique contribution extérieure la formation dans le cadre d’une école de journalisme reconnue par la profession. Point à la ligne.
Pourtant, lors d’une conférence de presse mardi 9 juin, Bilalian est revenu sur l’affaire des ménages en tentant de justifier un éventuel assouplissement des règles. « Les ménages peuvent nous servir. Les journalistes peuvent rencontrer des personnes qu'ils recontacteront le moment venu. C'est une forme de reconnaissance de la qualité de nos journalistes. C'est aussi un honneur pour eux d'être appelés pour cela. Je refuse parfois d'accorder mon autorisation quand il s'agit d'un travail purement commercial. Dans le cas contraire, il faut m'en apporter la preuve. »
Rien de nouveau sous le soleil. Le SNJ espérait que la réunion débouche sur la rédaction d’un rapport régissant la collaboration externe. Au lieu de ça, Bilalian a tout juste insisté sur l’interdiction pour les journalistes d’effectuer un « travail purement commercial ».

Privé = gros sous

Il est vrai que, lorsqu'on fouille un peu sur Internet, on trouve rapidement des éléments susceptibles d’expliquer la tiédeur du patron des Sports. En décembre 2001, Daniel Bilalian a participé à l’animation d’un événement que le Monde diplo avait alors qualifié de « gigantesque show », à l’occasion de l’entrée en bourse du Crédit agricole en décembre 2001. Oui mais il s'agit de la Bourse et pas de commerce. « Nuance » dirait Bilalian.
Nous avons également trouvé Daniel Bilalian dans la liste des personnalités proposées par l’agence de conseil en conférenciers et animateurs Glamspeak, leader sur le marché. Le directeur de l’agence nous a rétorqué que Bilalian ne faisait pas partie des personnalités mises à disposition des marques et que sa présence dans la base de données était une erreur… Ah bon...
Admettons, mais de toutes façons il serait loin d’être le seul.
Nombreux sont ceux qui utilisent avec brio l’image qu’ils se sont forgée grâce à la télé publique. Avant de rejoindre France 24, Christine Ockrent a, entre autres, animé la soirée de lancement de Microsoft Windows Vista, présidé un jury des « Trophées de l’intégration paysagère» des antennes relais SFR, et animé à Bordeaux un Forum de retraites organisé par la Caisse des dépôts. Au mois d’août 2007, la journaliste a également participé à l’animation de l’université d’été du Medef et suscité de vives critiques au sein de la Société des journalistes de France TV.
Laurence Piquet, ancienne présentatrice du 19/20 sur France 3, a, quant à elle, vanté les supposées qualités d'un antidépresseur pour le compte des laboratoires Pfizer. L'affaire avait été révélée par l’émission Culture Pub et provoqué l'émoi de nombreux syndicats de France 3.
Sur Europe 1, Matthieu Delormeau révélait en 2006 les sommes touchées par les journalistes de France 2 et France 3 pour effectuer ici ou là quelques interventions. Bruno Masure, Gérard Holtz et Henri Sannier étaient alors cotés 8 100 euros. Ils étaient les moins chers du marché. PPDA lui, pouvait se vanter de récolter 30 000 euros par intervention. Finalement, les stars du public conservent une certaine déontologie : moins de 10 000 euros par intervention.
L’attachement des journalistes à leur bien-aimé service public se comprend donc aisément. Sans France 2, Sophie Davant n’aurait jamais eu cette chance inouïe de faire de la publicité pour la nouvelle Peugeot au salon de l’automobile. .

2009_06_05_tract_menages_france_televisions.pdf 2009_06_05_tract_menages_france_televisions.pdf  (250.41 Ko)









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