Biélorussie : le nouvel enjeu des relations russo-occidentales
Mercredi 15 Octobre 2008 à 09:10 | Lu 9958 fois I 39 commentaire(s)
Stéphane Miet
La Russie et la Biélorussie vont signer un accord militaire de défense antiaérienne commune. En réponse au déploiement prévu d’un bouclier antimissile américain en Pologne. Un remake de la Guerre froide ?
« Sur le plan militaire, il s'agit concrètement d'une défense (commune) contre l'Otan », déclarait il y a une semaine Pavel Borodine, secrétaire de l'Union Russie-Biélorussie : le 2 novembre prochain, la Russie et la Biélorussie signeront un accord sur la création d’un système unifié de défense aérienne. Moscou considère la Biélorussie, ex-république soviétique, comme un avant-poste naturel face à l’« agresseur » Otan. Voilà qui nous ramène plus de vingt ans en arrière…
Pourtant, ce remake de la Guerre froide remonte seulement au mois d’août dernier. Les troupes russes occupent alors l’Ossétie du Sud, région séparatiste de la Géorgie. Et mettent ainsi fin à la stabilité de ce pays caucasien, gage de son entrée dans l’Otan prévue en décembre prochain, au grand dam du président géorgien Mikhaïl Saakachvili, ouvertement pro-occidental. La Russie fait la démonstration de sa puissance militaire et son Parlement ne tarde pas à reconnaître officiellement l’indépendance de deux territoires séparatistes : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. L’occasion pour Moscou de mettre en garde l’Otan et, à travers elle, les Etats-Unis. Les Américains reculent d’une case. Provisoirement !
Pourtant, ce remake de la Guerre froide remonte seulement au mois d’août dernier. Les troupes russes occupent alors l’Ossétie du Sud, région séparatiste de la Géorgie. Et mettent ainsi fin à la stabilité de ce pays caucasien, gage de son entrée dans l’Otan prévue en décembre prochain, au grand dam du président géorgien Mikhaïl Saakachvili, ouvertement pro-occidental. La Russie fait la démonstration de sa puissance militaire et son Parlement ne tarde pas à reconnaître officiellement l’indépendance de deux territoires séparatistes : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. L’occasion pour Moscou de mettre en garde l’Otan et, à travers elle, les Etats-Unis. Les Américains reculent d’une case. Provisoirement !
Crédit : Wikimedia Commons
Une défense commune contre un ennemi clairement désigné : l’Otan
L’Otan, voilà l’ennemi. Toujours en août, alors que les Américains prévoient de déployer des intercepteurs de missiles en Pologne et d'installer un radar ultra-sophistiqué en République tchèque, Moscou tape du poing sur la table. Hors de question pour les dirigeants russes, le président Dmitri Medvedev et son premier ministre Vladimir Poutine, de céder : pis qu'une provocation, pour les Russes, l'installation de ce bouclier antimissile si près de leurs frontières les menace directement. Alors que la crise géorgienne ravive déjà les tensions entre les Occidentaux et la Russie, Moscou menace donc de baser des bombardiers stratégiques et des missiles (à l'exclusion d'armes nucléaires) en Biélorussie. D’où les négociations en cours entre Moscou et Minsk. Et le ministre russe de la Défense Anatoli Serdioukov de se féliciter de la « coopération dans le domaine de la défense » entre la Russie et la Biélorussie.
Dernière démonstration de force de Moscou, le tir, le 12 octobre, de trois missiles balistiques intercontinentaux. « Ceci démontre que notre bouclier est opérationnel », prévient le chef du Kremlin Dmitri Medvedev.
De son côté, Washington, la main sur le cœur, assure vouloir se protéger des actes terroristes en provenance de pays tiers. Comme l’Iran, champion toutes catégories de l’Axe du mal décrété par les Etats-Unis. Washington reculera-t-il devant l’oukase russe ? La Russie et la Biélorussie signeront l’accord de défense militaire commune… à la veille de l’élection du président des Etats-Unis. Damned !
L’UE ferait-elle les yeux doux à Loukachenko ?
Dans cette partie d’échecs entre la Russie et l’Otan, l’UE, divisée sur la marche à suivre dans le conflit Géorgie-Russie, essaie de retrouver une aura politique sur le plan international et joue la carte de la clémence à l'égard du dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko. Ainsi, l'UE a décidé, lundi 13 octobre, de suspendre pour six mois certaines sanctions prises à l'encontre de son pays. Ainsi, elle autorise désormais le président Loukachenko et 40 autres personnalités biélorusses à voyager en Europe. Officiellement, cette décision devrait être réexaminée dans six mois. Et elle est « strictement conditionnée à l’adoption de mesures positives pour renforcer la démocratie et le respect des droits de l’Homme » dans cette république ex-soviétique restée proche de Moscou. Officiellement…
Les responsables européens ont rencontré, lundi soir à Luxembourg, le ministre biélorusse des Affaires étrangères Sergueï Martinov. C’est la première fois depuis 2006. « La Biélorussie fait face à un choix historique : soit elle prend les mesures nécessaires vers la démocratie et l’indépendance, soit elle se résigne à la stagnation (…) », a déclaré hier la commissaire européenne aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner. D'où vient ce soudain intérêt pour le président-dictateur Loukachenko qui dirige d’une main de fer la Biélorussie depuis… 14 années. Le renforcement de la tutelle russe sur ce pays stratégique n'y est évidemment pas étranger… Même la Pologne et la Lituanie, farouchement opposées à la Russie lors du conflit en Géorgie, modèrent maintenant leurs propos. Voisins de la Biélorussie, les deux pays plaident depuis des semaines pour un réexamen des sanctions prises contre ce territoire qu'ils considèrent comme le pivot des relations russo-occidentales.
L’Otan, voilà l’ennemi. Toujours en août, alors que les Américains prévoient de déployer des intercepteurs de missiles en Pologne et d'installer un radar ultra-sophistiqué en République tchèque, Moscou tape du poing sur la table. Hors de question pour les dirigeants russes, le président Dmitri Medvedev et son premier ministre Vladimir Poutine, de céder : pis qu'une provocation, pour les Russes, l'installation de ce bouclier antimissile si près de leurs frontières les menace directement. Alors que la crise géorgienne ravive déjà les tensions entre les Occidentaux et la Russie, Moscou menace donc de baser des bombardiers stratégiques et des missiles (à l'exclusion d'armes nucléaires) en Biélorussie. D’où les négociations en cours entre Moscou et Minsk. Et le ministre russe de la Défense Anatoli Serdioukov de se féliciter de la « coopération dans le domaine de la défense » entre la Russie et la Biélorussie.
Dernière démonstration de force de Moscou, le tir, le 12 octobre, de trois missiles balistiques intercontinentaux. « Ceci démontre que notre bouclier est opérationnel », prévient le chef du Kremlin Dmitri Medvedev.
De son côté, Washington, la main sur le cœur, assure vouloir se protéger des actes terroristes en provenance de pays tiers. Comme l’Iran, champion toutes catégories de l’Axe du mal décrété par les Etats-Unis. Washington reculera-t-il devant l’oukase russe ? La Russie et la Biélorussie signeront l’accord de défense militaire commune… à la veille de l’élection du président des Etats-Unis. Damned !
L’UE ferait-elle les yeux doux à Loukachenko ?
Dans cette partie d’échecs entre la Russie et l’Otan, l’UE, divisée sur la marche à suivre dans le conflit Géorgie-Russie, essaie de retrouver une aura politique sur le plan international et joue la carte de la clémence à l'égard du dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko. Ainsi, l'UE a décidé, lundi 13 octobre, de suspendre pour six mois certaines sanctions prises à l'encontre de son pays. Ainsi, elle autorise désormais le président Loukachenko et 40 autres personnalités biélorusses à voyager en Europe. Officiellement, cette décision devrait être réexaminée dans six mois. Et elle est « strictement conditionnée à l’adoption de mesures positives pour renforcer la démocratie et le respect des droits de l’Homme » dans cette république ex-soviétique restée proche de Moscou. Officiellement…
Les responsables européens ont rencontré, lundi soir à Luxembourg, le ministre biélorusse des Affaires étrangères Sergueï Martinov. C’est la première fois depuis 2006. « La Biélorussie fait face à un choix historique : soit elle prend les mesures nécessaires vers la démocratie et l’indépendance, soit elle se résigne à la stagnation (…) », a déclaré hier la commissaire européenne aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner. D'où vient ce soudain intérêt pour le président-dictateur Loukachenko qui dirige d’une main de fer la Biélorussie depuis… 14 années. Le renforcement de la tutelle russe sur ce pays stratégique n'y est évidemment pas étranger… Même la Pologne et la Lituanie, farouchement opposées à la Russie lors du conflit en Géorgie, modèrent maintenant leurs propos. Voisins de la Biélorussie, les deux pays plaident depuis des semaines pour un réexamen des sanctions prises contre ce territoire qu'ils considèrent comme le pivot des relations russo-occidentales.
Portrait d'Alexandre Loukachenko (Crédit : Wikipédia)
« Dernier dictateur d’Europe »
Mais la levée des sanctions contre la Biélorussie ne peut être que partielle. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a jugé « peu démocratiques » les élections législatives du 28 septembre, à l'issue desquelles aucun candidat de l’opposition n’a été élu. Le « dernier dictateur d’Europe » est l’allié naturel du pouvoir russe. Son régime, de type « stalinien », évoque quelques réminiscences du côté russe (Poutine était un ancien officier du KGB). Loukachenko est arrivé au pouvoir en 1994. Réélu en 2001, il a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux et est réélu en 2006 avec 83 % des suffrages, lors d’un scrutin entaché de violences et dénoncé par l’Occident. De plus, la Biélorussie dépend économiquement de la Russie.
Loukachenko peut-il refuser de signer, le 2 novembre, avec la Russie cet accord sur la création d’un système unifié de défense antiaérienne ? Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a fait le déplacement la semaine dernière à Minsk où il a abordé la question de la défense commune avec le président biélorusse Loukachenko. Loin d’être manipulé par Moscou, ce dernier pourrait bien louvoyer. Car le président-dictateur a intérêt à jouer sur les deux tableaux : signer un accord de défense aérienne commune avec les Russes, d’une part. Et négocier une ouverture vers l’Occident, par le biais de l’UE, d’autre part. A qui profite cette guerre des nerfs entre les Russes et l'Otan ? A l'évidence, Loukachenko aimerait que la réponse à cette question soit… Loukachenko.
Mais la levée des sanctions contre la Biélorussie ne peut être que partielle. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a jugé « peu démocratiques » les élections législatives du 28 septembre, à l'issue desquelles aucun candidat de l’opposition n’a été élu. Le « dernier dictateur d’Europe » est l’allié naturel du pouvoir russe. Son régime, de type « stalinien », évoque quelques réminiscences du côté russe (Poutine était un ancien officier du KGB). Loukachenko est arrivé au pouvoir en 1994. Réélu en 2001, il a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux et est réélu en 2006 avec 83 % des suffrages, lors d’un scrutin entaché de violences et dénoncé par l’Occident. De plus, la Biélorussie dépend économiquement de la Russie.
Loukachenko peut-il refuser de signer, le 2 novembre, avec la Russie cet accord sur la création d’un système unifié de défense antiaérienne ? Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a fait le déplacement la semaine dernière à Minsk où il a abordé la question de la défense commune avec le président biélorusse Loukachenko. Loin d’être manipulé par Moscou, ce dernier pourrait bien louvoyer. Car le président-dictateur a intérêt à jouer sur les deux tableaux : signer un accord de défense aérienne commune avec les Russes, d’une part. Et négocier une ouverture vers l’Occident, par le biais de l’UE, d’autre part. A qui profite cette guerre des nerfs entre les Russes et l'Otan ? A l'évidence, Loukachenko aimerait que la réponse à cette question soit… Loukachenko.
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