Besson pourrait aussi «se casser» ... du gouvernement
Mardi 21 Juin 2011 à 15:01 | Lu 10438 fois I 0 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
En ce moment, c'est la « normalité » qui a la côte au gouvernement. Alors quand Eric Besson pique une colère sur le plateau de Guy Lagache, Philippe Bilger s'interroge... Pourquoi Sarkozy ne lui a-t-il pas demandé de se « casser » du gouvernement ?
Il n'est pas encore temps de dénoncer le matraquage scandaleux en faveur d'Omar Raddad parce que, même si on devine malheureusement à l'entendre ce que sera l'inspiration du film de Roschdy Zem, l'honnêteté commande d'attendre sa sortie. Il reste qu'un formidable livre pulvérise, met en miettes « l'acquittement médiatique » pour confirmer la culpabilité judiciaire.
Ainsi un ministre, ce peut être cela. Quelqu'un comme tout le monde, mais parfois en pire.
Sans être spécialement naïf, je m'imaginais que cette charge représentait un honneur, renvoyait à tous les instants de la vie publique et médiatique - dès lors que la fonction était concernée - à une obligation de tenue et de dignité, à une qualité du langage, au refus de la moindre grossièreté, à l'exclusion de toute provocation inutile.
Je me trompais puisqu’Éric Besson questionné courtoisement par Guy Lagache sur les risques du nucléaire dans l'émission Capital (M6), avant la diffusion d'un reportage a pris la poudre d'escampette en proférant « je me casse, fait chier ». L'air interloqué de l'animateur n'a pas suffi à le faire revenir.
Au moins on aurait pu espérer de plates excuses. On a eu le contraire. Eric Besson n'a pas regretté sauf tout de même sur le tard mais avec presque un contentement de soi (RMC). Il paraît que cette attitude refléterait un côté « cool comme celui des jeunes » et qu'en définitive tout était simple et décent dans le meilleur des mondes politique et médiatique (Le Monde, nouvelobs.com, Marianne 2).
Je ne suis pas du tout en accord avec cette démagogie vulgaire vite pardonnée parce qu'elle se rapporterait à une attitude dérisoire quoiqu'inélégante. Il me semble que cette absolution néglige le caractère indivisible de l'allure, qu'elle concerne l'infime et ses dérapages ou le grand et ses transgressions, dans une même personnalité.
Au risque d'apparaître comme un puritain de la morale quotidienne - je l'assume sans réserve, s'agissant d'un ministre qui se doit d'être un exemple dans le rapport lucide à nouer avec soi et pour les autres -, je m'étonne que le président de la République, qui a mesuré les dangers d'un comportement trop éloigné d'une normalité faisant consensus, et le Premier ministre, qui lui-même n'a jamais répudié celle-ci, n'aient pas immédiatement, comme un signal fort, demandé à Eric Besson de « se casser » du gouvernement, quels que soient par ailleurs les mérites de son intelligence glaçante. Peur de le faire pour si peu ? Je répète que ce « peu » est infiniment significatif.
Ainsi un ministre, ce peut être cela. Quelqu'un comme tout le monde, mais parfois en pire.
Sans être spécialement naïf, je m'imaginais que cette charge représentait un honneur, renvoyait à tous les instants de la vie publique et médiatique - dès lors que la fonction était concernée - à une obligation de tenue et de dignité, à une qualité du langage, au refus de la moindre grossièreté, à l'exclusion de toute provocation inutile.
Je me trompais puisqu’Éric Besson questionné courtoisement par Guy Lagache sur les risques du nucléaire dans l'émission Capital (M6), avant la diffusion d'un reportage a pris la poudre d'escampette en proférant « je me casse, fait chier ». L'air interloqué de l'animateur n'a pas suffi à le faire revenir.
Au moins on aurait pu espérer de plates excuses. On a eu le contraire. Eric Besson n'a pas regretté sauf tout de même sur le tard mais avec presque un contentement de soi (RMC). Il paraît que cette attitude refléterait un côté « cool comme celui des jeunes » et qu'en définitive tout était simple et décent dans le meilleur des mondes politique et médiatique (Le Monde, nouvelobs.com, Marianne 2).
Je ne suis pas du tout en accord avec cette démagogie vulgaire vite pardonnée parce qu'elle se rapporterait à une attitude dérisoire quoiqu'inélégante. Il me semble que cette absolution néglige le caractère indivisible de l'allure, qu'elle concerne l'infime et ses dérapages ou le grand et ses transgressions, dans une même personnalité.
Au risque d'apparaître comme un puritain de la morale quotidienne - je l'assume sans réserve, s'agissant d'un ministre qui se doit d'être un exemple dans le rapport lucide à nouer avec soi et pour les autres -, je m'étonne que le président de la République, qui a mesuré les dangers d'un comportement trop éloigné d'une normalité faisant consensus, et le Premier ministre, qui lui-même n'a jamais répudié celle-ci, n'aient pas immédiatement, comme un signal fort, demandé à Eric Besson de « se casser » du gouvernement, quels que soient par ailleurs les mérites de son intelligence glaçante. Peur de le faire pour si peu ? Je répète que ce « peu » est infiniment significatif.
Depuis 2007, j'ai l'impression que le citoyen a perdu cette révérence de principe en face des ministres et que n'importe qui peut se dire qu'il ferait aussi bien qu'eux. Mais il ne faudrait pas en abuser et que cette impression, à cause notamment d'Eric Besson, devienne une triste certitude.
Qui aurait osé protester devant le rappel autoritaire des droits, et des devoirs qui en sont la rançon ?
Retrouvez Philippe Bilger sur son blog.
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