Marianne2 2012

Besoin de lunettes? Rendez-vous l'an prochain!

Mardi 12 Mai 2009 à 13:32 | Lu 6172 fois I 44 commentaire(s)

Superno

Superno a voulu prendre rendez-vous chez un ophtalmo en province. On lui a proposé un créneau… mi 2010!


Pour de vraies lunettes de vue, il faudra attendre (photo Xurble-flickr-cc)
Pour de vraies lunettes de vue, il faudra attendre (photo Xurble-flickr-cc)
J’avoue ne pas être un immense spécialiste de la médecine française en tant que patient. Un seul arrêt maladie de quatre jours en 21 ans de travail, pour une méchante angine il y a 15 ans. Jamais hospitalisé. Pourvu que ça dure.

Avec mes trois gamins, j’ai tout de même subi les heures à passer dans les salles d’attentes bondées à partager les miasmes des autres patients à la goutte au nez, à écouter les passionnantes histoires d’arthrose du genou des vieilles habituées des lieux, ou à aller chercher Doliprane (pour soigner la douleur), Clamoyxl (pour occire les microbes putatifs) et Toplexil (pour rassurer la maman) à la pharmacie bondée, repartant avec un énorme sac sans rien payer.

Je n’oublie pas non plus quelques passages aux urgences, toujours en tant qu’accompagnant, et dont je garde un souvenir atterré, des cours des miracles qui fonctionnent avec un seul interne étranger qui est debout depuis plus de 24 heures d’affilée et qui doit effectuer des gestes parfois cruciaux qui ne relèvent absolument pas de sa spécialité…

Mais dès qu’on gratte un peu, il y a des trucs qui clochent. SuperNonotte a de gros problèmes de vue ces derniers temps, elle n’arrive plus à lire les petits caractères de près. La vieillerie qui commence. Qu’à cela ne tienne, elle appelle un ophtalmo. Deux ophtalmos. Trois ophtalmos. Quatre ophtalmos. Tous lui donnent un rendez-vous… mi 2010 ! On croirait une mauvaise blague sur l’URSS !

Or ce problème l’emmerde dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle (elle passe une partie de sa journée à lire ou écrire des contrats). Impensable d’attendre un an !

Des solutions, il y en a : la première, suggérée par un voisin qui l’a expérimentée avec succès : aller au Luxembourg tout proche, où curieusement l’attente n’excède pas une semaine. Évidemment la consultation, genre 80 euros, ne sera pas remboursée…
La suivante, bien plus dans l’esprit du copinage, du clientélisme et du passe-droit, cher à toutes les oligarchies : il suffit d’avoir un ophtalmo dans ses relations, ou à défaut quelqu’un qui connaît bien un ophtalmo. C’est ce qu’a fait SuperNonotte : un coup de fil, et quelques heures plus tard un rendez-vous est pris, tout proche.

Sont-ce des manières de faire ? Et le pauvre qui n’a pas l’occasion de fréquenter les puissants et les demi-puissants ? Il reste bigleux pendant un an ? Pourquoi ce numerus clausus ridicule ?

Ce long préambule pour dire que même si je ne suis pas un spécialiste mondial de la question, mes quelques connaissances d’anatomie me permettent de distinguer assez nettement une vessie d’une lanterne, et une réforme bonne pour les malades d’une réforme destinée à démanteler le secteur public de la santé.

Vu la ministre qu’on se trimballe, les choses ne risquent pas de s’arranger  ! Sa compétence, son bon goût et sa discrétion font certes l’unanimité, et je les ai moi-même déjà célébrés. Tiens, le Canard rapportait récemment que l’organisation d’un «Grenelle des ondes» l’ennuyait profondément, et qu’elle avait confié à sa collègue Morano, autre sommité gouvernementale absolument indiscutable :«Qu’est ce que j’en ai marre de ces Grenelle qui ne servent à rien […]  On devrait plutôt faire un Grenelle du cul.»

Outre son humour bigardien, et son aptitude à se mettre à dos l’ensemble de la profession à laquelle elle s’adresse (qualité qu’elle partage avec ses collègues Dati ou Pécresse) son principal talent semble être de se pousser du col pour se donner l’importance qu’elle n’a pas, notamment lors de conférences de presse surréalistes où elle annonce d’un ton sépulcral que 15 personnes en France ont la grippe et lancer une coûteuse campagne publicitaire pour expliquer qu’il faut se laver les mains et éviter de cracher dans la gueule de ses voisins…

Roselyne Bachelot, puisqu’il faut l’appeler par son nom, était ce matin chez Demorand.








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