Qu’est-ce qu’incarne vraiment Martine Aubry ?


Rédigé par Bertrand Rothé le Lundi 11 Juillet 2011 à 18:31 | 5 commentaire(s)

Il est légitime de se demander ce qu'incarne vraiment Martine Aubry. Quels sont ses choix économiques? La réponse est peut-être dans Le Monde du 9 juin 2011.


« Dans l'avion pour Turin, (Matine Aubry) a "découvert" … l'initiative… conduite par son vieux complice, le sociologue Michel Wieviorka, et par l'économiste strauss-kahnien Daniel Cohen qui s'est mis au service de la maire de Lille » : un appel de 50 intellectuels en sa faveur.

Qui sont ces deux « intellectuels » ? Michel Wieviorka a un blog sur rue89 dans lequel on peut lire à livre ouvert. Un homme sans risque, social démocrate bon teint. Pour Daniel Cohen c'est beaucoup plus complexe tant notre homme a de casquettes. La moins connue est celle d'économiste chez Lazard. D'après Alain Minc c'est « le meilleur économiste de  France » (Un titre tombé en désuétude depuis la mort de Raymond Barre). Il est aussi enseignant à Ulm (c’est comme cela que la presse le présente généralement), prof à la Paris School of Economics, pardon, l’Ecole d’Economie de Paris, membre du conseil de surveillance du Monde, et évidemment omniprésent à la télévision.

Notre génie a un avis sur tout :

  • Il nie les délocalisations Sur lesite.tv, l'espace vidéo à destination des enseignants et des élèves, notre « meilleur économiste » fait la leçon aux étudiants, professant - à la fin de la vidéo - que les délocalisations sont une vue de l'esprit : « Ce phénomène des délocalisations, il est très mince quand on regarde les chiffres qui sont concernés.». Avec un tel conseiller on a peu de chances de réguler, même un peu, la mondialisation.  
 
  • Dans Les P'tits Bateaux, sur France Inter, le 11 décembre 2010, notre génie de la pédagogie, (cela est incontestable), répondait à la question d’Hortense 9 ans « Pourquoi y a-t-il des gens riches et des gens pauvres ? ». Et bien sans se démonter l'illustre professeur répondit : «Si on avait posé la question il y a un siècle... la réponse aurait été très simple, il y a des riches parce que les parents des riches étaient très riches... Aujourd'hui ce n'est plus exactement comme ça, les gens sont riches parce qu'ils gagnent beaucoup d'argent en travaillant... ».                                  Il suffit de croire que Madame Betancourt ait fait fortune en travaillant, idem pour Bernard Arnault et Monsieur Bouygues...                                                                                                                                   Ce ne sont pas des héritiers, ces très riches ?                                                                                    Peut-être qu'Hortense a cru le professeur de l'Ecole Normale Supérieure. Peut-être que Martine Aubry sous le charme, va le croire aussi.                                                                                                    Avec un tel soutien la première secrétaire du PS risque de ne jamais mettre en place la réforme fiscale, et encore moins une augmentation des droits de succession…      
  
  • Plus récemment, Le Monde lui demandait de réagir à la proposition du PS qui prévoit de réduire les « écarts de rémunérations de 1 à 20 maximum dans les entreprises à participation publique », notre génie n’avait pas hésité, il avait affirmé qu’« on risquerait de ne recruter à la tête des sociétés publiques que des seconds couteaux ». Donc pas d’encadrement des salaires des patrons… Personne ne s'étonnera que Daniel Cohen est membre du Siècle. Le dernier mercredi du mois il peut dîner à la table de Louis Schweitzer ancien patron de Renault et de Guillaume Pépy actuel patron de la SNCF. 

A ce rythme il ne restera bientôt plus grand chose du programme socialiste. Est-ce vraiment ce que Martine Aubry veut en s'entourant de tels intellectuels ? 

Mais on ne peut pas faire tous les procès à Daniel Cohen. Il nous avait prévenu. A propos de son ancien favori, M. Strauss-Kahn, il avait dit qu’il « aurait pu endosser les habits du projet socialiste, en le pondérant ». C'est à dire en le vidant de tout ce qu'il avait de socialiste...  

PS. Notre homme a une petite place parmi les Nouveaux Chiens de garde. Ce film de Yannick Kergoat et Gilles Balbastre sortira en Janvier de l’année prochaine. Réservez une soirée pour aller le voir. C'est intelligent et très drôle. 




A propos de l'auteur

Bertrand Rothé

Bertrand Rothé
Bertrand Rothé, certifié en cuisine, a des aptitudes professionnelles en économie, puis que la faculté l’a Agrégé. Il enseigne à l’Université de Cergy-Pontoise.

Il vient de publier au Seuil avec Gérard Mordillat "Il n'y a pas d'alternative ; Trente ans de propagande économique" au Seuil. Son précédent ouvrage, "Lebrac, trois mois de prison" (Seuil, 2009) a reçu le prix Jean-Baptiste Botul.