Marché : 2 - Démocratie : 0


Rédigé par Bertrand Rothé le Dimanche 13 Novembre 2011 à 17:45 | 18 commentaire(s)

L’Europe et les marchés se réjouissent (tiens, ce sont les mêmes ? Bizarre non ?) Exit Papandréou et Berlusconi. Vivent Monti et Papadímos. Petit retour sur ces deux nominations.


photo : ArtemFinland - Flickr - cc
photo : ArtemFinland - Flickr - cc

Retour sur la biographie de nos deux nouveaux héros. Deux technocrates de l’Europe libérale…

Nos deux nouveaux dirigeants ont fait une partie de leur carrière dans les instances européennes. Mario Monti a été successivement responsable du marché intérieur puis commissaire européen à la Concurrence. A ce titre, au nom de la concurrence libre et non faussée, il est directement responsable de la désindustrialisation de son pays et du nôtre. Une paille. Seules les multinationales en ont tiré profit et se sont fait quelques milliards d'euros de bénéfice en plus.

Loukás Papadímos a été le bras droit de Jean Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne où il a appliqué sans sourciller la politique monétaire de son patron. Ces choix mettaient son pays à genoux et il n'a pas bronché. Ca fait déjà un bon point.

… nommés pour faire rendre gorge à leurs citoyens

On peut faire confiance à Mario Monti pour faire payer les Italiens. Cet homme n’a jamais eu beaucoup de scrupules. Money, money… Il a su rapidement monétiser son passage à la commission de la concurrence. Tout de suite après son départ de la commission il s’est fait embaucher « International Advisor » chez Goldman Sachs. Money, money… (cela irrite même Le Monde qui ce soir titrera sur : La « franc-maçonnerie » européenne de Goldman Sachs).

Cette banque a aidé à trafiquer les comptes de la Grèce. Le lendemain elle s’est mise à spéculer sur les dettes de son client, entrainant la Gréce à la ruine. Monti est devenu banquier. Il n'aime ses clients que quand ils sont riches. Money, money… On prend les paris ? Mario Monti saura tenir tête à ses anciens collègues pour défendre les intérêts du peuple italien. On rêve, il va faire rendre money au peuple italien. 

Avec le nouveau dirigeant grec, les marchés peuvent aussi dormir tranquille, Loukás Papadímos n’aura pas beaucoup d’empathie avec le peuple grec. Pendant vingt ans, il n’y a pratiquement jamais vécu. De la fin des années 1960 à 1984, il a fait ses études aux Etats-Unis et y a ensuite enseigné. En 2002, il devient vice-président de la BCE, et va vivre à Bruxelles. Il a continué à enseigner à la très progressiste université d’Harvard, où, c'est bien connu, on apprend à tenir tête aux marchés.

Pourquoi les exclus ont-ils été chassés ?

Même le très libéral Jean-Pierre Jouyet est obligé d'en convenir, la démocratire est foulée aux pieds par les investisseurs. Les marchés font « pression sur le jeu démocratique », raconte-t-il dans le JDD. « C'est le troisiéme gouvernement qui saute à leur initiative ».

Papandréou a été éconduit parce qu’il avait proposé un référendum sur le plan d’austérité. Dans un élan de démocratie, notre social-démocrate a cru à la démocratie. C'est assez rare chez cette engeance. Exit le naïf.  

Berlusconi est renvoyé parce que ses frasques rendaient incompatibles le plan d’austérité voulu par les marchés. Comment un homme aussi versatile pouvait forcer le peuple italien à rendre aux riches l’argent qu’ils leur avaient prêté. Notre homme a fini de distraire les Italiens. Dehors. Finies les parties de jambes en l’air ! Il faut mettre les Italiens au travail et casser la protection sociale. Voilà les exigeances des créanciers. Mario Monti va s'y atteler.

(Pour conclure avec humour) Hollande a compris le message

Le patron de l'AMF en a-t-il parlé à François Hollande son ami ? Celui-ci au lieu de se révolter a visiblement pris conscience du phénomène et du rôle que les marchés pourraient jouer dans le choix du futur président de la République. A-t-il demandé à Michel Sapin, son futur ministre de la rigueur, d’épouser une journaliste des Echos ? On ne le saura pas.  

Mais est-ce sous la pression de son patron ou a sa propre initiative mais en bon soldat des marchés, prêt à assurer toutes les dictatures, que le maire d’Argenton-sur-Creuse s’est exécuté ? Le JDD vient de publier les bans. « François Hollande sera son témoin ». Ca ne s’invente pas.

On ne remerciera jamais assez Michel Sapin de s'être sacrifié pour la collectivié en épousant une salariée d'une des plus grandes fortunes de la planète. Espérons que Bernard Arnault en saura gré à l'ensemble de la Nation. Espérons que Sapin n'ait pas fait ce beau geste pour rien... Espérons.




A propos de l'auteur

Bertrand Rothé

Bertrand Rothé
Bertrand Rothé, certifié en cuisine, a des aptitudes professionnelles en économie, puis que la faculté l’a Agrégé. Il enseigne à l’Université de Cergy-Pontoise.

Il vient de publier au Seuil avec Gérard Mordillat "Il n'y a pas d'alternative ; Trente ans de propagande économique" au Seuil. Son précédent ouvrage, "Lebrac, trois mois de prison" (Seuil, 2009) a reçu le prix Jean-Baptiste Botul.