Les riches américains plus généreux que leurs homologues français


Rédigé par Bertrand Rothé le Mardi 16 Août 2011 à 22:05 | 1 commentaire(s)

Suite à l'article de Maurice Lévy dans le Monde, ce matin sur les ondes nos confrères affirment que Warren Buffett fait des émules en France : nos super riches sont d'accord pour taxer les riches. Or, à la lecture des déclarations de l'un et de l'autre on s'aperçoit que les discours de nos deux héros du jour ne sont pas si convergents que ça.

Une revue de détails s'impose.


Le Président du directoire de Publicis propose seulement « une contribution EXCEPIONNELLE des plus riches, des plus favorisés, des nantis. »  Exceptionnelle, vous avez compris ! Tout en rappelant avec force « que la grande majorité des dirigeants méritaient leur rémunération, et pour certains plus encore ». Le PDG de Berkshire Hathaway - l'oracle d'Omaha - ville du Nebraska, où Warren Buffet est né - est beaucoup plus audacieux. Il souhaite une augmentation définitive du taux des impôts des américains les plus riches, et rappelle, chiffres à l’appui, que la baisse des impôts des nantis n’a jamais créé aucun emploi. En deux mots, ces baisses d'impôts ne servent à rien si ce n'est à enrichir les riches. Une première différence !

Ensuite Warren E. Buffett commence son article en rendant hommage au peuple américain. « While the poor and middle class fight for us in Afghanistan, and while most Americans struggle to make ends meet, we mega-rich continue to get our extraordinary tax breaks. » Que l’on pourrait traduire par : « quand les classes moyennes et les plus pauvres se battent pour nous en Afghanistan, quand la plupart des Américains ont du mal à joindre les deux bouts, nous, les méga-riches, continuons à profiter d’extraordinaires allégements fiscaux ».  Pour Maurice Lévy, il n'est évidemment pas question d'extraordinaires allégements fiscaux, ni même d'allègements fiscaux. En plus notre patron déroule toute la morgue des élites françaises à l’égard du peuple. Sa première référence à nos concitoyens est extraordinaire. « Pas un gouvernement, quelle que soit son appartenance politique, qui ne se soit adonné à l'addiction au déficit, à la dette, ajoutant ainsi à l'idée que les Français ont de l'Etat-providence et de l'assistanat : "L'Etat y pourvoira !" ».  C'est pas joli ça ? Non ? Certains pourraient y voir du mépris de classe. 

Pour finir le président de l'Association française des entreprises privées (AFEP) propose une « profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux, pour pouvoir à l'avenir réduire drastiquement nos coûts afin de pouvoir servir la dette ». Comprenez, moins d’argent pour les classes moyennes et pour les plus pauvres, pour pouvoir payer ses amis banquiers. Après cela il faudra « réduire les prélèvements obligatoires pour les ramener dans la moyenne européenne » et s'en sera fini de la  contribution EXCEPIONNELLE des plus riches, des plus favorisés, des nantis.

Outre Atlantique, Buffett propose quelque chose de très différent. Pas de contrepartie à la hausse des impôts des plus riches. Aucune. Notre homme ne souhaite pas « augmenter les taux d’imposition de 99,7 % des contribuables… (parce que) les classes moyennes et les plus pauvres ont suffisamment souffert ». Il estime sûrement que les citoyens moins chanceux ont le droit à une pause après trente ans de dumping social. 

Faut-il rappeler que Warren Buffett le troisième homme le plus riche du monde a écrit : « La lutte des classes existe, et c'est la mienne qui est en train de la remporter » ? Maurice Lévy se contente de fustiger l'Etat providence et veut sa mort par étouffement en réduisant « sensiblement les coûts des charges qui pèsent sur les salaires ».

Pourquoi alors nous avoir fait croire que Lévy et Buffett partageaient les mêmes valeurs ?



A propos de l'auteur

Bertrand Rothé

Bertrand Rothé
Bertrand Rothé, certifié en cuisine, a des aptitudes professionnelles en économie, puis que la faculté l’a Agrégé. Il enseigne à l’Université de Cergy-Pontoise.

Il vient de publier au Seuil avec Gérard Mordillat "Il n'y a pas d'alternative ; Trente ans de propagande économique" au Seuil. Son précédent ouvrage, "Lebrac, trois mois de prison" (Seuil, 2009) a reçu le prix Jean-Baptiste Botul.