Pour l’ordinaire, les institutions financières embauchent des seconds rôles. Anton Brender s’est retrouvé directeur des études économiques de Dexia, Jean Paul Betbéze sévit au Crédit Lyonnais puis au Crédit Agricole. En choisissant de passer du côté obscur de la force, nos hommes sont moins demandés pour les grands médias, mais ils vont pouvoir porter la bonne parole parmi les importants. Jean-Luc Gréau, qui a œuvré pour le Medef, rappelle que le débat économique sert aussi à prendre des décisions politiques. Et là aussi les banquiers ont souhaité être présents. Sur les trois économistes qui siègent au prestigieux Siècle, deux, Christian de Boissieu et Daniel Cohen, sont liés à des banques et siègent au Conseil d’Analyse Economique.
Ce Conseil d’Analyse Economique, créé par Lionel Jospin, est aussi une citadelle imprenable de la planète finance. L’enjeu est de taille. Le CAE conseille le premier ministre. La finance monopolise cet accès à l’oreille du gouvernement. Sur les 28 membres, 19 sont directement ou indirectement liés à la finance. La Société Générale, le Crédit Agricole, HSBC et Natixis sont ainsi représentés directement par leurs subordonnés. On découvre à la lecture des CV des membres que l’on peut être professeur à Dauphine et Conseiller du Directoire de La Compagnie financière Rothschild comme Jean-Hervé Lorenzi. Les jeunes ne sont pas en reste. Augustin Landier enseigne à la Toulouse School of Economics, mais a aussi créé un hedge fund. A Claire Derville qui lui demandait si on avait raison de penser que les fonds spéculatifs avait fomenté cette crise, il rétorque : « Non... Au contraire, en corrigeant les excès des marchés, ils contribuent à les assainir. Mais c’est vrai qu’en étant obligé de liquider leurs positions…, ils ont amplifié la spirale baissière. Ce sont les victimes collatérales de la crise du crédit ». Il fallait oser présenter les fonds spéculatifs comme des victimes de la crise... Le président du Conseil a aussi ses pudeurs, et on le comprend, notre homme est gourmant, il ne mange pas à un seul râtelier. Le CV de Christian de Boissieu qui affiche ses titres universitaires, ferait rougir de jalousie n’importe quel colonel de retour d’Afghanistan : économiste de l’année, lauréat à deux reprises, puis des titres en anglais non traduits, total respect… Mais notre président oublie de préciser qu’il conseille aussi un hedge fund, excusez du peu, le Crédit Agricole, qu’il siège au conseil de surveillance d’une banque privée, une paille, et la liste est encore plus longue.
Quand on interroge les membres de cette institution sur les dérives que peut générer ce quasi monopole de la finance dans le CAE, la réponse fuse: « On est libre, Patrick Arthus propose par exemple d’augmenter les salaires depuis longtemps ». L’institution accepte un ou deux trublions à condition qu’ils ne mettent rien en cause d’essentiel. Au CAE et au Cercle des économistes, c’est la fonction de Patrick Arthus. L’homme est sans danger. Il a de nombreux fils à la patte. Le directeur des études de la banque Natixis - aussi conseiller d’administration de Total, généreusement payé 55 000 euros par an pour sept réunions - ne se précipitera pas pour inviter à la révolution, ni pour augmenter la fiscalité du CAC 40. Il s’est aussi vanté de conseiller les dirigeants chinois dans des cercles privés.