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Bertrand et Morano : il n'y a pas d'affaire Woerth

Lundi 5 Juillet 2010 à 12:39 | Lu 14706 fois I 56 commentaire(s)

Laureline Dupont
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur

Les démissions d'Alain Joyandet et de Christian Blanc ont déclenché un cataclysme à l'Elysée. Pour donner à ces départs précipités des allures de débarquements organisés, Nadine Morano et Xavier Bertrand ont été chargés de répandre le bon wording sur les ondes ce matin.


Epreuve de récitation ce matin sur RTL et Europe 1. Pendant que Jean-Michel Apathie, affable et bienveillant, écoutait Nadine Morano déclamer sa prose ; Jean-Pierre Elkabbach, plus brutal, tentait de tirer les vers du nez de Xavier Bertrand. Sans grand succès : sur RTL comme sur Europe1, on a eu droit au même joli quatrain sur les démissions d'Alain Joyandet et Christian Blanc. Allez, reprenez tous en choeur: ces-départs-n'ont-rien-à-voir-avec l'affaire-Woerth. D'ailleurs, il n'y a pas d'affaire Woerth. Compris?

Morano et Bertrand, élèves visiblement assidus, se sont livrés à un duo parfaitement synchronisé. La première strophe a été entonnée par Xavier Bertrand : « Les ministres (Alain Joyandet et Christian Blanc) ont tiré les conséquences », avant que Nadine Morano n'enchaîne : « Je crois que c'est tout à leur honneur d'avoir tiré les conclusions ».  Les conséquences de quoi? Sur ce sujet, le flou demeure, mais tant que la leçon est apprise, l'honneur élyséen est sauf. 

Pendant que Xavier Bertrand se perd en considérations superflues sur l'amitié en politique : « J'ai une pensée particulière pour Alain Joyandet qui est mon ami », Nadine Morano elle, ose et évoque « des maladresses qui mettaient en difficulté le travail du gouvernement ». 
Ce détail mis à part, les deux attachés de presse gouvernementaux psalmodient la même analyse : ces départs n'ont rien à voir avec l'affaire Woerth, ils n'ont pas pour but de donner un os à ronger à des médias qui malmènent le ministre du Budget depuis des semaines. Pour le secrétaire général de l'UMP, c'est sûr, Woerth est « victime d'une machinerie politique », une vision partagée par la secrétaire d'Etat à la famille qui considère que Woerth est « attaqué injustement parce qu'il porte l'une des réformes les plus essentielles du gouvernement »

Les deux envoyés spéciaux de l'Elysée s'accordent sur la raison d'un tel lynchage : tout ça c'est la faute aux socialistes. A une construction de phrase près, le discours est strictement le même. Bertrand proteste: « Le PS a compris que c'était sa façon de gêner la réforme des retraites », et Morano prend le relais : « Les socialistes n'arrivent pas à trouver un coin pertinent pour s'opposer à la réforme des retraites ». Dans ces conditions, pas question de céder à la mauvaise foi socialiste et de se priver de Woerth. Feignant une stupéfaction mêlée d'indignation, Morano s'exclame : « Pourquoi on irait se priver de la rigueur de gestionnaire de Woerth? »

Conclusion chantonnée en choeur : « Il faut être exemplaire » en Sarkozie… mais seulement quand ça arrange l'Elysée et l'UMP. Que Woerth se rassure, tant que personne ne saura compter aussi bien que lui, il conservera son poste de trésorier et son ministère.

De son côté, France Inter avait, ce matin, choisi de donner la parole au politologue Stéphane Rozès et à François Miquet-Marty, directeur associé de l'institut de sondages Vivavoice. Pour Rozès, ces démissions sont à inscrire dans un « processus de compréhension » de l'Elysée qui prend enfin la mesure des problèmes et réactions qu'ont suscité dans l'opinion les manquements d'un certain nombre de ministres. Evidemment, l'analyse qui consiste à reconnaître que l'Elysée a un train de retard n'allait pas sortir de la bouche de Bertrand et Morano.








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