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Bernard Kouchner lâche Rama Yade

Mercredi 10 Décembre 2008 à 13:46 | Lu 23617 fois I 179 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Rama Yade s'est grillée auprès de l'Elysée en refusant de participer aux prochaines élections européennes. Bernard Kouchner, son ministre de tutelle, profite de l'occasion pour lui tailler un costard dans les colonnes du Parisien. C'est beau la solidarité entre collègues!


(cc - Flickr - World Economic Forum)
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« Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme. C’est une erreur. » C’est la petite phrase qui tue, la petite phrase qui tombe à point nommé, la petite phrase qui vient enfoncer un peu plus Rama Yade. Et cette sentence assassine, c’est Bernard Kouchner, son ministre de tutelle, qui l’a prononcée à l’occasion d’une interview « choc » accordée au Parisien - Aujourd'hui en France  et que l’on retrouve aujourd’hui dans ses colonnes. À point nommé ?


De fait, dimanche soir, sur le plateau du Grand Jury RTL , la jeune secrétaire d’Etat a eu le malheur de déclarer qu’elle ne voulait pas participer aux élections européennes. Très mauvaise idée  : depuis plusieurs mois, le chef de l’Etat la pressait de prendre part au scrutin de juin 2009. Et on ne contredit pas Sarko 1er sans en subir les foudres. Recevant lundi quelques journalistes, il lâche donc en « off » que Rama Yade peut toujours courir pour récupérer le poste de secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, où elle était pressentie pour succéder à Jean-Pierre Jouyet.

« Rama Yade a fait ce qu'elle a pu » !

Le « off » est finalement ébruité par Le Monde , toute la presse reprend l’info et voilà donc que le ministre des Affaires étrangères enfonce le clou dans Le Parisien : « Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme. C’est une erreur. Car il y a une contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France. Cette contradiction peut être féconde mais fallait-il lui donner un caractère gouvernemental en créant ce secrétariat d’Etat ? Je ne le crois plus et c’est une erreur de ma part de l’avoir proposé au président. (…) Cela dit Rama Yade a fait, avec talent, ce qu’elle a pu. » Et Kouchner d’ajouter : « Attention je parle de la structure bien sûr, pas des personnalités. » Evidemment…


Un peu plus loin, le chef du Quai d’Orsay en remet une couche : « J’ai signé le bannissement, l’arrêt de la fabrication et la destruction des armes à sous-munitions. Je l’ai fait accepter par l’armée française par l’armée française et par mon ami Hervé Morin. (…) J’ai fait cela avec Handicap international et cinq autres ONG (…) Voilà une avancée concrète sur les droits de l’Homme. De même, il est important que Rama Yade s’occupe avec passion des droits des enfants et de ceux des femmes. (...) Il ne faut pas de titre pour être efficace. » Autrement dit : Rama a travaillé « avec passion » et Bernard efficacement ! C’est beau la solidarité entre collègues.


Bernard Kouchner, lui, a l'esprit d'équipe...

Dans l’interview, le ministre des Affaires étrangères affirme également que ses relations avec le chef de l’Etat sont « excellentes. Très amicales et respectueuses » : « Le président ne m’a jamais demandé d’être d’accord sur tout, jamais demandé de prendre ma carte de l’UMP. Je dis ce que je pense et bien sûr le président décide. » Les relations de Kouchner avec l'Elysée sont si « excellentes » qu'il a donc fini par se ranger à l’avis de Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique de Sarkozy, qui depuis des mois n’a de cesse de critiquer la secrétaire d’Etat. Alors que jusqu’à présent, Bernard Kouchner se contentait de reprocher à sa secrétaire d'Etat de ne pas avoir l'esprit d'équipe , il lui reproche maintenant d'exister. Tout simplement.


Un détail : l’interview de Kouchner a été réalisée dimanche avant même que Rama Yade ne s’exprime sur RTL et ne fasse sa (malheureuse) sortie sur les élections européennes. Mais du côté du Parisien, on explique que comme pour tous les entretiens de ministre, le texte a été soumis à relecture, qu'elle s'est faite après le passage de la secrétaire d'Etat à la radio et qu’aucune phrase de l’interview n’a été retouchée. C’est donc bien en connaissance de cause que Bernard Kouchner a décidé de charger sa secrétaire d’Etat.









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