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Ben Laden est mort, à Kadhafi le tour ?

Jeudi 12 Mai 2011 à 12:01 | Lu 8849 fois I 28 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Embarquée dans un conflit long et à l'issue incertaine, depuis le début du mois de mai l'OTAN multiplie les frappes ciblées sur des bunkers de commandement et de contrôle susceptibles d'abriter Kadhafi. Si l'Otan dément que Kadhafi soit directement visé, après 10 jours d'absence, la rumeur de sa mort avait commencé à enfler, alimentée notamment par des généraux de l'organisation. Hier, le Guide a fait une réapparition en public.


(cc flickr Adobe of chaos)
(cc flickr Adobe of chaos)
Tuer le chef, c’est encore le meilleur moyen de finir une guerre –et à moindres frais-. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les américains, vraisemblablement de plus en plus conscients que leur présence en Afghanistan n’avait que trop duré.

 La preuve aussi que le contre-terrorisme et les assassinats ciblés sont une politique de sécurité nationale plus fiable et plus rentable : « avec la mort d'Oussama Ben Laden, l'objectif avoué de la guerre en Afghanistan a été atteint » a déclaré un analyste de la Maison Blanche au journal britannique The Telegraph.

Embourbée dans le conflit libyen, l’OTAN aurait-elle elle aussi choisi de frapper « ciblé » et viser la « tête ». Soucieuse de ne pas froisser la Russie et la Chine, qui  se sont abstenues lors du vote de la résolution, l’organisation assure ne pas viser Kadhafi. « Toutes les cibles de l'Otan sont des cibles militaires, ce qui veut dire que les cibles que nous avons touchées, comme la nuit dernière à Tripoli, sont des bunkers de commandement et de contrôle » a affirmé le général Claudio Gabellini, qui avoue plus mystérieusement être incapable de dire si Kadhafi est encore vivant après les frappes intenses de ces derniers jours contre la capitale Libyenne.

La douce époque des assassinats politiques...

Depuis le début de l’intervention internationale, le 19 mars, la majorité des responsables politiques des pays engagés réclame le départ du dictateur, tout en précisant que le mandat de l’ONU prévoit de protéger les civils, pas de liquider le dirigeant libyen et ses proches. Mais certains d’entre eux sont restés ambigus, à l’image du ministre britannique de la Défense, Liam Fox. Le 20 mars, il avait estimé qu’il y avait «une possibilité» que le colonel soit directement visé.

Bref, Kadhafi n’est pas dans le viseur des forces de l’Otan mais une balle ou un missile perdu serait « le bienvenu ». D’autant que depuis le début du mois de mai, l’OTAN multiplie les frappes sur les lieux intimements liés au dictateur. En deux mois, l’organisation internationale a mené plus de 2 260 frappes, sous mandat de l'ONU, pour empêcher les attaques des forces du dirigeant libyen Mouammar Kaddafi contre les civils.
Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a estimé lundi sur CNN que « la partie est terminée pour Kadhafi. Son temps est compté. Il est de plus en plus isolé ».

En temps de guerre, la tentation de l’assassinat du chef ennemi n’est pas une nouveauté. Si le National Security Act interdit à la CIA de s’en prendre aux chefs d’Etat étrangers, des années 50 aux années 70, les services spéciaux américains ont multiplié les tentatives en Afrique ou Amérique du Sud. En 1975, la commission Church chargée de contrôler les actions des services spéciaux américains donnera pour exemple : Patrice Lumumba au Congo, le Général Schneider au Chili et Castro à Cuba.
Egalement sur la liste, Rafael Trujillo qui périt en République Dominicaine en 1961,  et les frères Ngo furent assassinés au Vietnam en 1963 lors d’un coup d’Etat soutenu par l’administration Kennedy et organisé par la CIA.
 
Déjà en 1986, Kadhafi, accusé à l’époque de parrainer un certain nombre d’organisations terroristes avait fait l’objet de bombardements sous l’ère Reagan. Plusieurs autres missions ont eu lieu depuis lors jusqu’à celle qui a visé Saddam Hussein lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

Avec sa «guerre contre la terreur», George W. Bush a changé la donne. Selon le «Terrorist Elimination Act», de 2001, il est possible «de bombarder de larges zones en espérant éliminer un leader terroriste», mais interdit «de mener une opération ciblée cherchant à obtenir le même résultat». Tout est dans la nuance.

Kadhafi refait surface

La tentative qui se rapproche le plus de l’intervention de samedi date cependant de 1999. C’est celle qui a visé le président de la Yougoslavie Slobodan Milosevic au cours du conflit du Kosovo. Après des semaines d’engagement, à un moment où les bombardements conventionnels s’étaient révélés insuffisants et où l’effort de guerre menaçait de s’épuiser. Comme en Libye aujourd’hui.

Déjà à l’époque, la question se pose : « le président Slobodan Milosevic est-il une cible ? » questionne le journaliste Jean-Dominique Merchet dans Libé : « Non. La loi américaine interdit aux forces armées de tenter d'éliminer un dirigeant étranger. Mais la résidence de Milosevic est-elle une cible? La réponse est manifestement oui. Hier, à 4 heures du matin, deux bombes sont en effet tombées sur sa villa cossue de Dedinje ».

L’Otan ne s’embarrasse alors pas de détours : «Nous visons la tête de ce régime, explique le Pentagone. Nous essayons de le décapiter et de briser le centre nerveux de commandement et de contrôle». La villa de Milosevic est considérée comme une « entité stratégique ». Les américains élaborent un catalogue de 600 cibles. Les cibles vont des ports, des raffineries, des centrales hydrauliques, des oléoducs, aux bureaux du Ministère de l'Intérieur en plein centre de Belgrade.

C’est la méthode qui prévaudra. La France plaidait pour des attaques chirurgicales, une zone d’interdiction aérienne et la destruction des défenses aériennes yougoslaves. Un plan qui ressemble bigrement à celui adopté en Libye…

Engagés sans autorisation du Conseil de sécurité, au nom -déjà- de l’ingérence humanitaire, les bombardements dureront 78 jours et 25 000 sorties aériennes seront effectuées. Milosevic finira par rendre les armes, vivant avant d’être traduit devant le Tribunal international de la Haye pour crimes de guerre, crime contre l’humanité et génocide.

Kadhafi qui n'était pas réapparu en public depuis le 30 avril, peu après un raid aérien visant un bâtiment de son complexe, Bab al Aziziah, où son fils cadet, âgé de 29 ans, et trois de ses petits-enfants sont morts a refait surface mercredi. Il apparaît dans une réunion avec des chefs tribaux, des images tournées vers 19h30 le même jour selon un responsable libyen. A la télévision, le colonel, portant des lunettes de soleil et vêtu de noir, a salué les chefs tribaux et s'est ensuite entretenu avec eux. La caméra zoome régulièrement sur un écran de télévision allumée derrière le chef libyen affichant la date du 11 mai 2011. La guerre des images est loin d'être terminée.








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