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Bégaudeau : la littérature c'est trop de la frime!

Anna Topaloff | Samedi 27 Septembre 2008 à 09:47 | Lu 13105 fois

Dans son nouveau livre, François Bégaudeau, auteur de Entre les murs, explique que la littérature, c'est pour les oisifs et les bourgeois, que la grammaire ne sert à rien… Au fait, il était prof de quoi, déjà? Ah oui : de français.



(capture d'écran - extrait de Entre les murs)
(capture d'écran - extrait de Entre les murs)
Avec son Anti-manuel de littérature (1), François Bégaudeau entend dépoussiérer le bon vieux Lagarde et Michard de notre enfance. Fort de son expérience dans des collèges réputés difficiles, le professeur de Français le plus médiatique de l’Education Nationale ambitionne de rendre les Lettres Françaises moins « intimidantes » et plus « désirables ». Louable intention. Mais la lecture de ce livre laisse une étrange impression. Car à trop vouloir « désacraliser » la littérature, l’auteur finit par la mépriser !
A ses yeux, la moindre liste de courses relève des Belles Lettres car le « style », cette notion fumeuse inventée par la bourgeoisie pour se distinguer de la plèbe, n’est qu’un artifice de « frimeur ». Ainsi, pour François Bégaudeau, les figures de styles (métaphores et autres oxymores) sont à la littérature « ce que le « tuning » est à l’automobile : un surcroît de beauté sans modification qualitative du moteur » ! Rappelons tout de suite qu’il a lui-même recours à ce qu’il dénonce puisqu’il utilise une comparaison, la plus célèbre des figures de styles, pour démontrer son point de vue. D’autre part, il est désolant qu’un professeur de Français accorde si peu d’importance à la dimension poétique de la littérature. « Quel est l’intérêt d’écrire « les collines s’auréolaient des derniers rayons du soleil couchant » plutôt que « la nuit tombait » ? », s’interroge-t-il. Mais peut-on honnêtement aimer la littérature si l’on considère que la façon dont un écrivain raconte une histoire est moins importante que l’histoire elle-même ? Les synonymes sont victimes du même mépris : pourquoi dénombre-t-on une dizaine de mots exprimant l’amour… puisqu’il s’agit à chaque fois du même sentiment ? Car, comme Bégaudeau le précise avec lyrisme, « d’apprendre que cela s’appelle aussi anaphrodisie n’arrangera rien à la frigidité de ma cousine Chantal »

Bégaudeau : la littérature c'est trop de la frime!

La grammaire c'est pour ta mère !

Non content de déprécier la notion de « plume d’écrivain », François Bégaudeau entend tordre le cou à la grammaire, cette matière inutilement enseignée aux collégiens. Pour ce professeur de français, reconnaître un complément d’objet direct ou transposer une phrase de la voie passive à la voix active est un exercice que les « oisifs s’amuseront » à faire ! On finirait presque par s’inquiéter de ce qu’il raconte à ses élèves en salle de classe… D’une manière générale, François Bégaudeau semble n’avoir que peu de respect pour sa profession. Ainsi, il n’estime pas nécessaire de transmettre un savoir. « Zola est-il le premier à faire usage du style indirect libre ? Nous l’ignorons et rechignons à prendre le métro pour aller vérifier à la Bibliothèque Nationale de France », écrit-il. Dans ces conditions, on se demande quel est l’intérêt, pour le lecteur, d’acheter un « anti-manuel scolaire » quand n’importe quel manuel classique a au moins le mérite d’apporter des connaissances élémentaires !
Avec Le Jourde et Nollau, précis de littérature du XXème siècle, les écrivains Pierre Jourde et Eric Nollau s’étaient déjà essayés au pastiche du Largarde et Michard. Plus corrosifs et plus subtils, ils ont réussi ce que François Bégaudeau a raté : désacraliser la littérature pour mieux… donner envie de lire !

(1) éditions Bréal, 312 p., 21 euros



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