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Bayrou reste prophète en son Modem

Dimanche 6 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 10306 fois I 24 commentaire(s)

Sylvain Lapoix - Marianne

Dans l'attente du discours de politique général de François Bayrou, la majorité des militants sont confiants : loin de critiquer le chef, il lui excuse ses accents autoritaires. A l'opposé, les mécontents, notamment à Cap 21, sont prêts à quitter le navire.


(photo : SL)
(photo : SL)
Le mouvement démocrate ? «Il y a un sacré décalage entre le nom et les pratiques en interne», grogne un militant de l'Hérault. A l'université de rentrée du Mouvement démocrate, les mécontents sont nombreux... mais l'enthousiasme reste majoritaire ! Le face-à-face entre les militants centristes et leur président qui promettait d'être houleux au soir du vendredi 4 septembre n'a été animé que par une poignée d'adhérents historiques, inquiets d'avoir vu Marielle de Sarnez chez François Peillon «debout à la  tribune à côté de Robert Hue.» A la troisième intervention des « rabats-joies », la rumeur montait déjà sous la tente de la plénière : «assez !» Les majoritaires voulaient écouter Bayrou tranquille.

Toutes les excuses sont bonnes

La casquette sur son front rougi par le soleil de Camargue, un quinquagénaire retourne fièrement sa boutonnière où il porte un pin's Mouvement démocrate : «ça, c'est mon mouvement !» La moyenne d'âge est supérieure à quarante ans et le parcours politique souvent proche de la gauche, des Verts et des mouvements associatifs. Peu d'UDF historiques. Beaucoup de socialistes : «j'ai soutenu Ségolène Royal en 2007 mais j'ai été déçu par la campagne, raconte Yves, Lyonnais de 55 ans. S'il y a parfois des manques de démocratie interne, ce n'est pas du fait de Bayrou : c'est au militant de le proposer en congrès et de l'appliquer au niveau local !»

Le paradoxe est récurrent chez les enthousiastes : tout démocrates qu'ils soient, la figure de Bayrou leur semble assez incarner leur idéal démocrate et libéral/écologiste/social (rayez la menton inutile) pour trouver les meilleures excuses aux décisions non débattues. «François Bayrou ne prend pas de décision tout seul, dans son coin, corrige Jacques, militant d'Arles. Ses idées, il se les forge lors de ses visites dans les fédérations : il sait très bien synthétiser !» Un autre ose l'exonère même complètement : «si les décisions qu'il prend sont bonnes...»

Un militant en t-shirt Modem au stand de la fédération de l'Hérault (photo : SL)
Un militant en t-shirt Modem au stand de la fédération de l'Hérault (photo : SL)
Jean-Marie, la cinquantaine, venu des Bouches-du-Rhône pondère : «les décisions de François Bayrou seront répercutées dans les régions et chacun appliquera selon la situation local, il n'y aura pas d'application littérale !» Mais la perspective de l'alliance à gauche en satisfait également beaucoup.

Florence Mardirossian, qui a été placée, à 33 ans sur la liste européenne de Jean-Luc Bennahmias, avoue qu'elle n'aurait jamais rallié le Modem «si [elle] avait envisagé une seule seconde une alliance avec la droite !» Comme d'autres militants aux racines socialistes, elle avait vu dans le discours de l'université de rentrée 2008 à Cap Esterel ce choix d'alliance «que certains font semblant de découvrir», précise Yves en évoquant les chrétiens démocrates.

Pragmatiques, les militants trouvent l'alliance naturelle et la gauche la direction normale, «pour battre Sarkozy et son mode de gouvernement», précise Florence. Martin Wittenberg, après avoir travaillé dans les institutions européennes, a rallié le Modem comme parti européen et comme outil de refondation de la gauche : «en refusant en 2002 de fondre l'UDF dans l'UMP, Bayrou a posé la première pierre d'une recomposition du paysage politique français, résume le militant de 23 ans. Il a la légitimité conférée par les statuts et les votes : il fait consensus au Modem

Les opposants absents ou prêts à partir

Consensus, pas vraiment. A côté d'une aile droite peu visible, les principaux détracteurs du chef sont des théoriciens de la démocratie interne. Les Promoteurs, initiés par l'ex candidat aux municipales d'Issy-les-Moulineaux, Christophe Ginisty, en appellent à respecter l'esprit de la Charte du Modem : démocratie interne, renouvellement du personnel politique et transparence.

Mais, de l'avis de certains, la plupart des opposants ne se sont même pas déplacés : «c'est le mécontentement par le silence, explique Georges Fandos, vice-président du Modem de l'Hérault. Dans notre département, nous avons 1300 inscrits déclarés et jamais plus de 350 votants aux scrutins internes : où sont les autres ?» Partis ? Peut-être. Les chiffres sur le nombre d'adhérents sont confidentiels - ce n'est pas bon signe - mais «l'hémorragie» des européennes semble avoir marqué les esprits.

En marge, les militants de Cap 21 suivent leur présidente, Corinne Lepage, dans son ras-le-bol. «L'idée d'un chef messianique, c'est de la vieille mythologie de droite, des oripeaux de l'UDF», accuse un militant du Rhône. Eux n'ont plus le temps d'attendre : si Bayrou ne réintroduit pas la démocratie interne pour laquelle ils ont rallié le Modem, ils le quitteront sans regret. Pour Yves, l'avenir de ces mécontents est déjà écrit : «ces gens là, une fois les décisions prises, ils vont se casser et on se retrouvera entre nous !»

Et d'ailleurs, la perte - même importante - de militants, ne parait pas une catastrophe pour un pati comme le Modem. Chacun sait qu'elle compte sans doute moins que l'hémorragie d'élus partis à l'UMP après le scrutin présidentiel et que le score du Modem en 2010 et surtout en 2012, reposera sur les épaules du chef.. C'est tout le paradoxe de François Bayrou : être le dernier des hommes présidentiels en prônant le retour à une république parlementaire.








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