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Bayrou dur avec Chatel, dur avec les grévistes de l'école

Philippe Cohen - Marianne | Jeudi 2 Septembre 2010 à 12:01 | Lu 12855 fois

Le chef du Modem, en perte de vitesse comme opposant, se montre un ministre de l'éducation virtuel clair et talentueux...



François Bayrou sur RMC (capture d'image)
François Bayrou sur RMC (capture d'image)
Martine Aubry était sur Europe 1 ce matin. Elle a annoncé les propositions du PS sur la sécurité ou l'économie pour ... 2011. Et elle s'est repliée sur la critique du sarkozysme qui, il est vrai, le mérite bien.
Les gnons auraient-ils une vertu en politique ? Interrogé sur RMC, François Bayrou, lui, a été pertinent, positif et précis sur la crise de l'école.
Sa vision part de la mondialisation dans laquelle il note que tous les peuples qui réussissent dans un monde difficile ont en commun un système d'éducation efficace. Il rappelle qu'en 2007, il a proposé de sanctuariser les moyens de l'éducation nationale. Ce qui ne veut pas dire ne rien changer. « La France est un des pays qui dépensent le plus pour son éducation. Est ce que nous en avons pour notre argent ? Â» lui demande Jean-Jacques Bourdin.
Bayrou rétorque que la France a choisi une école gratuite et libre, ce dont il est fier. Il rappelle qu'en grande Bretagne ou aux Etats Unis, les parents payent parfois 20 000 dollars pour une année scolaire au lycée. Pour autant, poursuit-il, « les résultats ne sont pas à la hauteur Â».Et d'enchaîner sur le constat essentiel : « L'Ecole marche très bien pour 50% des Ã©lèves. Elle met Ã  peu près au niveau 30% des Ã©lèves; et il y a 20% Â» des Ã©lèves qui passent Ã  côté Â».  Il conteste des politiques d'éducation « illisibles Â» : « On nous annonce des réformes qui sont en fait des réformettes des apparences et puis sur le fond rien ne change. On apprend à lire à 7 enfants sur 10 à peine.»

Que faut-il donc faire ? François Bayrou ne propose pas un programme pour 2011. Il suggère - sans le dire ouvertement toutefois - d'en finir avec le collège unique, et même avec l'école unique. Il croit que les 20% d'enfants « largués Â» doivent bénéficier d'une scolarisation spécifique, quitte à les réintégrer dans les filières normales ensuite. Il réfute la sacrosainte autonomie des établissements mise en place par Luc Chatel :  « Je ne vois pas ce  qui rend les chefs d'établissement infaillibles Â» Il défend les concours nationaux de l'enseignement mis à mal en ce moment. Il propose enfin que la classe terminale devienne « une propédeutique, comme on disait avant, une préparation à l'autonomie de l'étudiant. »

Mais libre, François Bayrou l'est suffisamment pour ne pas approuver la grèves enseignants des lundi 6 et mardi 7 septembre. « Je crois comprendre les raisons mais faire grèves le jour de la rentrée ce n'est pas bon. Ce sont des mouvements qui deviennent incompréhensibles dès lors qu'ils touchent des gens les jours de la rentrée. L'Education nationale a raison de se plaindre de la façon dont on la traite. Mais elle a tort de faire grèves les jours de la rentrée.» Un seul regret : Jean-Claude Bourdin aurait pu demander à François Bayrou pourquoi il n'a pas appliqué ces excellentes idées lorsqu'il était ministre de l'Education, dans les années 1990. Il est vrai que la situation était moins paroxistique qu'aujourdhui et l'école moins endommagée.

En centrant son interview sur l'école, le journaliste de RMC n'a sans doute pas permis à Bayrou de se présenter comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy. Mais il a montré très clairement qu'il serait sans doute le meilleur ministre de l'Education nationale possible. A bon entendeur...




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