Battisti : la justice ne sera jamais rendue
Vendredi 14 Janvier 2011 à 05:01 | Lu 5700 fois I 32 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
Pilippe Bilger regrette que Lula n'ait pas extradé Cessare Battisti. L'avocat général près de la Cour de Paris pense aux victimes. Avant de lier cet événement à un drame français, survenu voilà quelques semaines : la mort d'une femme, poussée dans un escalier d'un métro parisien. Notre blogueur associé salue le travail de la police qui permettra, explique-t-il, à la justice de s'exercer.
Je n'ai jamais écrit que Lula ne s'était jamais trompé ou ne se tromperait jamais comme président du Brésil.
Il a laissé comme cadeau empoisonné, à celle qui lui a succédé et qu'il a fait élire, le refus d'extrader Cesare Battisti, incriminé et condamné par contumace en Italie pour deux meurtres et deux complicités de meurtre commis dans les années 70 (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, nouvelobs.com, marianne2.fr). Je suis persuadé qu'il a désiré, à la fin de son dernier mandat, se retremper dans le climat gauchiste que son sens des responsabilités l'avait conduit à abandonner et céder aux influences d'une mouvance qui, elle, n'avait rien appris ni oublié contrairement à lui. Je n'ai pas envie de reprendre tout ce qui, à mon sens, fait de la défense de Battisti une cause scandaleuse.
Être de fuites dans tous les sens du terme, qui a toujours trahi la confiance notamment judiciaire placée en lui, soutenu, comme il se doit dans notre monde déboussolé, au moins par deux personnalités au comble médiatique - Fred Vargas et Bernard-Henri Lévy -, il va échapper probablement à la terrible confrontation de son présent trop honoré avec son passé épouvantable. Cela fait mal au cœur et à l'esprit. On pense aux victimes dont l'une gravement handicapée ne cesse de réclamer justice. Je n'ai pu m'empêcher de relever, dans l'émission de Laurent Ruquier, autour de Pierre Arditi éblouissant de talent et de fausse modestie, le consensus joyeux et sans aucun nuage - c'était «Embrassons-nous, Folleville» ! - mais aussi la réaction courageuse d'Eric Naulleau qui a expliqué ne pas comprendre comment certains avaient pu choisir un «héros» tel que Battisti et un combat aussi douteux !
Je ne sais pas pourquoi mais la certitude quasiment assurée que la justice ne serait jamais rendue à l'encontre de Battisti, qu'il serait sauf à vie du sang versé et des instructions données a étrangement rapproché cette affaire, dans mon esprit, d'un drame survenu dans la quotidienneté française et qui a conduit, il y a environ deux semaines, à la mort d'une femme poussée dans un escalier du métro parisien par un voleur à la tire. Le 10 janvier, un jeune homme était interpellé et si des présomptions fortes existent à sa charge, il est évidemment présumé innocent et je m'arrêterai là en ce qui le concerne. Le portrait tant physique que psychologique de la victime m'a rendu cette dernière presque familière et elle n'est pas pour rien dans la focalisation que j'ai opérée sur cette péripétie banalement criminelle aujourd'hui.
Ce qui m'importe surtout, c'est de décrire avec quelle passion, quel empressement, alors que dans la hiérarchie des crimes il en est de plus sauvages et de plus impressionnants, j'ai suivi, jour après jour, grâce à la presse écrite et à Internet, l'action de la police, ses avancées, peut-être ses résultats. Ce n'est pas, me semble-t-il, une attitude habituelle à l'égard de ces fonctionnaires tellement blâmés quand ils échouent ou quand ils dérivent mais jamais félicités quand ils se battent pour la communauté des citoyens contre ceux qui l'offensent, quelle que soit la nature de leur transgression. Durant cette période, je me suis attaché aux investigations du service saisi avec une sorte d'enthousiasme sportif comme s'il était mon, notre «champion» en face de cet événement odieux, de son auteur - mélange, sans doute, de malfaisance et de lamentable hasard. D'ailleurs, si le sens civique était développé chez tous, en dépit des séquences rares ressassées médiatiquement, où son exemplarité a fait défaut, il est clair que la police mériterait d'être aidée, soutenue et respectée. Ce à quoi l'esprit public est loin d'adhérer. J'éprouvais l'envie, comme un spectateur enflammé, d'applaudir les révélations qui montraient que les indices s'accumulaient, que l'obscurité se dissipait et qu'on saurait bientôt, enfin. Pour une fois, j'avais le sentiment de sortir la police de l'atmosphère de suspicion dont on l'accable, sauf quand on a besoin d'elle, et de m'échapper de la morosité qui laisse croire, devant les victoires de l'ordre, qu'elles sont inévitables et qu'il n'y a rien à fêter. En revanche, avec quelle amère mais secrète volupté on se répand sur les désastres du désordre !
En face des tragédies, on a le droit, dans la dignité, de se réjouir des conquêtes d'un métier exigeant, difficile, contrôlé, comme si la réalité brutale que le plus souvent il affronte s'assignait, elle, des limites et des retenues. La police, sous peine de judiciarisation forcenée, doit tenter de se modérer à tout prix quand les choses et les êtres, en face d'elle, sont débridés. Elle prend des coups mais ce sont ceux que contrainte elle est obligée de porter qui inspirent indignation et ressentiment. A n'y rien comprendre !
La police, à dire le vrai, je l'ai suivie, citoyen impatient et admiratif, à la trace depuis cette station de métro jusqu'à, qui sait ?, l'aboutissement de l'enquête.
Il a laissé comme cadeau empoisonné, à celle qui lui a succédé et qu'il a fait élire, le refus d'extrader Cesare Battisti, incriminé et condamné par contumace en Italie pour deux meurtres et deux complicités de meurtre commis dans les années 70 (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, nouvelobs.com, marianne2.fr). Je suis persuadé qu'il a désiré, à la fin de son dernier mandat, se retremper dans le climat gauchiste que son sens des responsabilités l'avait conduit à abandonner et céder aux influences d'une mouvance qui, elle, n'avait rien appris ni oublié contrairement à lui. Je n'ai pas envie de reprendre tout ce qui, à mon sens, fait de la défense de Battisti une cause scandaleuse.
Être de fuites dans tous les sens du terme, qui a toujours trahi la confiance notamment judiciaire placée en lui, soutenu, comme il se doit dans notre monde déboussolé, au moins par deux personnalités au comble médiatique - Fred Vargas et Bernard-Henri Lévy -, il va échapper probablement à la terrible confrontation de son présent trop honoré avec son passé épouvantable. Cela fait mal au cœur et à l'esprit. On pense aux victimes dont l'une gravement handicapée ne cesse de réclamer justice. Je n'ai pu m'empêcher de relever, dans l'émission de Laurent Ruquier, autour de Pierre Arditi éblouissant de talent et de fausse modestie, le consensus joyeux et sans aucun nuage - c'était «Embrassons-nous, Folleville» ! - mais aussi la réaction courageuse d'Eric Naulleau qui a expliqué ne pas comprendre comment certains avaient pu choisir un «héros» tel que Battisti et un combat aussi douteux !
Je ne sais pas pourquoi mais la certitude quasiment assurée que la justice ne serait jamais rendue à l'encontre de Battisti, qu'il serait sauf à vie du sang versé et des instructions données a étrangement rapproché cette affaire, dans mon esprit, d'un drame survenu dans la quotidienneté française et qui a conduit, il y a environ deux semaines, à la mort d'une femme poussée dans un escalier du métro parisien par un voleur à la tire. Le 10 janvier, un jeune homme était interpellé et si des présomptions fortes existent à sa charge, il est évidemment présumé innocent et je m'arrêterai là en ce qui le concerne. Le portrait tant physique que psychologique de la victime m'a rendu cette dernière presque familière et elle n'est pas pour rien dans la focalisation que j'ai opérée sur cette péripétie banalement criminelle aujourd'hui.
Ce qui m'importe surtout, c'est de décrire avec quelle passion, quel empressement, alors que dans la hiérarchie des crimes il en est de plus sauvages et de plus impressionnants, j'ai suivi, jour après jour, grâce à la presse écrite et à Internet, l'action de la police, ses avancées, peut-être ses résultats. Ce n'est pas, me semble-t-il, une attitude habituelle à l'égard de ces fonctionnaires tellement blâmés quand ils échouent ou quand ils dérivent mais jamais félicités quand ils se battent pour la communauté des citoyens contre ceux qui l'offensent, quelle que soit la nature de leur transgression. Durant cette période, je me suis attaché aux investigations du service saisi avec une sorte d'enthousiasme sportif comme s'il était mon, notre «champion» en face de cet événement odieux, de son auteur - mélange, sans doute, de malfaisance et de lamentable hasard. D'ailleurs, si le sens civique était développé chez tous, en dépit des séquences rares ressassées médiatiquement, où son exemplarité a fait défaut, il est clair que la police mériterait d'être aidée, soutenue et respectée. Ce à quoi l'esprit public est loin d'adhérer. J'éprouvais l'envie, comme un spectateur enflammé, d'applaudir les révélations qui montraient que les indices s'accumulaient, que l'obscurité se dissipait et qu'on saurait bientôt, enfin. Pour une fois, j'avais le sentiment de sortir la police de l'atmosphère de suspicion dont on l'accable, sauf quand on a besoin d'elle, et de m'échapper de la morosité qui laisse croire, devant les victoires de l'ordre, qu'elles sont inévitables et qu'il n'y a rien à fêter. En revanche, avec quelle amère mais secrète volupté on se répand sur les désastres du désordre !
En face des tragédies, on a le droit, dans la dignité, de se réjouir des conquêtes d'un métier exigeant, difficile, contrôlé, comme si la réalité brutale que le plus souvent il affronte s'assignait, elle, des limites et des retenues. La police, sous peine de judiciarisation forcenée, doit tenter de se modérer à tout prix quand les choses et les êtres, en face d'elle, sont débridés. Elle prend des coups mais ce sont ceux que contrainte elle est obligée de porter qui inspirent indignation et ressentiment. A n'y rien comprendre !
La police, à dire le vrai, je l'ai suivie, citoyen impatient et admiratif, à la trace depuis cette station de métro jusqu'à, qui sait ?, l'aboutissement de l'enquête.
Aussi incongrue que puisse apparaître cette relation, à Paris elle va forcément, un jour, permettre à la justice de s'exercer tandis qu'au Brésil - avec le prétexte insultant d'un risque de mort de Battisti dans les prisons italiennes -, il a été décidé de faire l'impasse sur le juste.
Lire d'autres articles sur le blog de Philippe Bilger : Justice au singulier.
Lire d'autres articles sur le blog de Philippe Bilger : Justice au singulier.
Voir les 32 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte

Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter