Baroin ménage-t-il Standard & Poor's?
Vendredi 25 Novembre 2011 à 15:01 | Lu 6246 fois I 10 commentaire(s)
La Plume d'Aliocha - Blogueuse associée
Jeudi le ministre de l'Economie a réclamé des sanctions contre l'agence de notation qui avait « accidentellement » annoncé une dégradation de la note de la France. Mais en parlant de « boulette », il a ménagé la chèvre et le chou, remarque Aliocha.
Joli exercice de langue de bois jeudi matin au Palais Brongniart. L’Autorité des marchés financiers (AMF) y tenait son traditionnel colloque annuel où il fut question de la manière dont les marchés financiers pouvaient contribuer au financement de l’économie (quel beau sujet !) ainsi que de l’évolution de la gouvernance à la française. Ne bâillez pas, je vous promets une rigolade en fin de billet mais il faut me laisser le temps de poser le décor. On attendait François Baroin, ministre de l’Economie, en guest star et bouquet final. Nous ne fûmes pas déçus. Après avoir rappelé ce que tous les participants savaient déjà, à savoir que les pouvoirs du régulateur boursier français ont été singulièrement accrus ces derniers temps (nos politiques n’ayant plus de visibilité sur l’avenir se cantonnent désormais à récapituler les actions passées), il s’est attaqué à l’agence de notation Standard & Poor’s.
Enfin, « attaqué » est un bien grand mot, voire une honteuse déformation journalistique. Pour les distraits, je rappelle que Standard & Poor’s s’est illustrée récemment en envoyant par erreur à ses abonnés un message selon lequel la France était dégradée. Convenez que par les temps qui courent, ce n’est pas très malin de faire des blagues pareilles à des marchés profondément névrosés et de mettre en péril une zone euro qui a connu des périodes plus glorieuses. Bref, le ministre a voulu attaquer sans montrer qu’il attaquait, ce qui l’a amené à s’empétrer dans une histoire de boulette particulièrement savoureuse.
Qualifiant l’erreur de l’agence de notation de « boulette », il a tenu à préciser que : « Une boulette de cette nature est plus fort que la définition de la boulette dans le Petit Larousse, beaucoup plus fort » (AFP ), (passons sur l’excentricité grammaticale de la phrase, pourquoi utiliser le terme de boulette si ce n’en est pas une ?), avant de conclure : « Le traitement de mon point de vue comme ministre de l’Economie ne peut pas être le traitement d’une ‘boulette’, il doit être le traitement complet de la chaîne de conséquences de l’impact du point de départ de cette boulette » (Reuters ). Comprenne qui pourra… J’avoue sur le moment avoir griffonné rapidement sur mon bloc, en vieille routière du décryptage de la langue de bois, « Baroin réclame des sanctions contre Standard & Poor’s », ce qu’ont également compris l’AFP et Reuters sans que nous nous soyons concertés. Mais maintenant, avec le recul, j’ai un doute. Car la chaine de conséquence de l’impact du point de départ de la boulette, entre nous…plus je réfléchis, moins je comprends. En réalité, François Baroin, ministre de l’économie, a visiblement été ulcéré par ce qu’il faut bien appeler la connerie de Standard & Poor’s. Au point qu’il a saisi l’AMF, mais aussi le tout nouveau régulateur boursier européen pour qu’il y ait enquête et, éventuellement, sanction. Seulement voilà, il ne peut pas officiellement taper sur une agence qui tient le destin de la France (et de l’Europe et du monde) dans le creux de sa main maladroite. Alors, il parle de boulette et de chaine de conséquence de l’impact du point de départ…Et si par malheur Standard & Poor’s venait à le savoir et s’en trouvait offensée, je gage que le ministre aurait toute latitude pour expliquer que ces « imbéciles de journalistes » ont trahi ses propos.
Enfin, « attaqué » est un bien grand mot, voire une honteuse déformation journalistique. Pour les distraits, je rappelle que Standard & Poor’s s’est illustrée récemment en envoyant par erreur à ses abonnés un message selon lequel la France était dégradée. Convenez que par les temps qui courent, ce n’est pas très malin de faire des blagues pareilles à des marchés profondément névrosés et de mettre en péril une zone euro qui a connu des périodes plus glorieuses. Bref, le ministre a voulu attaquer sans montrer qu’il attaquait, ce qui l’a amené à s’empétrer dans une histoire de boulette particulièrement savoureuse.
Qualifiant l’erreur de l’agence de notation de « boulette », il a tenu à préciser que : « Une boulette de cette nature est plus fort que la définition de la boulette dans le Petit Larousse, beaucoup plus fort » (AFP ), (passons sur l’excentricité grammaticale de la phrase, pourquoi utiliser le terme de boulette si ce n’en est pas une ?), avant de conclure : « Le traitement de mon point de vue comme ministre de l’Economie ne peut pas être le traitement d’une ‘boulette’, il doit être le traitement complet de la chaîne de conséquences de l’impact du point de départ de cette boulette » (Reuters ). Comprenne qui pourra… J’avoue sur le moment avoir griffonné rapidement sur mon bloc, en vieille routière du décryptage de la langue de bois, « Baroin réclame des sanctions contre Standard & Poor’s », ce qu’ont également compris l’AFP et Reuters sans que nous nous soyons concertés. Mais maintenant, avec le recul, j’ai un doute. Car la chaine de conséquence de l’impact du point de départ de la boulette, entre nous…plus je réfléchis, moins je comprends. En réalité, François Baroin, ministre de l’économie, a visiblement été ulcéré par ce qu’il faut bien appeler la connerie de Standard & Poor’s. Au point qu’il a saisi l’AMF, mais aussi le tout nouveau régulateur boursier européen pour qu’il y ait enquête et, éventuellement, sanction. Seulement voilà, il ne peut pas officiellement taper sur une agence qui tient le destin de la France (et de l’Europe et du monde) dans le creux de sa main maladroite. Alors, il parle de boulette et de chaine de conséquence de l’impact du point de départ…Et si par malheur Standard & Poor’s venait à le savoir et s’en trouvait offensée, je gage que le ministre aurait toute latitude pour expliquer que ces « imbéciles de journalistes » ont trahi ses propos.
Retrouvez La Plume d'Aliocha sur son blog.
Voir les 10 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte

Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter