Barack Obama économise plus pour soigner mieux
Mercredi 24 Mars 2010 à 07:01 | Lu 5900 fois I 15 commentaire(s)
Bernard Maris - économiste
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, économiste. Alors qu'en France, on fustige le coût du système de santé pour mieux réduire l'accès aux soins. Barack Obama, avec sa réforme du système de santé, s'apprête à faire économiser des milliards aux Américains tout en les soignant mieux.
La réforme d’Obama est-elle une dépense ou un investissement ? C’est toute la question. En tant qu’homme de droite vous direz que c’est une dépense, une redistribution, on ponctionne ceux qui sont capables de gagner de l’argent au profit de ceux qui ne sont pas capables d’en gagner. Et en tant qu’homme de gauche, vous direz : non c’est un investissement, en dépensant pour la santé des pauvres, toute l’Amérique, même les riches vont y gagner.
D’ailleurs, c’est comme la CMU en France (et n’oublions pas que la CMU avait fortement impressionné Hillary Clinton) : en soignant les plus démunis, d’abord vous évitez les risques de contamination des pauvres vers les riches, et puis vous consolidez une main-d’œuvre employable et corvéable.
Aux Etats-Unis, la réforme de la santé va coûter 940 milliards de dollars, sur dix et quelques 32 milliards d’Américains devraient en bénéficier. L’objectif est de couvrir les actifs et les jeunes, 95% de la population de moins de 65 ans. Donc ça coûte.
D’ailleurs, c’est comme la CMU en France (et n’oublions pas que la CMU avait fortement impressionné Hillary Clinton) : en soignant les plus démunis, d’abord vous évitez les risques de contamination des pauvres vers les riches, et puis vous consolidez une main-d’œuvre employable et corvéable.
Aux Etats-Unis, la réforme de la santé va coûter 940 milliards de dollars, sur dix et quelques 32 milliards d’Américains devraient en bénéficier. L’objectif est de couvrir les actifs et les jeunes, 95% de la population de moins de 65 ans. Donc ça coûte.
Oublier les marchands de santé
Mais cette réforme va aussi permettre des économies. C’est ça qui est le plus difficile à comprendre. Explication en 5 points.
1) la réforme crée un marché de l’assurance plus compétitif, et qui globalement sera moins onéreux pour les américains. Pour l’instant les assureurs assurent les gens les plus riches et qui n’ont pas de problèmes de santé. Et ils n’assurent pas les malades. La réforme est plus qu’une mesure humanitaire, elle fait pression sur le coût de l’assurance maladie, car les assurés vont prendre l’habitude de comparer les propositions.
2) Obama institue une Commission de contrôle des dépenses de santé, d’experts indépendants validés par le Sénat. Ils observent les dérives en matière de dépense.
3) C'est le plus impopulaire, mais le plus clair. C’est la taxe sur les « Assurances Cadillac ». Aujourd’hui les employeurs financent à 70% les plans d’assurance de leurs employés les mieux payés et ne paient pas d’impôts là-dessus. 250 milliards de dollars par an pour les gros cadres et pour des gens qui gaspillent outrageusement en matière de santé. On va taxer au dessus d’un certain plafond. Un excellent moyen de limiter la hausse des dépenses de santé inutiles.
4) transformer les médecins en soignants, et oublier les marchands de santé. Aujourd’hui, les américains achètent de la santé comme des voitures, sauf que s’il n’ont pas envie d’une troisième voiture, ils ne l’achètent pas. En matière de santé, plus les médecins les font consommer, plus ils consomment. Obama s’attaque d’abord aux hôpitaux qui proposeront, je traduits mot à mot, des « paniers de thérapie » avec le résultat au bout. On veut sortir du système qui coûte le plus cher au monde et qui soigne le moins bien.
1) la réforme crée un marché de l’assurance plus compétitif, et qui globalement sera moins onéreux pour les américains. Pour l’instant les assureurs assurent les gens les plus riches et qui n’ont pas de problèmes de santé. Et ils n’assurent pas les malades. La réforme est plus qu’une mesure humanitaire, elle fait pression sur le coût de l’assurance maladie, car les assurés vont prendre l’habitude de comparer les propositions.
2) Obama institue une Commission de contrôle des dépenses de santé, d’experts indépendants validés par le Sénat. Ils observent les dérives en matière de dépense.
3) C'est le plus impopulaire, mais le plus clair. C’est la taxe sur les « Assurances Cadillac ». Aujourd’hui les employeurs financent à 70% les plans d’assurance de leurs employés les mieux payés et ne paient pas d’impôts là-dessus. 250 milliards de dollars par an pour les gros cadres et pour des gens qui gaspillent outrageusement en matière de santé. On va taxer au dessus d’un certain plafond. Un excellent moyen de limiter la hausse des dépenses de santé inutiles.
4) transformer les médecins en soignants, et oublier les marchands de santé. Aujourd’hui, les américains achètent de la santé comme des voitures, sauf que s’il n’ont pas envie d’une troisième voiture, ils ne l’achètent pas. En matière de santé, plus les médecins les font consommer, plus ils consomment. Obama s’attaque d’abord aux hôpitaux qui proposeront, je traduits mot à mot, des « paniers de thérapie » avec le résultat au bout. On veut sortir du système qui coûte le plus cher au monde et qui soigne le moins bien.
Economie de 138 milliards en 10 ans
Le dernier point est un point qui résume les précédents. Réformer la philosophie de la santé, et là même les Républicains sont d’accord. Aujourd’hui on limite les dépenses de santé en ne soignant pas les gens. Or moins on soigne les gens, plus les dépenses de santé explosent.
Avec le système Obama, les élus seront obligés d’avoir les yeux sur les dépenses de santé, alors qu’ils les laissaient aller autrefois à la dérive. Economie du déficit fédéral de 138 milliards de dollars dans les dix ans qui viennent et de 1200 milliards sur la décennie suivante. La réforme Obama est à la fois un investissement et une grande économie.
Retrouvez « L'autre économie », la chronique de Bernard Maris, sur France Inter du lundi au jeudi à 6H50
Avec le système Obama, les élus seront obligés d’avoir les yeux sur les dépenses de santé, alors qu’ils les laissaient aller autrefois à la dérive. Economie du déficit fédéral de 138 milliards de dollars dans les dix ans qui viennent et de 1200 milliards sur la décennie suivante. La réforme Obama est à la fois un investissement et une grande économie.
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