Banques américaines: fini de concilier!
Vendredi 24 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 7021 fois I 17 commentaire(s)
Paul Jorion - Journaliste & blogueur
Les banques américaines vont bien... mais pas pour longtemps. Les deux plus grandes compagnies de conciliation des Etats-Unis ferment boutique. Ce sera donc aux banques de régler directement les litiges liés aux défauts de paiement. Cela va leur coûter cher, et la justice risque de ne pas toujours être de leur côté. Au fait, si vous aimez les chroniques de Paul Jorion, n'oubliez pas de cotiser sur son site!
(photo: kikozbi1 - Flickr - cc)
Ce texte est un « article presslib’ » (*)
Si vous avez jeté un coup d’œil sur les résultats des banques américaines au deuxième trimestre, en les comparant à ceux du premier, vous aurez remarqué que les bonnes nouvelles (dues souvent à des ventes d’actifs) étaient tempérées par les réserves faites en vue de défauts sur des prêts, en augmentation constante.
Ce n’est qu’une toute petite nouvelle tombée aujourd’hui mais je peux vous assurer qu’elle aura des retombées très sérieuses dans les mois à venir : les deux plus grandes compagnies de conciliation aux États-Unis : l’American Arbitration Association et le National Arbitration Forum cessent leurs activités.
Quand vous obtenez une carte de crédit aux États-Unis (une vraie : où vous n’êtes pas obligé de rembourser tout de suite et où vous pouvez faire rouler - revolve - la dette d’un mois sur l’autre) vous acceptez que tout litige éventuel soit réglé non pas devant les tribunaux mais devant une commission de conciliation à l’amiable. Les compagnies de téléphone portable vous imposent la même clause.
Petit problème du point de vue du consommateur : ces arbitres privés donnent raison à la compagnie et vous donnent tort à vous dans 94 % des cas. Autre problème, beaucoup plus sérieux celui-là et qui vient de faire surface à l’occasion d’une décision de justice : il s’avère que ces deux grands conciliateurs appartiennent à des conglomérats plus vastes qui pratiquent aussi le recouvrement d’impayés. Il y a là comme un conflit d’intérêt a déterminé vendredi dernier l’état de Minnesota, qui a aussitôt mis un point final à l’activité de la NAF précisément domiciliée dans l’état. Celle-ci a compris l’avertissement et a interrompu dimanche ses activités dans tous les Etats-Unis. L’autre compagnie, l’AAA, qui se trouve dans la même situation, a prudemment décidé hier d’en faire autant.
Pourquoi est-ce une très mauvaise affaire pour les banques ? Parce ce que les contentieux sur les cartes de crédit, dont le nombre augmente avec la précarité croissante des ménages, vont leur coûter dorénavant beaucoup plus cher. Et puis, on peut penser ce qu’on veut de la justice, mais donnera-t-elle raison aux banques dans 94 % des litiges ? Ce n’est pas couru d’avance.
(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteur et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
Si vous avez jeté un coup d’œil sur les résultats des banques américaines au deuxième trimestre, en les comparant à ceux du premier, vous aurez remarqué que les bonnes nouvelles (dues souvent à des ventes d’actifs) étaient tempérées par les réserves faites en vue de défauts sur des prêts, en augmentation constante.
Ce n’est qu’une toute petite nouvelle tombée aujourd’hui mais je peux vous assurer qu’elle aura des retombées très sérieuses dans les mois à venir : les deux plus grandes compagnies de conciliation aux États-Unis : l’American Arbitration Association et le National Arbitration Forum cessent leurs activités.
Quand vous obtenez une carte de crédit aux États-Unis (une vraie : où vous n’êtes pas obligé de rembourser tout de suite et où vous pouvez faire rouler - revolve - la dette d’un mois sur l’autre) vous acceptez que tout litige éventuel soit réglé non pas devant les tribunaux mais devant une commission de conciliation à l’amiable. Les compagnies de téléphone portable vous imposent la même clause.
Petit problème du point de vue du consommateur : ces arbitres privés donnent raison à la compagnie et vous donnent tort à vous dans 94 % des cas. Autre problème, beaucoup plus sérieux celui-là et qui vient de faire surface à l’occasion d’une décision de justice : il s’avère que ces deux grands conciliateurs appartiennent à des conglomérats plus vastes qui pratiquent aussi le recouvrement d’impayés. Il y a là comme un conflit d’intérêt a déterminé vendredi dernier l’état de Minnesota, qui a aussitôt mis un point final à l’activité de la NAF précisément domiciliée dans l’état. Celle-ci a compris l’avertissement et a interrompu dimanche ses activités dans tous les Etats-Unis. L’autre compagnie, l’AAA, qui se trouve dans la même situation, a prudemment décidé hier d’en faire autant.
Pourquoi est-ce une très mauvaise affaire pour les banques ? Parce ce que les contentieux sur les cartes de crédit, dont le nombre augmente avec la précarité croissante des ménages, vont leur coûter dorénavant beaucoup plus cher. Et puis, on peut penser ce qu’on veut de la justice, mais donnera-t-elle raison aux banques dans 94 % des litiges ? Ce n’est pas couru d’avance.
(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteur et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
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