Banlieues: Luc Besson fait tout à partir de lien
Vendredi 26 Juin 2009 à 07:01 | Lu 5974 fois I 27 commentaire(s)
Bénédicte Charles - Marianne
Créer du lien: partout, dès qu'il s'agit des banlieues sensibles, on n'entend plus que ça. Bref, ce n'est plus du social mais du bondage.
«Créer du lien» : c'est la nouvelle expression à la mode chez les citéologues (experts autoproclamés ès cités sensibles). Il ne s'agit donc plus de créer des emplois, ni même de «créer une dynamique» afin de remettre l'«ascenseur social» en marche — formule qui, déjà, ne signifiait pas grand chose — mais de «créer du lien», social de préférence. C'est-à-dire? Difficile de répondre à cette question, tant les créateurs de liens sont divers et variés.
Ainsi, sur le site du Monde.fr, peut-on lire que la coupe du monde du monde de foot 2010 «peut créer du lien social»… en Afrique du Sud. Le rugby aussi «nous apprend à créer du lien», nous dit l'ancien joueur Daniel Herrero sur Stratégies.fr. Et le bricolage ? Lui aussi peut créer du lien social.
A la une du Libération de ce jeudi, on a «Des fresques murales pour créer du lien» dans les banlieues. Dans le Point cette semaine, c'est Luc Besson qui entend «tendre des liens» avec «les cités qui se sentent abandonnées».
Oui, Luc Besson, celui-là même qui, il y a quelques mois, avait décidé d'abandonner le tournage de son film en Seine St Denis après quelques déconvenues: dans la nuit du 12 au 13 octobre 2008, plusieurs véhicules de sa production avaient été incendiés, dans la cité des Bosquets à Montfermeil où il tournait des scènes de From Paris with love. Alors qu'il s'était fendu quelques jours auparavant dans Le Monde, d'une ode aux banlieues difficiles, Luc besson en était revenu à des considérations plus terre à terre, déplorant les agressions (caillassage d'une maquilleuse) et le vandalisme, et avait décidé de tourner son film ailleurs.
Pourtant, aujourd'hui, nous dit Le Point, «loin des marches glamour de Cannes», c'est à Saint-Denis (dans le 93) «Saint-Denis la sinistrée, Saint-Denis la violente» que Luc Besson a choisi de construire sa «Cité du cinéma», une «usine à rêves pour une ville où la violence est un cauchemar quotidien».
Ainsi, sur le site du Monde.fr, peut-on lire que la coupe du monde du monde de foot 2010 «peut créer du lien social»… en Afrique du Sud. Le rugby aussi «nous apprend à créer du lien», nous dit l'ancien joueur Daniel Herrero sur Stratégies.fr. Et le bricolage ? Lui aussi peut créer du lien social.
A la une du Libération de ce jeudi, on a «Des fresques murales pour créer du lien» dans les banlieues. Dans le Point cette semaine, c'est Luc Besson qui entend «tendre des liens» avec «les cités qui se sentent abandonnées».
Oui, Luc Besson, celui-là même qui, il y a quelques mois, avait décidé d'abandonner le tournage de son film en Seine St Denis après quelques déconvenues: dans la nuit du 12 au 13 octobre 2008, plusieurs véhicules de sa production avaient été incendiés, dans la cité des Bosquets à Montfermeil où il tournait des scènes de From Paris with love. Alors qu'il s'était fendu quelques jours auparavant dans Le Monde, d'une ode aux banlieues difficiles, Luc besson en était revenu à des considérations plus terre à terre, déplorant les agressions (caillassage d'une maquilleuse) et le vandalisme, et avait décidé de tourner son film ailleurs.
Pourtant, aujourd'hui, nous dit Le Point, «loin des marches glamour de Cannes», c'est à Saint-Denis (dans le 93) «Saint-Denis la sinistrée, Saint-Denis la violente» que Luc Besson a choisi de construire sa «Cité du cinéma», une «usine à rêves pour une ville où la violence est un cauchemar quotidien».
Implanter des studios en banlieue: un acte politique !
C'est que Luc Besson, il «ne fait pas seulement du cinéma, il fait de la politique». Qu'on se le dise, implanter des studios de cinéma dans une ville qui compte déjà des studios de télé, c'est politique. C'est là qu'on retrouve le fameux lien: «Je fais tout ça pour tendre des liens, explique-t-il. Ces cités se sentent abandonnées, il n'y a pas de métro, pas de bus, pas de terrain de sport. Les gens vivent dans des ensembles pourris et ils n'ont pas de boulot. Et en plus maintenant , il n'ont pas le droit de se réunir dans le hall de l'immeuble». Mais Luc va changer tout ça avec sa cité du cinéma qui n'ambitionne pas seulement de concurrencer les studios Pinewood en Grande-Bretagne en faisant venir en France les grosses productions — voilà pour l'aspect mercantile, très secondaire — mais aussi de sortir les gens du quartier de la mouise abjecte dans laquelle ils croupissent sans même un terrain de sport pour s'amuser.
Comment? En construisant un terrain de sport? En leur donnant du boulot? En créant une station de métro? En faisant ravaler les immeubles? Vous n'y êtes pas du tout. C'est par la grâce de sa simple présence que la cité du cinéma va tirer les habitants de Saint-Denis de leur morne quotidien. C'est du moins ce qu'on comprend en consultant le site de la communauté d'agglomération Plaine-Commune, qui se montre plus qu'évasif : «Les retombées locales de ce projet sont multiples : outre l'impact en terme de valorisation du territoire et de dynamique pour le quartier Pleyel, ce projet aurait également des retombées économiques puisque environ 30 % du budget d’un film sont dépensés localement. Des négociations sont également en cours pour favoriser le recrutement local de professionnels du cinéma et d'emplois de service». En clair: les riverains feront de la figuration…
A sa décharge, Luc Besson n'est pas le seul à faire preuve d'une telle naïveté. Nombreux sont les intellectuels, artistes ou élus «degauche» qui continuent à croire qu'on peut désenclaver les quartiers en y attirant les bobos, notamment via la construction de théâtres subventionnés. Pourtant, les retombées du théâtre des Amandiers de Nanterre, ou du Centre dramatique national d'Aubervilliers, par exemple, sur la vie des habitants sont extrêmement limitées. Certes, les bobos y vont. Mais c'est pour en repartir sitôt la représentation terminée. Impact sur la vie locale: zéro. C'est sans doute cela qu'on appelle «créer du lien». Avant, on disait «faire de la com'».
Comment? En construisant un terrain de sport? En leur donnant du boulot? En créant une station de métro? En faisant ravaler les immeubles? Vous n'y êtes pas du tout. C'est par la grâce de sa simple présence que la cité du cinéma va tirer les habitants de Saint-Denis de leur morne quotidien. C'est du moins ce qu'on comprend en consultant le site de la communauté d'agglomération Plaine-Commune, qui se montre plus qu'évasif : «Les retombées locales de ce projet sont multiples : outre l'impact en terme de valorisation du territoire et de dynamique pour le quartier Pleyel, ce projet aurait également des retombées économiques puisque environ 30 % du budget d’un film sont dépensés localement. Des négociations sont également en cours pour favoriser le recrutement local de professionnels du cinéma et d'emplois de service». En clair: les riverains feront de la figuration…
A sa décharge, Luc Besson n'est pas le seul à faire preuve d'une telle naïveté. Nombreux sont les intellectuels, artistes ou élus «degauche» qui continuent à croire qu'on peut désenclaver les quartiers en y attirant les bobos, notamment via la construction de théâtres subventionnés. Pourtant, les retombées du théâtre des Amandiers de Nanterre, ou du Centre dramatique national d'Aubervilliers, par exemple, sur la vie des habitants sont extrêmement limitées. Certes, les bobos y vont. Mais c'est pour en repartir sitôt la représentation terminée. Impact sur la vie locale: zéro. C'est sans doute cela qu'on appelle «créer du lien». Avant, on disait «faire de la com'».
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