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Banier, le butin de la République: les journalistes l'adorent, la rue un peu moinsBénédicte Charles - Marianne | Vendredi 10 Septembre 2010 à 05:01 | Lu 14760 fois
Le bon ami de Liliane Bettencourt a eu la fâcheuse idée de se rendre à la manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 7 septembre. Quelques jours plus tôt, France Inter lui consacrait une émission. Mine de rien, ces deux événements permettent de comprendre un peu mieux la fascination qu'exerce Banier sur sa richissime amie… et sur pas mal de journalistes.
C’était certainement, avec Liliane Bettencourt et Eric Woerth, la dernière personne qu’on s’attendait à rencontrer dans les rangs de la manifestation du 7 septembre à Paris. Pourtant, François-Marie Banier était bel et bien place de la République, avec sa mobylette et son appareil, pour prendre des photos de la manif et, partant, répondre à quelques interviews. « Je suis venu photographier la vie », a-t-il expliqué au journaliste de BFMTV, « une force formidable, quelque chose d’important et de beau ».
« Il y a surtout des gens qui ne devraient pas être là vu le fric qu’ils ont piqué à tout le monde », lui a rétorqué un manifestant visiblement peu ému par la sensibilité artistique de Banier, avant de le traiter de « crapule ».
Depuis, la vidéo a été visionnée des milliers de fois sur le Net et nombre de commentateurs ont raillé le bel ami de Bettencourt.
Il l’a plus que mérité. Il faut un sacré mélange d’inconscience, de morgue et de fatuité pour se rendre sur un tel cortège et y proférer face aux caméras de télé des âneries telles que : « Rien n’est plus beau qu’un rassemblement populaire avec des gens qui y croient et qui se battent et qui veillent et qui sont pas dans les salons et qui disent la vérité et je trouve ça très beau […] C’est la vie de la France qui est la vérité. C’est pas ce que vous lisez dans les magazines ». Puis s’en aller sur sa mobylette tandis que les manifestants entonnent « Le Temps des cerises »… (vu sur iTélé). Cela faisait longtemps que plus personne n’avait osé refaire le coup des « vraies gens ». Mais apparemment Banier a passé les trente dernières années dans un caisson d’isolation sensorielle. Il est tellement à l’ouest qu’il ne comprend même pas pourquoi on l’invective, pourquoi on le traite de crapule, lui qui n’a fait que venir à la manif comme d’autres font de l’écotourisme : hyper respectueux de la faune et de la flore locales. En adoration devant le peuple, sauvage et beau. Banier, le photographe qui aime les clichés
Photographier les gens de la rue, c’est ce que François-Marie Banier considère comme son travail. Mieux : sa mission. « Je pense que j’ai une mission : montrer l’humanité des gens, montrer que tout le monde a une âme », explique-t-il sans rire sur France Inter dans l’Atelier (première partie diffusée le 4 septembre dernier), la nouvelle émission de Vincent Josse, qui a choisi de lui consacrer son numéro de rentrée. « La photographie me permet d’entrer dans l’âme de personnages anonymes qui pour moi sont le sel de la terre », dit-il encore doctement. Vous l’aurez compris : Banier est un photographe qui aime les clichés. Il ne se gêne pas pour les aligner face à un Vincent Josse perclus de complaisance, qui déclare aimer son oeuvre « parce que je trouve qu’il y a dans ce que vous peignez et ce que vous photographiez quelque chose de l’enfance, de la spontanéité de l’enfance, et d’une immense nostalgie, ou tristesse ou gravité ». De quoi réconcilier le photographe avec les journalistes, non? Vincent Josse est d'ailleurs loin d'être le seul. Nombre de nos confrères ont, du moins au début de l'affaire Banier-Bettencourt, fait preuve d'une très grande indulgence à l'égard du photographe, comme s'il les fascinait.
Evidemment, Banier en profite à fond et malmène son interlocuteur. Ainsi quand Vincent Josse lui demande s’il écrit sur ses photos : « J’écris sur quoi ? Sur vos fesses ? ». La réponse du journaliste est sidérante : « Elles se vendraient très cher ». Flagornerie pure et simple, quand on connaît la cote de Banier sur le marché de la photographie d’art, comme le montre l'enquête publiée dans Marianne du 10 septembre: ses oeuvres s'échangent rarement à plus de 600 euros pièce, même si Liliane Bettencourt est capable de débourser plus de 30000 euros pour en accrocher une dans son salon. Traité de con à deux reprises pendant l’interview, Vincent Josse n’ose même pas répliquer. Mieux : on dirait qu’il en redemande. Du coup, l’autre ne se prive pas de faire de la provocation, quitte à verser carrément dans un discours scatologique qui puise plus son inspiration dans les cours de récré de première année de maternelle que dans les Onze Mille verges d’Apollinaire : « Je chie énorme. Oui, parce que j’aime beaucoup parler merde. Pas vous ? » « Si si, la crotte c’est très important. Balzac il était passionné, Mozart aussi, tout le monde parle de crotte ». Affligeant, non ? Et si c’était ça qui avait plu à André et Liliane Bettencourt ? Dans le genre d’univers où évoluait ce couple richissime, on croise plus de courtisans obséquieux que de types qui parlent de « crotte », disent « chier » et vous donnent du « con » comme d’autres du « monseigneur ». Dans le monde de Liliane, un « artiste » qui affirme ne pas aimer les « bourgeois » et être un « révolté », c’est une bouffée d’air frais. Peu importe que ledit artiste soit un grand bourgeois qui sonne un domestique quand il a besoin de matériel pour « créer » (Ah ce passage de l’interview de Vincent Josse où Banier, photographe proche des vraies gens lâche d’un ton désinvolte :« Je cherche de la colle. Je vais peut-être demander qu’on m’en descende » !). Peu importe que, lorsqu’il tire le portrait des gens de la rue, François-Marie Banier ressemble à un seigneur descendu sur ses terres pour laver les écrouelles des pauvres. NB : la seconde partie de l'émission de Vincent Josse consacrée à Banier doit être diffusée sur France Inter le samedi 11 septembre. On l'attend avec une impatience non feinte.
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