Marianne2 2012

Bakchich, Siné, Charlie la presse satirique explose

Lundi 14 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 10310 fois I 13 commentaire(s)

Perrine Cherchève - Marianne

Le 23 septembre, Bakchich, «le plus sexy des sites satiriques d’information» se lance dans une nouvelle aventure: le payant, et le papier! Soit l'inverse de son modèle économique basé sur le tout Internet tout gratuit. Hebdomadaire, sans publicité, il sortira le mercredi.... Cela vous rappelle quelque chose? C'est le Canard, Charlie et Siné, qui doivent rigoler...


Vous allez rire… Bakchich.info, « le plus sexy des sites satiriques d’information » lance le 23 septembre prochain un hebdomadaire de 20 pages, imprimé sur du vrai papier fabriqué à partir de cellulose. Encore plus drôle, le même Bakchich, qui balance de l’information gratis à haut débit, va vendre son canard en kiosque au tarif de 1,80 euros.

Ironie de la petite histoire, le site web n’a plus un sou et compte sur ce nouveau journal pour ramener des lecteurs et sauver les meubles. Une belle leçon de survie à l’adresse des Cassandre qui prédisent la mort de la presse écrite, tuée par une avalanche d’infos sur la toile qui ne coûtent pas un rond. « Internet est structurellement moins fiable et pour crédibiliser l’information dans le public, on a besoin du papier, » admet aujourd’hui Nicolas Beau le directeur de la rédaction, qui en prenant les rênes du site web en 2007 avait délibérément fait le choix de la gratuité et pariait sur la pub pour financer le tout. Son « modèle économique » n’ayant pas tenu le choc de la crise, Beau sort aujourd’hui le plan B de la dernière chance. Objectif : vendre chaque mercredi 25.000 à 30.000 exemplaires de son futur hebdo en même temps que le Canard Enchaîné, Charlie Hedbo et Siné Hebdo. Bref, tirer parti du succès de la presse satirique, une tradition française vieille de deux siècles qui n’a pas eu besoin de changer de fonds de commerce pour continuer à bien se porter.
L'accouchement de Bakchich papier n'a pas été simple. Gérard Ponson (Entrevue, Choc), récemment sorti de l'orbite Hachette a d'abord manifesté le souhait d'accompagner l'aventure. Avant de se retirer. Le bébé de Beau peut néanmoins sortir grâce à un crédit de l'imprimeur. A la guerre comme à la guerre.
 
« Notre marque de fabrique, c’est l’indépendance. On ne nous suspecte de rien : on n’a pas de pub et on ne vit que grâce à nos lecteurs » explique-t-on au Canard Enchaîné. Lequel Canard presque centenaire se vend à quelque… 500.000 exemplaires par semaine. Il faut dire aussi que l’époque se prête à l’humour décalé. « En temps de crise, on a envie de se marrer et nous, on traite des catastrophes pour mieux faire marrer » résume Charb, le nouveau boss de Charlie qui a succédé à Philippe Val parti diriger France Inter. La presse satirique a surtout récupéré un excellent client en la personne de Nicolas Sarkozy. « Le quinquennat a favorisé la concentration des pouvoirs et fabriqué un président qui est en première ligne et qui aime ça, analyse-t-on au Canard. Sa personnalité donne  matière à rire ». À rire, et à fédérer des milliers de lecteurs contre « l’omniprésident ».

Prenez Siné Hebdo. Fondé sur un coup de rage de Bob Siné — le dessinateur s’est fait virer de Charlie par Val, l’ami de Carla Bruni-Sakozy après avoir pondu une chronique limite sur le fils de Nicolas Sarkozy — le « journal mal élevé » vient de souffler sa première bougie. Au programme des réjouissances, un hors série (« Un an... et toutes ses dents ! » ) et en une de l’hebdo, un dessin de Siné qui balance un gâteau d’anniversaire bien crémeux à la tête d’un personnage que l’on suppose être le chef de l’Etat. Aujourd’hui Siné Hebdo, qui lors de son lancement n’a pas eu droit à un mot d’encouragement dans les médias classiques, revendique 50.000 lecteurs, affiche des opinions clairement ancrées à gauche et tient sa revanche sur son ennemi Charlie qui a perdu 20.000 lecteurs dans « l’affaire Siné ». Trois mois après le départ de Val, qui brouillait l’image virulente du journal avec ses éditos plan-plan « sociaux-démocrates », Charlie Hebdo affiche 58.000 exemplaires et s’offre un peeling. Nouvelle maquette… Et nouveau ton ? « Je veux qu’on puisse voir Charlie Hebdo comme un journal pluriel » explique Charb, qui ne s’inquiète pas plus que ça de l’arrivée d’un quatrième larron sur le marché. « Je préfère qu’il y ait de la concurrence. Mais je trouve dommage que la presse Internet gratuite ait contribué à saborder la presse papier. » Bakchich appréciera.  

Le numéro 647 de Marianne








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