BNP: un milliard de bonus et on oublie la crise!Sylvain Lapoix - Marianne | Mercredi 5 Août 2009 à 13:56 | Lu 7685 fois
En provisionnant 1 milliard d'euros pour les bonus de ses traders, BNP prouve que les banques bénéficiaires peuvent renouer avec les vieilles pratiques sans être inquiétées par le gouvernement ou qui que ce soit.
Dépenses de fonctionnement, « coût du risque » et autres aléas... « Cela n'affecte pas la très forte capacité bénéficiaire du groupe », se félicitait Baudouin Prot, pdg de BNP Paribas. Après avoir présenté des résultats supérieurs à toutes les attentes mardi 4 août, la première banque européenne revient encore en une pour annoncer un nouveau chiffre qui plaira aux spectateurs de la crise : selon le quotidien Libération, la banque aurait provisionné près d'un milliard d'euros pour les bonus de fin d'année de ses traders. Loin de nier, les représentants de la banque ont jugé le chiffre « globalement exact » et gardent la tête haute en déclarant qu'ils respectent « scrupuleusement » les règles établies par le G20.
Réactions: les banques restent dans leur coin
« Les chefs d'Etat réunis dans le cadre du dernier G20 de Londres ont, non pas proscrit ces bonus, mais édicté des règles pour éviter les dérives qui ont favorisé la crise », déclarait le porte-parole du groupe à l'AFP. L'argument massue : les bonus ne seront distribués qu'à la fin de l'année, il n'y a donc rien à discuter. En attendant, à la Bourse de Paris, l'action monte tranquillement : +0,5% ce 5 août à midi, +8% sur une semaine et +75,2% depuis le 1er janvier.
Aucune réaction officielle (encore moins une réunion d'urgence) ne vient animer le débat. A l'Elysée, pas de réaction. A Bercy, c'est la prudence : « le fait que le groupe constitue des provisions n'est pas contraire aux engagements pris par la banque, insiste-t-on au cabinet de Christine Lagarde. La Banque de France veillera à ce que les rémunérations soient en relation avec les performances, comme il a été décrété au G20 de Londres. » Etrange déconnexion : alors que le président de la République parlait de l'économie réelle, la responsabilité des banques dans les activités de crédit n'est pas évoquée ! Car la BNP n'a pas gagné ses 1,6 milliards net au second trimestre 2009 en tournant la manivelle grippée des entreprises en crise : c'est la division Corporate and Investment Banking (CIB), regroupant les activités boursières, et le rachat de Fortis qui ont boosté les résultats, pas le prêt aux PME. Lesquelles, par la voix de la CGPME, somment les banques de remettre de l'huile dans les rouages depuis plusieurs mois. Que faire de 1 milliard de bonus en cas de mauvais résultat?
Selon les calculs de Nicolas Cori de Libération, la redistribution intégrale de ce seul milliard d'euros garantirait 59 000 euros à chacun des 17 000 employés de la CIB. Or, quand on voit les mécanismes de répartition, on doute que les secrétaires touchent autant que les traders. Un exemple avec Goldman Sachs : en 2008, 953 employés avaient touché plus d'un million de dollars de bonus sur les 4,6 milliards distribués. Les 200 plus hauts cadres se partageant un milliard à eux seuls.
« L'argent n'est pas dépensé », répète-t-on. Or, la remarque est absurde : l'argument de BNP repose sur l'idée que si les résultats de 2009 s'avéraient être mauvais, il n'y aurait pas de bonus. Une hypothèse que n'envisage même pas Baudoin Prot lui-même dans l'interview donnée à La Tribune, jugeant que la « normalisation » est en marche : avec un premier semestre 2009 à 3,1 milliards d'euros, il faudrait un nouveau krach pour que l'année vire au rouge pour le groupe. Les résultats seront probablement bons, voire très bons, et les bonus seront ainsi justifiés. On va pas se plaindre d'une banque qui fait du bénéf!
« Avec les résultats de la Société générale qui arrivent, il se peut qu'une polémique du même genre resurgisse », confie-t-on chez Christine Lagarde en assurant que la position de Bercy restera inchangée.
Difficile pour le gouvernement de s'interposer : Baudoin Prot a confirmé qu'il pourrait commencer à rembourser les 5,1 milliards d'aide de l'Etat dès le premier trimestre 2010. Difficile pour les responsables politiques de se plaindre que la BNP fasse des bénéfices records : même le médiateur du crédit, René Ricol, s'en félicitait sur RMC. Le nouveau « capitalisme moralisé » autoriserait-il une banque à redistribuer des super rémunérations sous le simple prétexte qu'elle fait des bénéfices ? Oui, apparemment, il l'autorise toujours : sympa le nouveau système.
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