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BHL enterre le PS un peu tôtPhilippe Baumel - Tribune | Mercredi 22 Juillet 2009 à 16:25 | Lu 9915 fois
BHL voudrait être le fossoyeur flamboyant du PS. Mais Philippe Baumel, membre du conseil national du PS, pose une question pertinente: cet éternel nouveau philosophe est-il vraiment le mieux placé pour donner des leçons?
Médecin empressé, BHL a délivré très hâtivement un certificat de décès du Parti Socialiste. Si tel était le cas, ne conviendrait-il pas de confier son autopsie à d’autres qu’à l’auteur du Grand cadavre à la renverse et à ceux qui ont fait profession de dénigrer le parti d’Epinay ? Au vu de son parcours, BHL ne fait non seulement pas office de bon légiste mais, de surcroît est-on tenté de le suspecter d’erreur médicale dans les soins prodigués, voire de mauvais traitement sur le Parti Socialiste. Tel un médecin de Molière, Bernard-Henri Lévy s’exclame chaque fois qu’on l’interroge sur le remède à appliquer à notre parti : « La saignée ! La saignée ! ». Las de prétendre guérir le PS, il a finalement décidé de l’expédier au carré des indigents de la vie politique. Trop heureux de lui organiser des obsèques en catimini, BHL se défoule et laisse libre cours à son inventivité…
Le parcours de cet éternel « nouveau philosophe », bradeur d’entreprise familiale, l’autorise-t-il à donner autant de leçons à la social-démocratie française ? Est-il le mieux habilité à formuler un diagnostic, établir un pronostic et délivrer des prescriptions pour que la Gauche française se relève ? Fossoyeur aujourd’hui, il se verrait volontiers accoucheur demain. Mais de quoi ? D’un parti qui lui ressemblerait, d’une formule partisane proche de l’ex-gauche italienne des Prodi et d’Alema, d’un parti démocrate qui, in fine, ne gênerait pas beaucoup Monsieur Sarkozy. Il cherche avant tout à réduire la Gauche au rôle de « bonne conscience » d’une République autoritaire, plus atlantiste que de raison, moins démocratique encore mais délivrée de tout prurit révolutionnaire. Une France endormie et une Gauche « apaisée », c'est-à -dire en fait soumise et résignée. La précédente refondation du Parti Socialiste, dans les années 1971-74, a échappé à BHL. Aisément excusable, celui-ci était occupé, noblement, à pasticher Malraux au Bangladesh. Nous arrivons, c’est un fait, à l’épuisement d’un cycle de 40 ans, celui enclenché à Epinay. Le Parti Socialiste doit se rénover, chacun le sait. Mais il est fort probable qu’il puisse le faire plus rapidement que ne le pensent certains. La SFIO en 1969, c’était 5% des voix, le souvenir des guerres coloniales et l’incapacité à s’opposer à De Gaulle. C’était aussi un réseau d’élus locaux et quelques cadres turbulents qui la poussèrent à réaliser son aggiornamento. Le socialisme français qui devait naître d’Epinay donnait au pays une analyse du monde et de la société, un projet de long terme, un outil et une stratégie pour que le « peuple de gauche » puisse enfin conquérir le pouvoir et transformer la société. Cela n’avait rien d’évident en juin 1971. L’essor du socialisme français prit dix ans, pendant lesquels élus, militants, sympathisants travaillèrent à faire progresser idées et projets, à gagner des élections et à en préparer d’autres. Un travail titanesque qu’il nous faut, c’est vrai, recommencer. Bernard-Henri Lévy, pastichant cette fois Nietzsche, s’en va donc proclamant que le PS est mort. Mais que propose-t-il ? Son dédain pour la social-démocratie organique, celle qui dans des milliers de communes est en première ligne face à la crise, sa hargne contre le socialisme républicain, son hostilité de principe contre l’extrême gauche marxiste camouflent mal, de sa part à lui, une incapacité à proposer. On ne rejoue pas indéfiniment la même histoire. Nouveau philosophe il y a trente-cinq ans, pourfendeur de l’âge de glace soviétique, BHL avait-il pris à l’époque conscience que le sort de l’URSS était réglé (ce qu’un jeune démographe, Emmanuel Todd, avait pourtant annoncé), comme l’avait pressenti François Mitterrand qui s’était ainsi bien volontiers allié à un Parti Communiste devenu bien inoffensif. BHL a-t-il le sens du temps long ? Est-ce, pour un philosophe, en plongeant dans le temps médiatique, celui des petites phrases et des tactiques égotistes, la meilleure façon de faire avancer le débat que d’inventer des épouvantails ou des cadavres ?… Le Parti Socialiste et la Gauche sont à reconstruire. Cela nécessite une analyse, un projet et un leader. Les socialistes, les républicains, les progressistes sont bien vivants. Nul doute que, dans les profondeurs de la société française quelques solutions sont à l’ouvrage… Et si BHL, pour une fois, se rendait utile ? Philippe Baumel est Membre du Conseil National du PS, maire PS du Breuil (71), et vice-président du Conseil régional de Bourgogne.
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