BHL, Minc, les «fils de» font beaucoup pour leur pères...
Mercredi 16 Juin 2010 à 17:01 | Lu 10733 fois I 19 commentaire(s)
Philippe Bilger - blogueur associé
Philippe Bilger, blogueur associé, nous explique pourquoi la délicatesse de certains fils de le gêne pour villipender leur père, même quand ce dernier le mérite.
Jacques Brel avait raison : « un enfant, ça tue vos amants, nos maîtresses ! » J’adore que la fragilité et la grâce puissent l’emporter, quelquefois, sur la puissance du désir. J’aime aussi cette idée, précisément, que les idées peuvent être vaincues par le coeur et dominées par le sentiment. J’ai fait cette découverte vieille comme le monde à propos de mon blog en étant obligé de constater comme certaines censures douces s’exerçaient sur moi et me désarmaient. Il n’est pas de jour où je ne remarque que les concepts, l’hostilité intellectuelle à l’égard de certaines personnalités, la détestation de certaines attitudes, l’envie d’en découdre sont très largement entamés par une sorte de carte du tendre que les hasards de l’existence sont susceptibles d’offrir. Enfermé dans un subjectivisme forcené, ivre d’une liberté dont l’abus ne fait pas de mal, pourtant je renâcle, je freine, je m’abstiens. Parfois.
Depuis que j’ai rencontré le fils de Bernard-Henri Lévy, Antonin qui est avocat et infiniment discret et sympathique, j’éprouve comme une retenue dans la critique que son père pourrait susciter. Il y a quelque chose en moi qui répugne à blesser même celui qui probablement ne me lira jamais. Alain Minc est quasiment devenu intouchable - depuis peu ! - depuis qu’à l’occasion d’une visite du château de Vincennes, j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec l’un de ses fils qui rend inconcevable, tant il est aimable et délicat, toute attaque contre son père. Les pères sont protégés par ceux qu’ils ont engendrés. J’aime ce barrage de l’humain vivant et chaud qui vous détourne de la froideur et de la sécheresse de l’intellect.
Depuis que j’ai rencontré le fils de Bernard-Henri Lévy, Antonin qui est avocat et infiniment discret et sympathique, j’éprouve comme une retenue dans la critique que son père pourrait susciter. Il y a quelque chose en moi qui répugne à blesser même celui qui probablement ne me lira jamais. Alain Minc est quasiment devenu intouchable - depuis peu ! - depuis qu’à l’occasion d’une visite du château de Vincennes, j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec l’un de ses fils qui rend inconcevable, tant il est aimable et délicat, toute attaque contre son père. Les pères sont protégés par ceux qu’ils ont engendrés. J’aime ce barrage de l’humain vivant et chaud qui vous détourne de la froideur et de la sécheresse de l’intellect.
« Nos analyses sortent de nos tripes »
Il est vrai que cela fonctionne à double sens. J’ai l’image indélébile de Charles Beigbeder, dans un Salon du livre, juste à côté de moi, et me considérant comme un manant auquel on ne doit pas rendre son salut. Depuis, quand je l’entends vanter par Le Figaro, j’ai tort mais je tourne la page. Un jour, chez Lipp, à la table à côté de la mienne, je suis contraint d’entendre Jean-Paul Enthoven qui durant deux heures saoule sans discontinuer une jeune femme sur ses propres mérites. C’est dérisoire mais cela reste. Une aiguille dans une botte d’intelligence mais elle pique et agace. En revanche, je me suis pris d’une affection abstraite pour son fils Raphaël parce qu’il a été infiniment courtois et attentif, un soir, avec mon fils Jean-Baptiste.
Nos analyses sortent de nos tripes, nos idéologies de nos forces ou faiblesses intimes, les convictions rassurent mais d’où viennent-elles profondément ? Les humeurs sont plus fortes que tout et nous cherchons à faire accroire que nous sommes de purs esprits alors que nous portons des corps trop présents et sommes victimes de sensibilités trop vives.
Quel cauchemar si je me mettais à aimer l’humanité tout entière ! Je serais obligé de fermer ce blog. Que mes adversaires ne rêvent pas : ce n’est pas pour tout de suite !
Nos analyses sortent de nos tripes, nos idéologies de nos forces ou faiblesses intimes, les convictions rassurent mais d’où viennent-elles profondément ? Les humeurs sont plus fortes que tout et nous cherchons à faire accroire que nous sommes de purs esprits alors que nous portons des corps trop présents et sommes victimes de sensibilités trop vives.
Quel cauchemar si je me mettais à aimer l’humanité tout entière ! Je serais obligé de fermer ce blog. Que mes adversaires ne rêvent pas : ce n’est pas pour tout de suite !
Voir les 19 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter