Axe franco-allemand ou Union latine ?
Lundi 17 Mai 2010 à 14:01 | Lu 7175 fois I 25 commentaire(s)
Laurent Pinsolle - Blogueur Associé
Malgré les sourires de façade, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n'ont jamais vraiment su trouver l'entente cordiale. A -tel point que le président français aurait menacé de sortir de l'euro en cas de non participation de l'Allemagne au plan de soutien. Possible selon le blogueur Laurent Pinsolle.
(photo Chesi-flickr-cc)
Info ou intox ? Le quotidien El Pais affirme que Nicolas Sarkozy aurait menacé de rompre l’axe traditionnel Franco-allemand et même de quitter l’euro pour contraindre Angela Merkel à soutenir le « plan de soutien » de 110 milliards d’euro à la Grèce.
Une révolution diplomatique
Depuis 1963, l’Allemagne est le partenaire diplomatique privilégié de notre pays. Le premier dirigeant qu’un nouveau président Français rencontre est systématiquement le chancelier de notre voisin d’outre-Rhin. Cet axe est celui qui dirige de facto l’Europe puisqu’il est rare qu’une décision poussée par Berlin et Paris conjointement soit retoquée par le reste de l’Union Européenne. Il faut dire que nos deux pays pèsent pour environ 45% du PIB de la zone euro. La primauté du lien franco-allemand s’est illustrée par les liens entre Giscard et Schmidt, Mitterrand et Kohl ou Chirac et Schröder.
Mais voilà, c’est peu de dire que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont jamais véritablement accroché, malgré les sourires de façade. La tension entre les deux semble donc avoir atteint un nouveau summum lors du sommet qui a décidé du plan de 110 milliards de refinancement de la dette grecque puisque la France, l’Italie et l’Espagne auraient fait front commun pour imposer cette solution à une Allemagne réticente, Paris mettant peut-être même sa participation à l’euro dans la balance. L’Allemagne aurait fini par trouver une limite en unissant des pays maltraités par sa politique de désinflation compétitive.
Mais voilà, c’est peu de dire que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont jamais véritablement accroché, malgré les sourires de façade. La tension entre les deux semble donc avoir atteint un nouveau summum lors du sommet qui a décidé du plan de 110 milliards de refinancement de la dette grecque puisque la France, l’Italie et l’Espagne auraient fait front commun pour imposer cette solution à une Allemagne réticente, Paris mettant peut-être même sa participation à l’euro dans la balance. L’Allemagne aurait fini par trouver une limite en unissant des pays maltraités par sa politique de désinflation compétitive.
Un mauvais objectif
Malheureusement, cette alliance inédite de Paris, Rome et Madrid n’a pas été utilisée pour une bonne décision. Il est vrai que ce plan permet sans doute d’éviter un défaut de paiement de la Grèce dont les conséquences auraient pu être comparables à la faillite de Lehman Brothers. On peut imaginer assez facilement que la panique des marchés se serait répandue aux banques ainsi qu’aux autres pays de la zone euro, dans un processus comparable à celui de l’automne 2008.
Cependant, ce plan n’est pas la bonne réponse aux problèmes de dettes souveraines. En effet, même si le déficit de la Grèce n’est plus que de 3% en 2013, la dette publique sera passée de 110 à 150% du PIB, un niveau qui ne sera pas davantage soutenable qu’aujourd’hui et que le moindre mouvement d’humeur des marchés rendra ingérable. Bref, l’Europe n’a fait que décaler le problème dans le temps et entre temps, c’est le peuple grec qui souffrira des conséquences de la rigueur.
Et c’est bien là toute la bêtise de ce plan que de ne pas régler les causes profondes de la crise grecque. Ce plan n’est pas une preuve de solidarité vis-à-vis de la Grèce, qui se retrouvera avec un problème au moins aussi important à régler dans trois ans, mais surtout un acte de soumission des politiques aux désidératas des marchés et des banques qui ne voulaient pas que la Grèce leur fasse défaut et donc que les pays en meilleure posture « l’aident » à honorer ses dettes.
J’espère encore que l’Allemagne pourra rester une alliée de la France pour élaborer cette nécessaire refondation du capitalisme. Mais dans le cas où Berlin resterait figer sur son modèle de désinflation compétitive, la France pourra regarder vers le Sud pour changer l’Europe.
Cependant, ce plan n’est pas la bonne réponse aux problèmes de dettes souveraines. En effet, même si le déficit de la Grèce n’est plus que de 3% en 2013, la dette publique sera passée de 110 à 150% du PIB, un niveau qui ne sera pas davantage soutenable qu’aujourd’hui et que le moindre mouvement d’humeur des marchés rendra ingérable. Bref, l’Europe n’a fait que décaler le problème dans le temps et entre temps, c’est le peuple grec qui souffrira des conséquences de la rigueur.
Et c’est bien là toute la bêtise de ce plan que de ne pas régler les causes profondes de la crise grecque. Ce plan n’est pas une preuve de solidarité vis-à-vis de la Grèce, qui se retrouvera avec un problème au moins aussi important à régler dans trois ans, mais surtout un acte de soumission des politiques aux désidératas des marchés et des banques qui ne voulaient pas que la Grèce leur fasse défaut et donc que les pays en meilleure posture « l’aident » à honorer ses dettes.
J’espère encore que l’Allemagne pourra rester une alliée de la France pour élaborer cette nécessaire refondation du capitalisme. Mais dans le cas où Berlin resterait figer sur son modèle de désinflation compétitive, la France pourra regarder vers le Sud pour changer l’Europe.
Voir les 25 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter