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Avions: gros ou pauvre, il faut choisir!

Jeudi 28 Janvier 2010 à 05:01 | Lu 7377 fois I 28 commentaire(s)

Lucie Soullier - Marianne

Le débat lancé autour de la seconde place que les compagnies aériennes font payer aux obèses ouvre une question plus large: peut-on encore être pauvre et obèse aujourd’hui ?


44 centimètres. C’est la largeur moyenne d’un siège d’avion. Soit l’écran 17 pouces d’un ordinateur portable. Et tout ce qui dépasse sera taxé. C'est du moins ce qu'a annoncé le 19 janvier dernier Monique Matze, porte-parole du groupe Air France-KLM : la compagnie envisage de faire payer aux obèses deux places s'ils ne parviennent pas à s'enchâsser entre les deux accoudoirs de leur siège. Air France ne dément pas, mais nuance : la deuxième place n’est pas « obligatoire » mais chaudement recommandée. Et en plus, elle sera remboursée au voyageur si l'avion n'est pas plein.

Va-t-on voir apparaître, dans les aéroports, des sièges « test » permettant de confirmer que vous rentrez bien dans une seule place ? Va-t-il y avoir des gabarits officiels, comme pour les bagages cabine, mais version chair humaine? Les compagnies autoriseront-elles le co-avionage — « anorexique cherche gros pour trajet Paris/Berlin » ? Et que signifie «recommander» l'achat d'un second billet?

Préparation du voyage « super-size »

Hypothèse de départ :  vous ne rentrez pas dans les 44 cm du siège. Cas numéro 1 : vous prenez une place. L’avion est complet : pas de chance, vous restez sur le tarmac. Cas numéro 2 : vous payez deux places. Si l’avion n’est pas complet, dans sa grande bonté, Air France vous rembourse votre deuxième place (que vous n'avez payée que 75% de son prix). Sympa non? C'est en tout cas ce que croyait Air France avant de comprendre que son annonce avait en fait relancé une polémique sur fond d'incompréhension : les usagers, lorsqu'ils achètent un billet, pensent acheter un voyage. Tandis qu'Air France pense leur vendre un espace. Or, le luxe c'est précisément l'espace.

Or bis, la corrélation entre obésité et pauvreté est prouvée. Ce sont les catégories sociales les moins favorisées (ouvriers, artisans, employés et petits commerçants) qui sont les plus touchées par l’obésité selon l’étude « Obépi » menée par les laboratoires Roche. La cause ? Le revenu et le niveau de diplôme. Bien manger ça coûte bien plus cher, Aymé ! Et le cercle vicieux s’installe : plus on est pauvre, plus on est gros et plus on est gros, plus ça coûte cher. Donc moins on peut manger correctement. Donc plus on est gros… Etc.

Les discriminations à l'embauche

L’association de lutte contre les discriminations envers les personnes à forte corpulence « Allegro Fortissimo » s'est insurgée face à la deuxième place « spéciale gros » dans les avions en évoquant une population « déjà victime de discriminations à l’embauche ». Le gros est fainéant donc on ne l’embauche pas. Il y aurait donc plus de chômage chez les gros ? Toujours est-il que les chiffres sur l’obésité grimpent …Comme ceux du chômage ! Et puisque par les temps qui courent, on peut faire dire aux chiffres ce qu’on veut…

Pour revenir à l'analyse, des revenus faibles semblent clairement favoriser l’obésité. Parce que la relation à l’alimentation n’est pas la même, que le budget ne permet pas l’accès aux «cinq fruits et légumes par jour» ou aux salles de sport. Mais l’inverse peut-il être démontré : l’obésité entraîne-t-elle un chômage plus important ?

Pour Thibaut de Saint Pol, chercheur de l’Insee mis à disposition de l’éducation nationale, « il est difficile de savoir quel sens prévaut dans la relation obésité-chômage ». En 2005, l’étude d’Alain Paraponaris démontre néanmoins que l’obésité augmente la probabilité d’être au chômage et la probabilité de retrouver un emploi. Le temps passé au chômage augmente avec la corpulence.

Des clichés qui pèsent

« Les mécanismes économiques sont importants, mais les questions de représentation de soi jouent aussi dans l’obésité. Beaucoup d’études montrent qu’en perdant du poids, les anciens obèses conservent leur handicap », souligne Thibaut de Saint Pol. Ainsi, le lien entre obésité et précarité n’est pas direct, mais il s’intègre dans une logique cumulant plusieurs facteurs : représentation négative de soi, discriminations dans la société, facteurs économiques…qui amènent, notamment, à une proportion d’obèses plus importante chez les moins diplômés. L’enquête santé INSEE 2008 compte 17% d'obèses chez les non diplômés contre 6% chez les détenteurs de diplômes supérieurs. Un écart de 11 points qui a d’ailleurs doublé entre 1980 et 2003.

L’obésité a un coût économique mais aussi social pour les obèses. Le gros a le droit d’être le jovial ou celui qui ne sait pas se contrôler. Caricatural ? C’est pourtant en substance le contenu de l’édito vidéo de Christophe Barbier. Et quand l’éditorialiste de L’Express se permet des raccourcis plus gros que lui, le spécialiste de l’obésité bondit : «  il oublie toutes les inégalités sociales mais aussi médicales et génétiques qui se cachent derrière l’obésité, s'insurge Thibaut de Saint Pol. D’ailleurs, il ne faudrait pas oublier qu’hommes et femmes ne sont pas égaux devant l’obésité. En France, un « gringalet » est aussi mal considéré qu’une femme obèse. » A bon entendeur…








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