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Avec la libre concurrence, Bruxelles tue la croissanceBernard Maris - économiste | Jeudi 14 Janvier 2010 à 11:04 | Lu 7461 fois
Joaquin Almunia, socialiste et futur commissaire européen à la concurrence, veut défendre le fameux principe de « concurrence libre et non faussée ». Il est pourtant loin d'avoir ses preuves d'efficacité économique.
Joaquin Almunia, le futur commissaire européen à la concurrence, va faire respecter le sacro-saint principe de la « concurrence libre et non faussée ». La concurrence libre et non faussée, l’alpha et l’oméga du libéral, le crédo du libre-échangiste, le mantra perpétuel de José Manuel Barroso, qui rêve que la concurrence développe le commerce, fait baisser les prix, et accroît le bonheur du consommateur. Alleluiah.
Mais Joaquin Almunia n'est pas un libéral. C’est un socialiste. Un socialiste basque, né à Bilbao. Et un ardent syndicaliste membre de l’UGT, Union general de trabajadores. Il a été ministre du travail de Felipe Gonzales, puis secrétaire du Parti socialiste. Battu comme député, réélu avec Zapatero, celui-ci l’envoie à la Commission européenne. Et il se révèle un rigoureux gestionnaire. Il n’est pire doctrinaire qu’un converti, souvenez-vous de Saint-Paul, qui avait introduit de la rigueur dans le christianisme. Souvenez-vous de Pierre Bérégovoy, un ancien syndicaliste lui aussi, qui s’était pris de passion pour la rigueur et la finance, qui avait développé les marchés spéculatifs, qui voulait faire de Paris une place financière égale à Londres. Et voyez ce qu’est devenu Barroso, ancien mao. Il est probable que ce cher Joaquin Almunia a rêvé, jeune militant, à la révolution espagnole, mais là , il prend sa règle de comptable et tape sur les doigts de la Grèce : « Si la Grèce ne prend pas les décisions nécessaires pour surmonter ses problèmes, la zone euro ne pourra pas les prendre au nom de la Grèce » Joaquin le polyglotte, diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes Pratiques de Paris, c’est monsieur la rigueur et monsieur la concurrence. « Parfois la fermeture des marchés est nécessaire »
Concurrence qu’il appliquera avec fermeté. Il le dit. Il va traquer les ententes. Il ne diminuera pas le niveau des amendes, au contraire. Et là , il va contre une tendance naturelle des entreprises ; les entreprises adorent les demandes captives, les consommateurs qu’on peut tondre en paix et qui ne peuvent ou difficilement changer de fournisseur. Vous n’allez pas changer de banque ou d’opérateur téléphonique tous les jours, vous avez autre chose à faire, donc les banques ou les opérateurs téléphoniques en profitent pour vous faire les poches discrètement, quelques petits euros ici ou là . Si en plus ils s’entendent, alors... oui, vive la commission de la concurrence qui sévit.
Toutefois, on ne peut pas crier pour autant : « vive la concurrence libre et non faussée ! ». Ce slogan contient une grande part de naïveté. On apprend aux étudiants que si les entreprises sont vraiment en concurrence, leurs profits sont nuls ou quasiment nuls. Il suffit de regarder les profits des entreprises pétrolières, pour avoir une idée de leur fausse concurrence ou de leur cohabitation non agressive. Et parfois la fermeture des marchés est nécessaire : la Corée du Sud, le Japon, la France et même autrefois les Etats-Unis ont construit des industries nationales hyper-compétitives en fermant leurs frontières. Et là Joaquin le socialiste déçoit beaucoup. Mais pas parce qu’il n’est plus socialiste mais parce qu’au nom du libéralisme, il s’est prononcé contre une taxe carbone aux frontières. L’Europe ne construira pas d’industrie verte. C’est la Chine qui la construira.
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