Marianne2 2012

Avec Vilmorin, l'Etat investit dans les OGM

Jeudi 4 Mars 2010 à 07:01 | Lu 7910 fois I 20 commentaire(s)

Bernard Maris - économiste

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, économiste. Le Fonds stratégique d'investissement investit dans Vilmorin, géant de l'agroalimentaire. Juste au moment où l'entreprise compte se développer dans les marchés des OGM qui font pourtant l'objet d'un moratoire en Europe.


Glatze mit Kamera - Flickr - cc
Glatze mit Kamera - Flickr - cc
Le Fonds stratégique d’investissement (FSI) investit dans le géant de l’agroalimentaire Vilmorin. Il a été créé par les pouvoirs publics fin 2008 pour répondre à la crise et  aux besoins en fonds propres des entreprises françaises porteuses de croissance et de compétitivité. Il est doté de 20 milliards d’euros de fonds, apportés par l’Etat et la Caisse des dépôts et consignations, et a vocation à investir à long terme dans des entreprises existantes d’assez grosse taille.

Qui dirige le FSI ? Théoriquement Augustin de Romanet, le patron de la CDC, en fait Gilles Michel, le directeur, qui vient de Citroen, Patricia Barbizet, qui dirige Artemis, le holding de François Pinault, et Jean-François Dehecq, le patron de Sanofi-Aventis. Des gens très bien. Et qui viennent de décider d’apporter 150 millions d’euros au semencier Vilmorin.

Vilmorin, quatrième semencier mondial

C'est un très gros semencier. Quatrième semencier mondial derrière Monsanto, Dupont de Nemours et un suisse, Syngenta. Pourquoi augmenter le capital de Vilmorin ? Parce que c’est, dit le directeur du FSI, Monsieur Michel, « c’est un secteur très concurrentiel est aux enjeux stratégiques pour l’agriculture française ». et le président de Limagrain, Monsieur Pagesse, lui aussi est très heureux, car cela confirme, je cite, « le caractère stratégique de notre métier d’amélioration des plantes ».

Amélioration des plantes, cela veut dire, OGM. Aux Etats-Unis Vilmorin est en compétition avec les gros producteurs d’OGM, et il est présent dans une filiale qui fait du maïs et du soja à 90% OGM. Or il est clair que Vilmorin a envie d’accroître ses positions en Amérique.

Et donc augmenter sa recherche et sa production OGM. Il faut savoir que le marché des OGM est en très forte croissance, 20% environ, que les OGM se vendent 50 à 100% plus cher que les non-OGM, et que les surfaces OGM progressent partout dans le monde, sauf en Europe, où elles régressent. De là à dire que l’Etat français investit dans les OGM…

Concurrence contre précaution

Un pas que nous n'allons pas franchir. Car on sait que les OGM font l’objet d’un moratoire en France depuis la fin 2007, confirmé en 2008. Mais les OGM ne font pas l’objet d’un moratoire pour Vilmorin, qui avoue en toute franchise avoir pris du retard sur le maïs OGM, mais ne veut pas en prendre sur le blé OGM. 

Mais là où les choses se compliquent, c’est quand l’Europe autorise la culture d’une pomme de terre transgénique, et la mise sur le marché de trois nouvelles variétés de maïs transgénique fabriqué par Monsanto, le grand rival de Vilmorin. Or 14 Etats sur les 27 états membres de l’Europe défendent les OGM, et, parmi les 14, l’Allemagne, qui s’apprête à cultiver la pomme de terre transgénique.

Pourquoi alors pénaliser les paysans français ? C’est le principe de concurrence contre le principe de précaution. Puisque les autres pêchent du thon, pêchons du ton. Puisqu’ils font des OGM, faisons des OGM. Puisqu’ils utilisent des nitrates, utilisons des nitrates. Puisqu’ils ne respectent pas l’environnement, pourquoi le respecter ?

Finalement, le Fonds d’investissement stratégique répond à sa mission : maintenir les entreprises françaises dans la concurrence, quoi qu’il en coûte.









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez