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Avec Guéant, le retour de la sardine au port de Marseille

Mardi 30 Août 2011 à 18:01 | Lu 15903 fois I 0 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Oui, l’insécurité a fortement augmenté sous Jospin. Mais contrairement à ce que dit Claude Guéant, elle n’a pas baissé sous Sarkozy. Ni à Marseille, ni ailleurs. Sauf à mélanger les choux et les carottes. Mais dans un port susceptible d'être bouché par une seule sardine, tout est possible.


Il fallait une contre-offensive. Claude Guéant n’a pas dû apprécier que Martine Aubry vienne le défier sur son terrain, dans tous les sens du terme, lundi lors d’un déplacement consacré à la sécurité, ville sous haute tension. Il fallait alors communiquer pour contrer la candidate à la primaire et défendre le bilan de la droite. Le ministère de l’Intérieur a alors dévoilé ses propres chiffres dans Le Figaro.

Première assertion de Guéant : « La délinquance générale a diminué de 17% en France, depuis 2002, ce qui représente 500 000 victimes en moins ». Ce chiffre de 500 000 victimes en moins a également été brandi lundi matin par le ministre sur RMC.

Mais cette réponse porte très fortement à confusion. D’une part, « la délinquance générale » ne veut rien dire, on n’y mélange des carottes et des navets : les meurtres, les incendies volontaires,  les agressions, les vols de GPS.... Autant de crimes et délits dont l'impact sur l'ordre public est totalement différent. Et rien ne dit que tout augmente de la même manière. Or, c’est une constante depuis de nombreuses années, la délinquance dans son ensemble baisse mais la violence physique contre les personnes monte. 

Carottes et navets

Un biais déjà pointé par le rapport de la Cour des comptes sur la politique de sécurité, qui cite en cela les chiffres de l’ONDRP. Et selon ce rapport, entre 2002 et 2010, les atteintes aux biens ont baissé de 28,6 %, mais les violences contres les personnes ont augmenté de 21,2 % (voir page 24). 

Or, c’est ce dernier indice qui est le véritable thermomètre du niveau de violence d’une société. A moins que Guéant pense que l’ordre républicain est plus troublé par un vol d’autoradio que par un règlement de comptes entre voyous. Le raisonnement du ministre revient à dire que l’insécurité routière a baissé parce qu’il y a moins de stationnements abusifs mais plus d’alcoolémie au volant.

De même, le chiffre de « 500 000 victimes » ne veut rien dire. D’une part, parce qu’une victime d’une fraude à la carte bancaire n’est pas une victime d’agression sexuelle, d’autre part, parce que le calcul des statistiques de la délinquance par l’ONDRP est beaucoup plus complexe, selon le délit ou le crime : il prend en compte le nombre de victimes, d’auteurs, d’infractions, d'objets volés ou de procédures ouvertes. Les 500 000 victimes en moins de Guéant ne sont donc pas le reflet exact de la baisse de la délinquance générale évoquée dans la même phrase.

De plus, si la violence contre les personnes a en effet fortement augmenté sous Jospin, chose qu’a oublié Aubry, elle a continué d’augmenter, certes plus lentement, sous Sarkozy. En 2010, selon le bulletin annuel de l’ONDRP, cette violence a même atteint son plus haut niveau depuis… 1996 avec 7,4 faits constatés pour 1000 habitants. La présentation de Guéant est donc trompeuse, ce graphique ci-dessous montre bien la hausse continue de la violence depuis 1997.

Hausse sous Jospin et Sarkozy

Le ministère a également communiqué d’autres chiffres au Figaro. On y compare les chiffres de la délinquance à Marseille entre la période Jospin et l’arrivée de la droite au pouvoir.  Selon ces chiffres,  la délinquance générale a augmenté de 21,4% entre 97 et 2002 contre une baisse de 7% entre 2002 et 2010, la « délinquance de voie publique » a elle augmenté de 15,2% sous Jospin, et baissé de 21,4% sous la droite.

Une nouvelle fois, la présentation est tronquée et Guéant présente le chiffre qui l’arrange. On reprend l’indicateur hétéroclite que la « délinquance générale » et on prend celui de la « délinquance de voie publique » qui regroupe entre autres les vols à main armée, les cambriolages, dégradation de biens, les vols à la roulotte (vols d’objets se trouvant dans un véhicule), etc…

Et si la période Jospin était en effet encore pire que la période Sarkozy, la violence contre les personnes n’a pas baissé à Marseille sous la droite. Selon l’ONDRP, entre 2002 et 2010, dans les Bouches-du-Rhône, la violence contre les personnes (donc en retenant les infractions les plus graves et en excluant les vols de GPS) a explosé en augmenté de 47,8% et, dans le lot, les violences crapuleuses de 30,1%. Entre 1997 et 2002, la hausse des violences contre les personnes était de 83,7% et 103,6% pour les violences crapuleuses. Des chiffres accablants pour le gouvernement Jospin.

En clair, ni la gauche, ni la droite peuvent se vanter de leur bilan. Le PS, pour être crédible sur la sécurité, doit revenir sur les causes de ses échecs. Et Sarkozy, que ce soit comme ministre ou comme chef de l’Etat, ne peut pour autant se vanter d’avoir fait baisser la délinquance. Comme opposante, Martine Aubry a sans doute eu raison de contester la compétence du sarkozysme en matière de sécurité. Cela ne lui donne pas pour autant une vraie compétence sur le sujet.







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