«
Irresponsable », «
sans-papiériste » : invité de Nicolas Demorand ce matin sur France Inter, Eric Besson n'a pas eu de mots assez durs pour qualifier la prise de position de Martine Aubry, dimanche dernier à Grenoble au congrès des MJS, en faveur d'une «
régularisation large sur critères » des sans-papiers.
«
Ces milliers de sans papiers qui sont aujourd'hui exploités dans les entreprises et qui font grève doivent avoir leurs papiers », avait-elle justifié, emboîtant ainsi le pas à Bertrand Delanoë qui, dans une lettre adressée à François Fillon, avait réclamé «
un assouplissement des conditions de régularisation des sans-papiers » en grève à Paris
.
En fustigeant ainsi son ancienne camarade socialiste, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale ne fait qu'obéir aux consignes de l'Elysée. De fait, au lendemain de la sortie d'Aubry à Grenoble, Nicolas
Sarkozy aurait, selon le Figaro, déclaré à ses aides de camp : «On a une chance folle que Martine Aubry ait remis sur la table la régularisation des sans-papiers» et leur aurait recommandé d'y aller «
à fond la caisse» sur ce sujet.
Le lendemain, Jean-François Copé, dénonçait donc la proposition de Martine Aubry comme étant «
un petit clin d'oeil au Front national» avant les élections régionales.
Une façon de renvoyer dos à dos les socialistes «
sans-papiéristes» — que Besson, reprenant à dessein l'expression de Chevènement, oppose aux socialistes «
républicains» — et les frontistes.
«Oui je crois qu'il faut changer le code de la nationalité, qu'il faut supprimer le droit du sol et je pense qu'il faut supprimer la double nationalité», a en effet déclaré Marine Le Pen au Grand jury RTL Le Monde quelques heures après l'intervention de Martine Aubry au congrès MJS.
On se retrouve donc avec un débat sur l'immigration parfaitement clivé sur un air connu: d'un côté un PS totalement candide, de l'autre un Front National bien dans son rôle. Chacun joue sa partition, l'UMP orchestre tout ça en se félicitant que Martine Aubry soit tombée dans le piège gros comme une maison, visible comme un girophare dans un tunnel, qui lui était tendu.
Oui mais…
Et si le vrai gagnant de l'affaire s'avérait le Front national?
Il est à 8%. C'est peu. Mais les déclarations d'Aubry, et celles des lieutenants de Sarkozy qui y vont «
à fond la caisse» comme le patron leur a demandé de le faire, c'est peut-être surtout une chance folle pour Marine Le Pen.
Chevènement, que Besson se plaît à citer à tous vents, le disait déjà au ministre de l'Immigration le 27 octobre dernier au sénat: «
Votre politique aiguise les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes».