Marianne2 2012

Aubry chez Drucker, Marianne2 était en coulisses...

Jeudi 26 Mars 2009 à 06:46 | Lu 23533 fois I 80 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

La Première secrétaire enregistrait, hier, «son» Vivement dimanche. Marianne2 y était. Une vraie opération «Martine est une chic fille». Parfaitement apolitique. Objectif : faire taire tous ceux qui la perçoivent comme une terrible dame de fer. A voir (ou pas) sur vos écrans ce week-end…


(photo : Pierre Morel pour Marianne)
(photo : Pierre Morel pour Marianne)

« Ce qui a changé, c’est qu’on est de plus en plus dans l’anecdote, dans le moment. (…) On n’a pas à se mettre en scène, nous, et c’est ça qu’on nous demande ! » Elle semble convaincue de ce qu’elle avance Martine Aubry. Pourtant elle est là, installée sur le divan de Michel Drucker, sous le regard lissant des caméras, à enregistrer « son » Vivement dimanche.


Ce n’est pas une première : il y a près de dix ans, elle s’était déjà prêtée au jeu. Aujourd’hui, elle récidive. Michel pèse tout de même cinq millions de téléspectateurs. Il ne s’agit pas de le bouder. Encore moins maintenant qu’elle dirige le premier parti d’opposition. C’est d’ailleurs peut-être par dévouement qu’elle est là ? Cette saison, l’inoxydable gendre idéal a déjà accueilli trois membres du gouvernement : le french doctor ès éthique, Bernard Kouchner, le chouchou du Président, Xavier Bertrand, et la ni pute ni soumise (ni même ministre), Fadela Amara. La vérité, hélas, est ailleurs. Martine Aubry n’est pas là pour que le service public respecte le pluralisme. Si elle a accepté, c’est qu’elle souffre d’un déficit d’image : Martine Aubry est vue comme une terrible dame de fer (1). Et pour fendre l’armure, rien de tel qu’un passage sur le canapé du studio Gabriel. C’est que Michel, il sait y faire pour rendre plus humain les politiques.


(dessin : Rodho)
(dessin : Rodho)



Une vraie « mère poule » pour le PS 

Car, oui, Martine est humaine. C’est même une chic fille. La preuve ? Elle connaît par cœur toutes les chansons d’Adamo, mais « [sa] préférence à [elle] » va à Julien Clerc. Elle ne fait pas que dans la « variétoche », Martine : elle aime aussi le hip-hop et la musique baroque. Elle est une Française tout à fait comme les autres : elle possède toutes les aventures en bande dessinée de… la petite Martine (« C’est un peu nunuche, je suis désolé, mais je suis peut-être un peu nunuche ») et quand elle parle de sa mère, elle dit « maman ». Et aujourd’hui, c’est elle qu’on qualifie de « mère poule », foi de Bruno Julliard invité sur le plateau en tant que jeune (socialiste) de service. Et comme toutes les Françaises, en« vraie ménagère », elle sait éplucher des carottes. Si si, c’est un Jean-Pierre Coffe sous le charme qui le dit. Et comme toutes les Françaises, aussi, elle a eu à faire face au machisme : plus jeune, alors qu’elle était en stage à France-Soir à « la rubrique des chiens écrasés », le maître des lieux, Pierre Lazareff, lui a expliqué que pour réussir dans ce métier, les femmes n’avaient qu’une solution : la promotion canapé ! 


Une « élève moyenne »… passée par l’ENA 

Mais la promotion canapé que Martine Aubry maîtrise le mieux, c'est la promotion télévisée sur canapé rouge. Pourtant en coulisses, son staff est anxieux. François Rousseau, son jeune attaché de presse, cahier d’écolier en main, ne quitte pas des yeux un des écrans de contrôle. Mais l’opération « Martine est une chic fille » suit parfaitement son cours. Elle est humaine, terriblement humaine. Comme nous, (elle qui a fait l’ENA !) a été une « élève moyenne ». Comme nous, elle rechigne à l’idée de faire du sport. Et comme nous, elle aime parfois franchir la ligne jaune : le soir de la finale de la Coupe du Monde 1998, avec des « copains du ministère », ils ont subtilisé le drapeau tricolore du bâtiment et sont allés fêter la victoire au champagne ! Elle est tellement une chic fille qu’elle rit volontiers des (bons) mots d’Anne Roumanoff, même quand cette dernière se fout de sa garde-robe (« Vous savez ce que fait Martine Aubry de ses vieux vêtements ? Elle les porte ! »). 


Claire Chazal : une « amie » qui lui veut du bien ! 

Elle n’est pas sectaire pour deux sous Martine Aubry. Elle a beau être à la tête du Parti socialiste, elle rit aussi à un sketch du dernier défenseur en date du bouclier fiscal, Gad Elmaleh ! Elle a beau être de gauche, elle n’est pas contre tous les dirigeants d’entreprises. Elle rend même hommage à Jean Gandois,  ex-président du CNPF (l’ancêtre du Medef) et patron de Pechiney, avec qui elle a travaillé : « Un vrai patron qui s’attachait à créer des richesses. » Elle est tellement peu sectaire qu’elle a « une amie » qui travaille pour TF1, c’est dire ! Claire Chazal, une « amie », une vraie, qui, en interview, trouve le moyen d’évoquer la mort de son frère Jean-Paul. De quoi chambouler Martine Aubry au retour des caméras sur le plateau. De quoi aussi chambouler son staff. Dans les travées du studio Gabriel, un de ses collaborateurs discute avec une journaliste : « Elle a eu une petite larme. En tout cas, moi je l’ai sentie comme ça. » Ce à quoi Pulitzer en goguette répond : « Si tu me dis qu’elle a pleuré, je le mettrai dans mon papier… » 


Les proches collaborateurs de Martine Aubry trembleront une seconde fois au cours de l’enregistrement. Pas d’émotion mais de peur. Une peur provoquée par l’arrivée sur le plateau de l’équipe du film Safari : Kad Merad sitôt débarqué sous les projecteurs balance une blague bien grasse, Guy Lecluyse se met à imiter un chien et Martine Aubry se retrouve affublée d’un chapeau de bushman. Martine est comme tous les Français mais, quand même, il ne faut pas pousser ! Heureusement, couvre-chef sur la tête, elle s’en tire par une pirouette : « Je cherchais un instrument pour asseoir mon autorité au PS » ! 


Car il a été aussi un petit peu question de politique. De Ségolène Royal notamment. Martine Aubry est dans un bon jour : même si elle explique qu'elles font « de la politique très différemment », elle lui reconnaît « une ténacité »« un courage » qu’« [elle] respecte ». Une vraie chic fille, on vous dit. Sauf avec Nicolas Sarkozy. Pour elle, le chef de l’Etat est incapable de fixer « un cap ». À tel point qu’elle en vient « finalement » à « regretter » Jacques Chirac car lui « avait au moins une qualité : connaître la réalité de la France ». Martine Aubry, elle aussi, la connaît « la réalité de la France ». Elle l’a prouvée le temps d’une émission de télé : elle est une Française vraiment comme les autres… 




(1) Une équipe d'Envoyé spécial était présente sur le plateau de Vivement dimanche. Elle suit depuis quelques jours Martine Aubry. Son portrait devrait être diffusé courant mai, avant les élections européennes...


Retrouvez les dessins de Rodho sur le site The Blorg corp.









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