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Aubry, Hollande, Montebourg, Royal: tractations primaires ou prématurées?

Mercredi 28 Septembre 2011 à 05:01 | Lu 8780 fois I 0 commentaire(s)

Gérald Andrieu et Philippe Cohen - Marianne

À l’approche du premier tour, certains chez Aubry et beaucoup plus clairement encore chez Hollande, pensent déjà aux ralliements pour le second tour. Entre info, intox, tentatives de séduction, choix cornélien, la marmite socialiste bouillonne !


Ils seront au second tour. Ils en sont sûrs. Les deux « gros » des sondages, Hollande et Aubry, et leurs entourages agissent comme tel en faisant notamment savoir que les « petits » et leurs équipes n’auront aucun mal à les rallier après le 9 octobre, date du premier tour de la primaire. C’est surtout le cas des hollandais d’ailleurs qui, à l’instar de leur chef de file, se montrent un peu trop disposés à brûler les étapes.


Dans l’entourage du Corrézien d’adoption, on faisait par exemple savoir dès La Rochelle que les lieutenants de Ségolène Royal, de Guillaume Garot à Jean-Jack Queyranne, en passant par Jean-Louis Bianco, Najat Vallaud-Belkacem et Delphine Batho, finiraient à l’évidence par les rejoindre ! Une affirmation accompagnée de doux mots à leur égard, eux ces « grands gestionnaires locaux »… D’ailleurs, à en croire ces hollandais un peu pressés d’en finir avec la primaire, il n’y aurait plus de contentieux d’ordre privé entre Ségolène Royal et François Hollande. Il existerait même désormais, disent-ils en substance, la possibilité d’écrire une nouvelle histoire commune, politique celle-là…


Du côté de chez Ségolène Royal, on ne semble avoir aucune envie d’envisager pareil scénario. Voilà qui ne ressemble pas à l’ex-candidate à la présidentielle que d’imaginer une défaite. Pas plus qu’à ses soutiens d’ailleurs… D’autant que la hache de guerre ne semble pas totalement enterrée par Royal. Après la Rochelle, la Dame du Poitou a souvent dit (en petit comité, certes), le peu de bien qu’elle pensait de Hollande. Et d’Aubry aussi parfois… Sur l’échelle de ses inimitiés, difficile de savoir lequel est en tête…


« L’affection » des ségolénistes est-elle « transférable » ?

Mais même s’ils rêvent de ralliements ségolénistes, les lieutenants du député de Corrèze estiment que « l’affection des électeurs de Ségolène Royal n’est pas totalement transférable ». En somme, si certains soutiens de Royal franchissent le guet, et même si Ségolène Royal en appelle ses électeurs à opter au second tour pour un vote François Hollande, le report de voix ne sera pas total. Un pressentiment que l’on retrouve d’ailleurs en filigrane dans les enquêtes d’opinion. « À chaque fois, le report des électeurs de Royal se partage au second tour à 50-50 ou presque sur Aubry et Hollande », explique Jérôme Fourquet de l’Ifop qui précise tout de même qu’il s’agit de « se montrer très prudent puisque les ségolénistes représentent 10 à 15% des échantillons » dans leurs sondages. 


Du côté de chez Aubry, on se montre beaucoup moins pressé que chez Hollande. Voilà qui est sans doute plus sage. Mais il est clair que le maire de Lille doit y songer elle aussi. Les mauvaises langues diront que son coup de fil à Royal pour lui souhaiter un bon anniversaire, évoqué par Le Parisien, n’est pas anodin. En tout cas, ce geste de franche camaraderie intervient après que Martine Aubry a fait savoir à quelques journalistes qu’elle avait trouvé « extrêmement durs les commentaires » des médias sur la prestation de Ségolène Royal lors du premier débat télévisé de la primaire. « Claire »,« combative »« sous-estimée dans les sondages », voilà les termes qu’elle utilise à son sujet. 


Les soutiens aubristes se montrent en revanche moins tendres avec Hollande. D’ailleurs, il en est pour faire remarquer qu’il sera difficile d’accueillir encore de nouveaux arrivants dans leur équipe après le premier tour. « Il leur a déjà fallu faire de la place pour Pierre Moscovici et ses amis, pour Vincent Peillon et les siens. Comment vont-ils faire ensuite ? Et, d’ailleurs, où est passé Vincent Peillon ? », s’interroge faussement l’un d’entre eux !


La démondialisation est-elle soluble dans le « social-libéralisme » ?

En tout cas, chez Hollande, ils se disent malgré tout prêt à faire de la place à Montebourg et son équipe. Pour eux, ça ne fait aucun doute : « Si Montebourg doit choisir entre le social-libéralisme (comprendre Hollande, ndlret le grand banditisme (en référence à Jean-Noël Guérini protégé, selon Montebourg, par Aubry, ndlr), Arnaud choisira sans aucun doute… le social-libéralisme » ! 


La démondialisation serait donc soluble dans le « social-libéralisme » de François Hollande ? Vraiment ? Voilà bien une question taboue pour Montebourg : le second tour. Le candidat lui-même refuse d’y penser : il veut croire en ses chances de figurer au deuxième round. Et pour cela, il ne faut pas que l’idée même d’une élimination effleure son cerveau, qui doit se concentrer sur le sprint de sa campagne. Comme Royal en définitive. Il reconnaît toutefois à demi mots, avec une certaine sagesse, que tous ses soutiens n’ont pas le même intérêt. « On n’en a jamais parlé », affirme Aquilino Morelle, l’ancienne plume de Lionel Jospin devenu l’un de ses conseillers les plus proches, pour lequel le candidat a autant de raisons d’en vouloir à Hollande qu’à Aubry. Lui-même a un vieux contentieux avec François Hollande qui, en validant en 2007 la candidature d’un radical de gauche dans la circonscription dans laquelle il était candidat, lui a plombé son siège de député. Pour lui, tout le sens de la campagne Montebourg est de montrer que « Hollande et Aubry c’est la même chose » à un chouïa près.  


Dans cette logique, pourquoi ne pas d’ores et déjà clamer que Montebourg laissera ses électeurs libres de se prononcer au second tour s’il n’est pas qualifié ? « Ce serait impensable », dit Thierry Mandon, le maire de Ris-Orangis allié à Montebourg.  D’ailleurs, dans la petite troupe des « caravaniers », ces trentenaires surdiplômés qui font la campagne d’« Arnaud », on se lâche : « C’est sûr que certains élus plaident pour Hollande. Mais on n’a pas les mêmes intérêts. Nous, on a trente ans, on ne cherche pas des circonscriptions ou des maroquins. » La confidence de François Hollande à Paris-Match sur l'air de « il faudra faire de la place, il y a des gens bien partout », qui citait Aquilino Morelle et Thierry Mandon, n'est pas faite pour les rassurer.


Chez Montebourg, « radio-moquette », la fréquence radio des bruits de couloirs, désigne d'ailleurs Thierry Mandon et Frédérique Bredin, qui refusent « absolument », l’un comme l’autre, d’évoquer le sujet. Un ami de Montebourg, homme de média profite de l’anonymat pour être plus cash : « Bien sûr qu’il faudra aller chez Hollande », comme s’il reprenait à son compte la saillie du hollandais sur le choix « entre le social-libéralisme et le grand banditisme »… Mais la prudence des Montebourgeois se comprend : l’idée de voir leur champion solder la démondialisation pour quelques circonscriptions ou porte-parolats serait une catastrophe industrielle pour le candidat. Voilà pourquoi la question du second tour reste tabou. Quant à Montebourg, il avoue franchement qu’entre un ralliement conditionnel et un refus de consigne de vote, il espère bien ne pas avoir à choisir. Sans compter que cela pose la question de l’avenir politique de son courant : que faire après la primaire ? Aucun scénario ne semble en vue pour le moment.  








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