Aubry, Hollande, Mélenchon, Montebourg, Joly, en Avignon, la gauche y danse
Vendredi 15 Juillet 2011 à 12:01 | Lu 8919 fois I 0 commentaire(s)
Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur
En attendant de reconquérir le peuple, la gauche affiche - presque - complet au festival d’Avignon.
Dans les rues d’Avignon, une troupe du « Off » se taille un beau succès. Mégaphone en mains, l’un de ses animateurs crie à la cantonade : « DSK est revenu. Il arrive à Avignon. Vite, fuyez, mesdames, il est encore temps ! ». Bon. Ce n’est qu’une plaisanterie dont on appréciera ou non le goût. Pour l’heure, même si certains sondages continuent d’évaluer sa cote de popularité, DSK fait plutôt penser au titre de la pièce de Vincent Macaigne, qui s’appelle : « Au moins, j’aurai laissé un beau cadavre » (un cadavre politique, s’entend).
A défaut d’avoir la visite de l’ex candidat favori des bourgeois de gauche (grands et petits), le festival accueille en cette fin de semaine tous les candidats de gauche à la présidentielle. C’est à croire que la reconquête du peuple passe par le « In », ce sommet du théâtre mode et tendance, lieu emblématique où il fait beau s’afficher pour attester que l’on appartient corps et âme au camp du Bien.
Le premier à être débarqué dans la Cité des papes est Jean-Luc Mélenchon, devenu le Benoît XVI du Front de gauche après sa béatification par le Pcf. Invité d’un forum culturel organisé par cette organisation, il s’est taillé un beau succès dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville, à quelques encablures de la Cour d’honneur où sa voix de stentor ne déparerait pas s’il avait opté pour une carrière théâtrale. On retrouvera le bouillant personnage sur l’estrade de l’université d’Avignon, pour une journée de débat organisée par Libération, vendredi prochain, aux côtés de quelques étoiles de la scène intellectuelle, ainsi que de Martine Aubry, de Manuel Valls et d’Eva Joly.
La candidate socialiste à la candidature honorera le festival de sa célébrissime présence durant trois jours. Modeste (c’est l’une de ses marques de fabrique), la nordiste de l’étape culturelle aime à confier qu’elle est une habituée des lieux et qu’elle aime à se couler dans le flot des festivaliers comme les bras de la Sorgue dans les ruelles de la rue de la Bonneterie. Sans doute. Reste que le prétexte culturel cache (mal) une démarche tenant plus de la com que d’une solidarité sans faille avec les intermittents du spectacle.
Son principal concurrent, François Hollande, fera lui aussi le déplacement. Cependant, il n’arrivera que dimanche, ce qui évitera toute scène de famille déplacée. On annonce même la venue d’Arnaud Montebourg, le chantre de la « démondialisation », mais l’évènement fait moins de bruit dans les chaumières médiatiques, où l’on a toujours préféré les stars du « In » aux besogneux du « Off ».
On dira qu’il n’y pas grand chose de nouveau sous le soleil de Provence. Il est vrai que la gauche est une habituée du festival d’Avignon, ses paillettes, ses débats et ses crêpages de chignon. On pourrait se féliciter de la voir prendre à bras le corps le sort d’une culture fort malmenée ces dernières années. En l’occurrence, ce débarquement en force tient plus de l’effet d’annonce et d’affichage que de l’engagement.
Tous ceux qui se pressent sur les marches du Palais des Papes s’intéressent plus à l’échéance présidentielle qu’à l’arrivée d’Olivier Py à la tête du festival en 2014, année où il devrait remplacer Hortense Archambault et Vincent Baudrier, les actuels co-directeurs, devenus les symboles vivants d’un spectacle qui ne l’est pas toujours.
L’avenir dira si la guerre d’Avignon était décisive pour gagner la bataille de la primaire. On comprend que Martine Aubry et ses petits camarades préfèrent s’afficher aux côtés des bobos du Vaucluse que d’expliquer le soutien du PS à la guerre de Libye, les encouragements adressés à Christine Lagarde lors de son entrée en fonction au Fonds Monétaire International (FMI), ou les amitiés particulières avec Georges Papandréou, premier ministre socialiste grec transformé en représentant local du FMI. Mais rien ne dit qu’un tel spectacle soit le meilleur moyen de regagner l’éthique perdue d’une gauche sans âme.
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