Aubry, Hamon, Peillon et les autres : poursuivons la crise !
Deux jours après la claque des européennes, le Conseil national du PS qui se tenait à huis clos a surtout abordé les questions de forme. Pour les questions de fond, c’est «circulez-il-n’y-a-rien-à-voir» pour l'instant…
Dimanche, la maison socialiste a tremblé. Elle a tremblé si fort que le Conseil national, qui s’est tenu hier en fin de journée à Paris, aurait pu en venir à demander la tête de la taulière, Martine Aubry. Impossible n’est pas socialiste ! Mais finalement la tête du maire de Lille est restée solidement accrochée au reste de son corps. À l’exception d’un Malek Boutih pas avare en phrases assassines (« Il vaut mieux changer de premier secrétaire tous les six mois que de perdre les élections tous les six mois »), les caciques du PS ont décidé de ranger (temporairement ?) leurs couteaux et leur égo aux vestiaires. Certains n’hésitaient pas, d’ailleurs, à expliquer que la « prise de conscience » était plus importante, hier, qu’au lendemain du « 21 avril 2002 » !
Cela, bien entendu, seul l’avenir le dira. D’autant que ce Conseil national n’a pas vraiment jeté les bases d’une refondation du PS et a surtout consisté en une « belle » séance de replâtrage. De fond, d’idées et d’orientation politique, il n’en a été quasiment pas question. C’est la forme qui a été revue et corrigée. Martine Aubry a en effet annoncé plusieurs changements en matière de « gouvernance » du parti. Lesquels ? À la tribune, la Première secrétaire a été extrêmement floue. C’est un de ses proches qui s’est chargé de faire la traduction de ses propos aux journalistes tenus à bonne distance des « débats ».
Royal à l’International
Le secrétariat national resterait inchangé, mais ne se réunirait plus qu’une fois par mois. En revanche, une équipe resserrée, composé de quinze membres, (dont pourraient faire partie Pierre Moscovici) devrait voir le jour. Cette « dream team » se réunira chaque semaine autour de Martine Aubry. De quoi pacifier le Parti socialiste en associant à la direction ceux dont les critiques étaient les plus virulentes. Dans le même ordre d’idée, une sorte de comité des sages, de conseil « des grands-parents » selon la formule pas très heureuse du collaborateur de Martine Aubry, va voir le jour : devraient y siéger des « personnalités éminentes » du parti comme François Hollande, Laurent Fabius ou bien encore Ségolène Royal.
Cette dernière hérite au passage de la vice-présidence de l’Internationale socialiste (une annonce qui n’a pas déclenché l’euphorie dans les rangs des conseillers nationaux). Ce poste, en tout cas, aura le mérite de satisfaire sa soif de « voyages ». De là à la combler totalement, c’est une autre histoire. Hier matin, il semble que la garde rapprochée de la dame du Poitou avait en tête de mettre la main sur les secrétariats aux élections et aux fédérations ainsi que sur le poste de porte-parole !
Hamon rentre dans le rang
Malgré sa défaite, Benoît Hamon a décidé de conserver ce poste. Pourtant, le chef de file de l’aile gauche du parti a longuement hésité. Lundi, on le disait même sur le point de quitter la majorité. Finalement, hier, après une réunion de sa motion à l’Assemblée nationale, il débarquait au Conseil national flanqué de Razzy Hammadi et Henri Emmanuelli et expliquait, visiblement plus convaincu qu’une partie de ses troupes, que « ce [n’était] pas avec une révolution de palais qu'on y arrivera... »
Voilà en gros pour la forme. Le fond, lui, n’a donc été qu’effleuré. À la tribune comme lors des interviews donnés aux journalistes, c’est une logomachie — dont seuls les socialistes ont le secret — qui a été servie : « Il nous faut redéfinir un projet », « Le parti est sclérosé », « Le PS doit se dépasser »... Le fond, pourtant, il faudra bien l’aborder. Sans quoi, certains prédisent à nouveau « le pire » au Parti socialiste. «Le pire», ce pourrait être dans six mois. Martine Aubry s’est en effet donnée « six mois pour changer de cap ». Pour faire naître un projet cohérent et crédible, c’est très court. Surtout que la confiance règne : Henri Emmanuelli a demandé à Martine Aubry de coucher sur le papier ses engagements ! Nul doute que dans six mois, jour pour jour, ce document lui sera agité sous le nez…
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