Au théâtre ce soir: le clan Cohn-Bendit n'a plus le moral
Les Verts ont accepté, sur le principe, de se dépasser et de se fondre dans une seule et même formation politique. Voilà une décision qui devrait réjouir Daniel Cohn-Bendit. Sauf qu'au premier jour du rassemblement des écolos à Nantes, lui et son camp semblent craindre maintenant la main mise des Verts sur le nouveau-né. Paradoxal mais théâtral...
Deux pièces de théâtre pour le prix d’une. Europe écologie sait soigner son public… Hier, au premier jour de l’université d’Europe écologie à Nantes, ce sont bien deux pièces de théâtre qui ont été interprétées simultanément. L’une sous les feux des projecteurs. L’autre en coulisses. Mais au fond, le sujet est le même : Daniel Cohn-Bendit est en train de perdre pied…
La plus médiatique de ces deux pièces ? Un vaudeville où l’on ne claque pas (encore) les portes, mais presque ! Son titre ? « Dany, le rouge versus Jean-Vincent, le Richelieu vert ». La trêve entre les deux hommes n’aura même pas duré le temps d’un été. En juin dernier, Jean-Vincent Placé, le « second » de Cécile Duflot, avait suscité la colère de Daniel Cohn-Bendit en qualifiant de « bide » les débats sur la structuration du mouvement. Et voilà qu’il nous le fâche à nouveau en laissant entendre que ça y est, ce serait plié, Europe écologie aurait opté pour une ligne « anticapitaliste ». Du pain béni pour les journalistes pour leur premier jour à Nantes, certains n’hésitant pas à lui proposer d’en débattre directement avec Placé ! Cohn-Bendit passe son tour et le tribun-comédien qu’il est, préfère leur jouer tous les registres possibles. Celui de l’homme en colère aux répliques assassines, mais aussi celui de l’homme « lassé » de tous ces débats et qui affirme finalement avoir « sa carrière derrière [lui] ».
L’homme surjoue souvent et sait même mettre en scène ses propres reculades (comme l’invitation finalement annulée de Rama Yade à Nantes) pour mieux pointer du doigt le « sectarisme » de ses « camarades » Verts. Est-ce une nouvelle fois le cas ? Ou l’affaire serait-elle vraiment entendue ? Europe écologie pointerait désormais aux rayons des formations politiques anticapitalistes, aux antipodes des envies d’ouverture et de rassemblement de DCB ? S’il craint que la ligne d’Europe écologie lui échappe, c’est bien parce qu'il a le sentiment que la structure Europe écologie, aussi, est en train de lui filer entre les pattes. Noël Mamère le dit à sa façon. Dany, selon lui, souffrirait d’un « baby blues » : « Il a envie qu’Europe écologie, à qui il a donné naissance, soit un objet politique nouveau, avec des mots nouveaux. »
Et pas un « objet politique » confisqué par les Verts. C’est là que se joue une autre pièce. Plus discrète et à huis clos celle-là, qui a débuté à la veille de l’ouverture officielle des « Journées d’été » des écologistes. Mardi, leurs instances dirigeantes se sont réunies. Et ô surprise voilà que les Verts (jusque-là très réticents à l’idée de devoir se fondre dans une seule entité) acceptent d’aller vers ce qu’à Europe éco l’on nomme quasi technocratiquement un « mouvement unifié écologique ». L'idée est pourtant simple : une même formation pour tous. Voilà qui devrait réjouir Daniel Cohn-Bendit ? D’ailleurs, la joie est de rigueur pour tous, au lendemain de cette réunion. Façon « Embrassons-nous Folleville », tout le monde y va de son petit « Europe écologie va bien, tout va bien » : « Les vacances ont fait du bien à tout le monde », confie par exemple l’eurodéputée Verte Karima Delli ; « Nous sommes parvenus à un large consensus sur la forme et sur le calendrier », se réjouit pour sa part Mickaël Marie, trésorier des Verts ; « J’ai connu des réunions très musclées, plaisante Sandrine Bélier eurodéputée non-Verte, mais cette fois on peut dire qu’il y a une volonté commune. »
Certes. Sauf qu’à l’abri des micros et des caméras indiscrètes, chez les partisans de Cohn-Bendit, l’heure est à la peur (ou à la parano, c’est au choix). « C’est trop facile. Le changement de pied est trop soudain. Il se passe un truc », explique un membre du bureau exécutif tendance DCB, qui discerne une tentative des Verts de mettre la main sur la nouvelle structure. Notamment avec le « Groupe 4 », un groupe chargé justement de travailler sur sa structuration et composé à parité de Verts et non-Verts, mais qui doit conjuguer avec 21 Verts supplémentaires. Et pour un autre membre de l’exécutif d’imaginer derrière la grande tablée d’un récent repas organisé par Cécile Duflot une entrée en campagne pour prendre la tête d’Europe écologie dans sa nouvelle version. Dans le camp Cohn-Bendit, ça sent la panique. La vraie. Pas celle que l’on joue au théâtre...
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