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Au secours, un ouvrier est passé à la télé!

Régis Soubrouillard - Marianne | Mercredi 9 Septembre 2009 à 17:01 | Lu 21461 fois

Invité de l'émission Mots Croisés, le syndicaliste Xavier Matthieu, s'en est pris violemment à Frédéric Lefebvre, une parole populaire qui retentit comme une explosion alors que le débat politique est confisqué par ceux qui détiennent la parole et qui prend d'autant plus de résonance quand on voit les efforts déployés par la présidence de la République pour éviter toute expression contestataire.




Tous les grands partis français sont devenus des machines électorales, peuplées d’experts, habituées à fonctionner en vase clos. La seule rencontre avec le peuple est devenu un exercice de haute voltige, une plongée dans l’inconnu. Alors,  on tâte « la réalité du terrain Â», entourés de cohortes de gardes du corps…social.  Le référendum sur la Constitution européenne de 2005 a été un révélateur puissant de cette  rupture de l'alliance entre le peuple et le monde des gouvernants. Réuni à Versailles, le congrès avait déjugé le peuple de France. Un « succès politique Â» selon Sarkozy.

Au début de sa présidence, Sarkozy avait bien tenté de donner l’image d’un président proche des Français, prêt se frotter à la rudesse populaire, quitte à payer de sa personne. Crise aidant, la situation sociale s’est rapidement dégradée. Attendu en octobre 2008 à l’usine Renault de Sandouville, Sarkozy se voit contraint de renoncer à son traditionnel discours entouré d’ouvriers (Tiens, tiens…) quand son cabinet lui apprend que 450 manifestants grévistes l’attendent de pied ferme.

Une France en rang d'oignons

Depuis, comme l’a montré l’épisode Faurecia, il n’est plus question pour Sarkozy de prendre le risque de croiser un ouvrier grincheux, pas plus qu’il n’est envisageable de bousculer le plan com’ de la présidence. La présidence sélectionne ses sujets. Sages de préférence. Le président écoute et consulte des citoyens dans une France en souffrance certes mais obéissante et qui l'accueille en rang d'oignons..

Souvent réduite à l’invisibilité médiatique – il n’y aurait plus d’ouvriers en France, entend-on parfois. D’ici à ce que le peuple disparaisse…- la parole ouvrière retentit comme une explosion lorsqu’elle se fait entendre, portée par un Xavier Mathieu par exemple, employé de chez Continental.

Invité de l’émission Mots Croisés d’Yves Calvi, il s’en est pris violemment cette semaine à Frédéric Lefebvre : « Vous aviez promis que vous mettriez les dirigeants de Continental devant la justice. Les seuls qui y sont aujourd’hui ce sont les ouvriers de Continental ! Vous parlez d’équité. Y’a pas d’équité. Vous protégez les patrons qui licencient ! Ne me regardez pas avec votre regard méprisant !» a-t-il lancé.A des années lumière d'un Bernard Thibault, dont le discours formaté sied très bien aux négociations des salons feutrés de l’Elysée.

Réapprendre l'art de la controverse

Quelque peu désemparé, Lefebvre est allé au charbon et ne s’est pas démonté pour autant renvoyant dos à dos les patrons voyous et les syndicalistes voyous. Même Benoit Hamon, représentant du PS, semblait éberlué de cette rencontre impromptue et batailleuse avec ce que le corps politique appelle communément les « vrais gens Â». Pour une fois invités à s’exprimer « en direct Â» émancipés de la tutelle sondagière, qui réduit le peuple à des personnes représentatives, où toute opinion est un pourcentage aussi calibré qu’inoffensif.

Faisant le constat de l’abîme existant entre les classes privilégiées satisfaites de la mondialisation et des citoyens affrontant de dures réalités, l’intellectuel américain Christopher Lasch appelait à réapprendre « l’art de la controverse pour qu’existe un débat public plutôt que d’inonder les citoyens d’informations qui n’ont pas de sens en l’absence de discussion. L’isolement croissant des élites signifie entre autre chose que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire, le débat politique se restreignant aux classes qui détiennent la parole ».

En ce sens, la communication politique et tout ce qui  contribue à  « encadrer Â» -manipuler ?- quotidiennement le débat public, et de fait médiatique, pour donner l’illusion d’un unanimisme de façade - casting d’ouvriers, d’employés de supermarchés, de jeunes de banlieue, sélection des journalistes officiels, quoi d’autre demain ?- constitue, n’en déplaise à nos amis de Causeur, une forme d’atteinte à la démocratie.




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