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Au foot, c'est sûr, c'était mieux avant...

Vendredi 18 Juin 2010 à 17:01 | Lu 12062 fois I 45 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Les bleus ont perdu le mondial. Mais le foot aussi est vaincu. Guerre des clans, protection, pression, mercato, le vocabulaire du foot moderne est pour le moins belliqueux. Rien à voir avec le souci de groupe, d'amitié et l'attention portée à la formation des plus jeunes qui animait par exemple les dirigeants de l'AS Saint-Etienne des années 60-70. Un document d'archive de l'INA témoigne des dégâts du foot-spectacle.




C’était mieux avant ! Le foot aussi. Le refrain est connu. Lassant. On s'en passera. Pourtant, face à la pauvreté du spectacle et la misère émotionnelle offerte, l’heure est à la nostalgie. Sur le net, les sites, blogs et forums de « footnostalgie » font florès. Jeu standardisé, overdose de sponsors, joueurs muets sur et en dehors du terrain etc. Le monde du foot a bien retenu la leçon : le spectacle est d'abord une marchandise à ceci près que le foot-spectacle ne tient justement pas son ambitieuse promesse. Ni foot, ni spectacle. 

Le premier tour de poule de la Coupe du Monde ne changera pas grand chose à ce sinistre constat. 
Une simple plongée dans les archives de l’INA suffira à prendre conscience de l’évolution de la situation : 1968, champion de France, Saint-Etienne domine le foot français des pieds, de la tête et des épaules. Dans ses rangs, un certain Aimé Jacquet.
Sur le banc, l’entraîneur Albert Batteux tire sur sa clope. Le président du club, Roger Rocher n’est pas un ancien président de chaîne de télé ou l’ancien directeur de cabinet d’un président de la République.

La joie du ballon rond

Les questions du journaliste, Léon Zitrone en l'occurrence, paraissent complètement surannés : « ces jeunes gens, Monsieur le président, ces onze garçons qui jouent, comment les sentez-vous dans votre cœur, sont-ils vos fils ? ».
Roger Rocher hésite : « Oui, pas tout à fait mais ils sont plus que des employés, ce sont des amis car vivre avec un club, une équipe, tous les dimanche, je dois évidemment, me conduire en tant que président, mais il est nécessaire que je leur fasse sentir une certaine amitié ».

Pendant que le journaliste commente le souci du club pour la formation de ses jeunes, on voit à l’écran ces stars qui n’en étaient pas, jouer tous les jeudis (le mercredi de l'époque) avec des gamins de l’ASSE pour « leur donner la joie. Ils pourront dire : « Vous vous rendez compte, j’ai appris le football avec Keita et Herbin ».
Images et paroles d’un autre temps. C’est peu dire quand nos divas du ballon rond, aussi imbues d’elles-mêmes qu’immatures, casques sur les oreilles, leur dur labeur accompli, daignent tout juste donner un maillot pour une cause humanitaire, accorder un autographe ou une photo sous l’œil des caméras avant de monter dans leurs bolides.  

Autant dire qu’il n’est pas né celui qui pourra dire un jour, « j’ai appris le foot avec Benzema et Henry ». Et quand bien même, ne pensant qu'à sa future carrière, peut-être qu’il s’en fout de ses glorieux aînés plein d'arthrose qui n’avanceront plus.

L'amitié ou la guerre des clans

Le journaliste s’enquiert du malheur de ces joueurs qui viennent se confier à leur président quand les seuls rapports entre joueurs et présidents relèvent désormais de la négociation des primes d’après-match. On le voit quand les caméras de Canal-Plus s’infiltrent dans les vestiaires. « La prime !!!! la prime !!!» crient les joueurs qui attendent l’entrée du président qui annoncera le montant du pactole : 100.000, 200.000 euros c’est selon.    

Avec l’entraîneur, Albert Batteux, l’entretien dure. Longtemps. L’homme est disponible. Le thème des relations avec les joueurs revient sur le tapis. L’amitié, toujours l’amitié quand nos envoyés spéciaux n’évoquent que des rivalités entre clans, conflits d’ego, une équipe qui ne fonctionnerait que par « affinités sélectives ».

Et le journaliste de citer Tolstoï. En nos temps post-modernes du ballon rond où il n'est question que de spectacle, précisons à nos athlètes que Tolstoï n’est pas une console de jeu !


Lire Histoire du du foot spectacle sur le site La vie des idées

Au foot, c'est sûr, c'était mieux avant...








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