Au cœur de la manif: mille raisons de dégager Sarkozy tous ensemble
Jeudi 29 Janvier 2009 à 19:40 | Lu 13840 fois I 65 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
Réforme du Bac pro, travail le dimanche, casse sociale dans la fonction publique… Petit tour d’horizon des syndicats et secteurs, publics et privés confondus, qui partagent tous la même colère contre Sarkozy et le sarkozysme.
(photo SL)
Associations en danger, Sauvons la psychiatrie, Sauvons la statistique publique… Etirées sur les boulevards ce jeudi 29 janvier, les banderoles déclinaient toutes les revendications de tous les secteurs, de Bastille à Opéra, dans un cortège interminable de slogans. « Et là, tu la vois ma grève ! », lançait un camion de la CFTC pendant que d’autres trouvaient mille et une façons de ridiculiser, accuser et menacer Nicolas Sarkozy, cible de tous les manifestants.
Tous contre le Président ? Quand il faut évoquer les motivations de la marche, personne ne peut s’empêcher de parler de « lui », de « son » gouvernement, de « ses » réformes ou de « son » plan de relance. A hauteur d’un cortège CGT, des jeunes lancent au micro « Sarkozy démission ». Après un tour parmi les manifestants, le doute n’était plus permis : malgré la multiplicité des cas particuliers, c’est Sarkozy qui a fait descendre les Français dans la rue.
Cette grève est-elle pour vous une grève politique dirigée contre Nicolas Sarkozy et sa politique ou une grève de revendications ?
Tous contre le Président ? Quand il faut évoquer les motivations de la marche, personne ne peut s’empêcher de parler de « lui », de « son » gouvernement, de « ses » réformes ou de « son » plan de relance. A hauteur d’un cortège CGT, des jeunes lancent au micro « Sarkozy démission ». Après un tour parmi les manifestants, le doute n’était plus permis : malgré la multiplicité des cas particuliers, c’est Sarkozy qui a fait descendre les Français dans la rue.
Cette grève est-elle pour vous une grève politique dirigée contre Nicolas Sarkozy et sa politique ou une grève de revendications ?
(photo SL)
Marie, médiatrice scientifique au Palais de la découverte, non syndiquée
« Oui, c’est une grève politique contre Sarkozy. Un article de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) prévoit la fusion du Palais de la Découverte et de la Cité des Sciences, sous prétexte de faire des économies d’échelle. La conséquence concrète, ce sera une uniformisation de l’offre, une réduction des effectifs… le tout dans une opacité totale.
Ce texte, c’est le gouvernement de Nicolas Sarkozy qui l’a signé. Il a tout fait pour ses copains et rien pour améliorer les droits des gens à la santé, au logement… La culture aussi est un droit et le président de la République l’a tout particulièrement écorché. »
« Oui, c’est une grève politique contre Sarkozy. Un article de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) prévoit la fusion du Palais de la Découverte et de la Cité des Sciences, sous prétexte de faire des économies d’échelle. La conséquence concrète, ce sera une uniformisation de l’offre, une réduction des effectifs… le tout dans une opacité totale.
Ce texte, c’est le gouvernement de Nicolas Sarkozy qui l’a signé. Il a tout fait pour ses copains et rien pour améliorer les droits des gens à la santé, au logement… La culture aussi est un droit et le président de la République l’a tout particulièrement écorché. »
(photo SL)
Patrice, guichetier au Crédit foncier, CGT
« Bien sûr que c’est une manifestation politique : tous ceux qui sont là le sont pour remettre en cause le prétendu plan de relance du Président et défendre le service public. Les gens manifestent contre des orientations du sarkozysme.
Au Crédit foncier, nous sommes en pleine renégociation salariale : la direction prétend que tout va bien alors que le groupe Caisse d’épargne auquel nous appartenons a essuyé de lourdes pertes. On a adopté les méthodes du privé alors qu’on a toujours eu une mission d’aide à l’immobilier que ces circonstances remettent en cause. Contre cette logique, on espère que cette journée lancera une dynamique pour tous les Français. »
« Bien sûr que c’est une manifestation politique : tous ceux qui sont là le sont pour remettre en cause le prétendu plan de relance du Président et défendre le service public. Les gens manifestent contre des orientations du sarkozysme.
Au Crédit foncier, nous sommes en pleine renégociation salariale : la direction prétend que tout va bien alors que le groupe Caisse d’épargne auquel nous appartenons a essuyé de lourdes pertes. On a adopté les méthodes du privé alors qu’on a toujours eu une mission d’aide à l’immobilier que ces circonstances remettent en cause. Contre cette logique, on espère que cette journée lancera une dynamique pour tous les Français. »
Crédit : SL
Benoît, technicien à Radio France, Sud
« On est vraiment dans une manifestation politique : quand tous les secteurs se réunissent dans la rue parce qu’ils se sentent tous menacés, c’est l’ensemble du pays qui se défend contre les attaques qui lui sont portées.
Chez Radio France, le budget des CDI a été bloqué pendant de nombreuses années alors que l’évolution des technologies impliquait de plus en plus de besoins en personnel. Aujourd’hui, Bercy réduit notre budget CDD et nous dit de nous débrouiller avec : certains employés en CDD depuis plus de deux ans ne sont pas reconduits. On nous coupe les moyens de défendre une information pluraliste et de qualité. »
« On est vraiment dans une manifestation politique : quand tous les secteurs se réunissent dans la rue parce qu’ils se sentent tous menacés, c’est l’ensemble du pays qui se défend contre les attaques qui lui sont portées.
Chez Radio France, le budget des CDI a été bloqué pendant de nombreuses années alors que l’évolution des technologies impliquait de plus en plus de besoins en personnel. Aujourd’hui, Bercy réduit notre budget CDD et nous dit de nous débrouiller avec : certains employés en CDD depuis plus de deux ans ne sont pas reconduits. On nous coupe les moyens de défendre une information pluraliste et de qualité. »
(photo SL)
Thierry, enseignant en lycée pro, FO
«C’est une manifestation avant tout syndicale mais il y a bien un ras-le-bol général sur toutes les politiques mises en place par le gouvernement Sarkozy, notamment sur l’éducation. Nous sommes aussi là par solidarité avec le privé et les plans de licenciements en cours.
Les profs sont là pour protester contre la casse programmée de l’éducation nationale : avec tous les plans Darcos et Pécresse, ça va de la maternelle à l’université. Rien que sur le Bac pro, la réforme est catastrophique : jusqu’ici, il fallait faire 2 années de BEP et 2 années de Bac pro. Maintenant, ils voudraient ne plus avoir qu’un Bac pro en 3 ans, pour économiser un an et donc les 25% de profs qui vont avec. On va donc demander à des jeunes en difficultés, comme la plupart de ceux qui passent en filière pro, de réussir en 3 ans ce qu’ils avaient du mal à finir en 4. Sans compter que 5% des Bac pro sont reconnus dans les conventions collectives alors que tous les BEP le sont. Pour ceux qui n’arrivaient pas aux bout des 4 ans, ça faisait une sécurité. Avec la réforme, cette sécurité va disparaître.»
«C’est une manifestation avant tout syndicale mais il y a bien un ras-le-bol général sur toutes les politiques mises en place par le gouvernement Sarkozy, notamment sur l’éducation. Nous sommes aussi là par solidarité avec le privé et les plans de licenciements en cours.
Les profs sont là pour protester contre la casse programmée de l’éducation nationale : avec tous les plans Darcos et Pécresse, ça va de la maternelle à l’université. Rien que sur le Bac pro, la réforme est catastrophique : jusqu’ici, il fallait faire 2 années de BEP et 2 années de Bac pro. Maintenant, ils voudraient ne plus avoir qu’un Bac pro en 3 ans, pour économiser un an et donc les 25% de profs qui vont avec. On va donc demander à des jeunes en difficultés, comme la plupart de ceux qui passent en filière pro, de réussir en 3 ans ce qu’ils avaient du mal à finir en 4. Sans compter que 5% des Bac pro sont reconnus dans les conventions collectives alors que tous les BEP le sont. Pour ceux qui n’arrivaient pas aux bout des 4 ans, ça faisait une sécurité. Avec la réforme, cette sécurité va disparaître.»
(photo SL)
(photo SL)
Jean-François, employé de la métallurgie, CFTC
« Nous sommes d’abord ici sur des revendications, nous nous refusons à tout alignement politique ou bien à confondre la personne et la fonction. Notre société de semi-conducteur risque d’être vendue aux Russes mais nous sommes surtout là à cause des problèmes de pouvoir d’achat : on trouve des milliards pour sauver des banques et rien pour ceux qui trinquent, à savoir les employés.
On est aussi là par solidarité pour s’élever contre le travail le dimanche : dans notre industrie, on a commencé à bosser volontairement le week-end en 1995. Aujourd’hui, on embauche en 4x12 heures avec samedi, dimanche et nuits banalisés. Il faut que les gens des autres secteurs se rendent compte de ce qui les attend. »
« Nous sommes d’abord ici sur des revendications, nous nous refusons à tout alignement politique ou bien à confondre la personne et la fonction. Notre société de semi-conducteur risque d’être vendue aux Russes mais nous sommes surtout là à cause des problèmes de pouvoir d’achat : on trouve des milliards pour sauver des banques et rien pour ceux qui trinquent, à savoir les employés.
On est aussi là par solidarité pour s’élever contre le travail le dimanche : dans notre industrie, on a commencé à bosser volontairement le week-end en 1995. Aujourd’hui, on embauche en 4x12 heures avec samedi, dimanche et nuits banalisés. Il faut que les gens des autres secteurs se rendent compte de ce qui les attend. »
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