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Au Monde, le départ de Dumay met Alain Minc en position délicate

Mercredi 30 Janvier 2008 à 17:27 | Lu 14636 fois I 0 commentaire(s)

Philippe Cohen

Dans une lettre-testament envoyée mercredi aux membres du Bureau de la Société des rédacteur, le Président démissionnaire dresse un portrait accablant des actionnaires externes. Le Monde est plus que jamais dans la crise.


Au Monde, le départ de Dumay met Alain Minc en position délicate
Le conflit du Monde est difficile à décrypter pour un observateur externe. Mais faire un effort vaut le coup. Non seulement parce qu’il s’agit du destin de l’un des seuls journaux français indépendants, mais aussi parce que restituer les éléments de la bataille du Monde permet d’accèder à un drame shakespearien de haute portée sociale. Rappel du dernier épisode : vendredi 25 janvier, les actionnaires externes, à l’exception notable de Claude Perdriel, le patron du groupe Nouvel Observateur, ont soumis les journalistes de la SRM à une forme de pression, de chantage, disent les journalistes, inédite dans l’histoire de l’institution, en exigeant la démission de ses fonctions de Jean-Michel Dumay, le chef de la Société des Rédacteurs du Monde (SRM), premier actionnaire du groupe.
Cette démission était exigée en échange de la promesse de voter pour élire Eric Fottorino à la tête du Directoire du Groupe. Mais cette promesse aurait-elle été tenue ? Cette question a fait l’objet d’un débat houleux de plusieurs heures : les membres de la SRM étaient persuadés qu’une fois Dumay poussé à la démission, Minc et ses amis refuseraient de voter pour Fottorino, afin de mettre le groupe Le Monde entre les mains du tribunal de commerce, ainsi que le souhaitait Alain Minc depuis le début, ce qui aboutirait à une prise de contrôle par les groupes Lagardère et Prisa. Comment expliquer sinon l’acharnement d’Alain Minc à exiger que la démission de Dumay soit actée avant le vote pour ou contre Fottorino ? Quoiqu’il en soit, Claude Perdriel, bientôt suivi par d’autres actionnaires, a refusé le procédé. Il s’en est suivi une grande confusion aboutissant à un vote simultané, Béatrice Gurrey tenant fermement la lettre de démission jusqu’à l’enregistrement du vote en faveur de Fottorino, au milieu des cris et des hurlements…
La réunion du Conseil de surveillance du 25 janvier, pour laquelle des patrons de grands groupes tels Didier Quillot de Lagardère Active et d’autres pointures du CAC 40 ont dû poireauter plusieurs heures, restera comme un haut fait de l’histoire du capitalisme français…

Minc en difficulté
Avec sa démission immédiate de la SRM, annoncée lundi 28 janvier par Jean-Michel Dumay (voir encadré), le conflit interne au quotidien risque de rentrer dans une nouvelle dimension. Le geste d’un Jean-Michel Dumay à bout de nerfs, largement fondé sur les pressions psychologiques auxquelles il est quotidiennement soumis depuis plusieurs mois, a surpris, y compris ses confrères du bureau de la SRM. Il prend à contre-pied tout ce qui se dit depuis des mois parmi les actionnaires externes du groupe Le Monde, et rend difficile, après une telle démission, de continuer à présenter le patron de la SRM comme un activiste assoiffé de pouvoir. En outre, la démission de JMD, au lieu de libérer Alain Minc, le met en difficulté :
1) Dans son interview à Libération, le Président du Conseil de surveillance du Monde, qui refuse de répondre aux questions de marianne2, avait indiqué qu’il voulait bien démissionner si Dumay quittait la présidence de la SRM. JMD compte bien le mettre en demeure vendredi, lors du prochain Conseil de surveillance, de tenir son engagement.
2) Le geste de Dumay, son refus de rester dans une logique de conquête du pouvoir, a fait basculer en sa faveur toute l’opinion interne au groupe. «Si on votait aujourd’hui, 80% des journalistes plébisciteraient Dumay», explique un journaliste assez réaliste sur les rapports de force internes. Mardi 29 janvier, les syndicats du pôle magazine du groupe, généralement plutôt chiches à l’endroit de la SRM, ont publié un communiqué de soutien à Dumay.
3) La pression interne au Monde en faveur du départ de Minc devient très forte. Un texte exigeant son départ circule. Les journalistes, qui étaient 150 à la réunion d’information de mardi 29 janvier, sont partagés entre la colère et le découragement, voire le dégoût devant le comportement des actionnaires internes et la « victoire de Minc ». Les membres de la SRM doivent même retenir leurs troupes qui ont envie d’en découdre, voire de s’en prendre à Eric Fottorino accusé, jusque sur les murs de l’ascenseur, d’avoir trahi les journalistes. Le nouveau patron du Monde aura fort à faire avec une société des rédacteurs qui sera plus que jamais encline à surveiller de près sa gestion. « Nous allons entamer les discussions sur le plan d’économies et la recapitalisation va démarrer dans les pires des conditions », analyse un syndicaliste du groupe.
4) Il n’est pas impossible que certains actionnaires externes, qui critiquent volontiers Minc dès que ce dernier a le dos tourné, le poussent également à la démission, le départ simultané de Minc et de Dumay offrant, seul, une garantie d’apaisement.
Prenant les devants devant la colère qui monte à son endroit, Alain Minc a fait dire qu’il était prêt à partir s’il avait la garantie de la démission effective et immédiate de Dumay.

Un vaisseau sans capitaine ?

Qui le remplacera ? Certains membres du Conseil de surveillance semblaient désigner Jean-Louis Beffa de Saint Gobain, comme un successeur provisoire possible de Minc. Mais, violemment mis en cause pour son comportement lors du Conseil de surveillance de crise du 25 janvier, Beffa risque de ne pas recueillir les suffrages des actionnaire internes et notamment de la SRM, encore sous le choc après la démission de Dumay.
Ce dernier a écrit mercredi après-midi une nouvelle lettre circonstanciée aux membres du Bureau de la SRM, lettre dans laquelle il dénonce Alain Minc, mais aussi Jean-Louis Beffa, Pierre Lescure et Régis de Larouillère, qui continue de siéger alors qu’il a été limogé pour faute grave par Méderic, la mutuelle qui l’employait, aujourd’hui dirigée par Guillaume Sarkozy. Dumay annonce qu'il envisage de donner des suites judiciaires à ec qu'il considère comme un «viol de conscience.» Dans sa conclusion, Jean-Michel Dumay déclare que, compte tenu des conditions dans lesquelles il a été élu, il ne reconnaît plus Eric Fottorino comme patron légitime. Sa lettre, une sorte de testament politique, fait penser à la blague dans laquelle Sarah, l’épouse de Moshé, ferme la fenêtre après avoir dit à son voisin David que Moshé ne pourrait pas le rembourser et déclare à son époux : « Tu peux te recoucher et dormir. Maintenant, c’est lui qui ne dormira plus. » Contraint de livrer à la SRM un testament douloureux, Dumay offre à la SRM la redoutable mission de s’avérer digne de lui…
Bref, à l’heure qu’il est, on ne sait toujours pas qui va tenir le gouvernail du Monde.
Le conseil de surveillance ? En cas de confirmation de la démission de Minc, tout l’enjeu est de savoir qui va le remplacer. Les candidats acceptables par Minc – Pierre Lescure (qui siège au Conseil de surveillance du groupe Lagardère) hier, à présent Jean-Louis Beffa – ainsi que ceux qu’il a récusés – Mathieu Pigasse notamment – semblent se neutraliser. Les actionnaires internes pourraient soutenir Claude Perdriel comme « pape de transition » jusqu’à la désignation d’un nouveau Président une fois le plan de restructuration (plusieurs dizaines de suppressions d'emplois) et l’éventuelle recapitalisation adoptés.
La vice-présidence du groupe, c’est à dire le nouveau gestionnaire ? Eric Fottorino doit en théorie valider la candidature de David Giraud, l’ancien directeur général des Echos, dernier candidat en lice, alors qu’Alain Minc soutenait lui, Pierre-Jean Bozo, du groupe Vingt Minutes.
La Société des rédacteurs ? En principe, une fois la démission de Dumay effective, Béatrice Gurrey, vice-presidente en prendra la rênes.
Dans ce maelstrom, Il faut craindre que la bataille entre Minc et Dumay se poursuive, via des proches des deux protagonistes. Si ce conflit a revêtu, en apparence, une dimension personnelle aigüe, il symbolise aussi une bataille frontale entre une certaine idée du journalisme et une certaine idée du capitalisme.


Retrouvez les précédents épisodes du feuilleton du Monde:
Le 26 janvier
Le 16 janvier
Le 11 janvier
Le 21 décembre

Au Monde, le départ de Dumay met Alain Minc en position délicate
La lettre envoyée lundi 28 janvier par Jean-Michel Dumay aux membres de la SRM

Bonjour à tous,

Suite au communiqué interne d'Eric Fottorino et à ses déclarations dans la presse de ce jour et compte tenu de ce que j'ai vécu, vendredi 25 janvier, au conseil de surveillance, je vous informe, comme je viens de le faire auprès du conseil de gérance de la SRM ce midi, que je remettrai mon mandat de président à la disposition de celui-ci à l'issue des prochains conseils de surveillance des sociétés Le Monde et partenaires associés (LMPA), Le Monde SA et Société éditrice du Monde (SEM). J'annoncerai alors ma démission du poste de vice-président de ces conseils.

Vendredi, me refusant la confiance sur des perspectives d'apaisement que j'avais proposées en toute sincérité à Etienne Pflimlin, j'ai dû signer sous la contrainte d'administrateurs externes dits « partenaires », et sous la forme d'une lettre à Eric Fottorino, un engagement de ne pas accepter de nouveau mandat de président ou de vice-président de la SRM en juin 2008, de sorte que je ne puisse plus siéger au conseil de surveillance. Cet engagement contraint, imposé avant le vote, a été la résultante d'un marchandage de plus de six heures dont le premier terme devait être ma démission au 31 mars, date de départ d'Alain Minc. Faute de quoi, Eric Fottorino n'aurait pas été nommé.

Si j'ai effectivement évoqué la perspective de mon départ lors des réunions internes/externes des 17 et 19 janvier, je devais pouvoir garder, en tout état de cause, la maîtrise de mon choix et de la date de ce départ « le moment venu ». N'étant pas spécialement accroché au pouvoir (j'ai suffisamment combattu ceux qui s'y accrochaient pour m'en préserver), je considérais qu'une nouvelle phase pouvait s'ouvrir dès lors qu'une série de dossiers allaient être bouclés (stabilité de la gouvernance, plan de redressement écartant tout recours à la recapitalisation massive Lagardère-Prisa).

A plusieurs reprises, dans les jours qui ont précédé l'assemblée générale de la SRM, j'ai indiqué à Eric Fottorino, et en présence de témoins, qu'il était hors de question de lier ce départ à une quelconque date, et a fortiori à celle du départ d'Alain Minc. La survie de celui-ci à son poste ne tient qu'au protocole d'accord qu'il a signé afin d'éviter les poursuites judiciaires que les sociétés de personnels s'apprêtaient à engager pour contester son élection. Mon départ ne pouvait être que librement consenti et non constituer une monnaie d'échange: le prix à payer de mes convictions, qui m'ont semblé, ces derniers mois, être majoritairement les vôtres.

Or vendredi, une demi-heure avant le conseil de surveillance, et donc après notre assemblée générale de jeudi, Eric Fottorino, accédant enfin à notre demande de connaissance des trois conditions précises sur lesquelles il s'était engagé pour obtenir le soutien des administrateurs externes, dont Alain Minc, nous a montré, à Béatrice Gurrey et à moi-même, une feuille A4 intitulé « protocole d'accord » : au deuxième point figurait que je devais moi-même « personnellement m'engager » à quitter mes fonctions de président de la SRM au 31 mars. Au troisième point que la commission chargée d'examiner une éventuelle recapitalisation allait plancher sur l'exacte proposition faite par Lagardère-Prisa de rachat des ORAs susceptible de nous faire perdre le contrôle du groupe.

Je n'ai pas à juger les engagements pris par Eric Fottorino en mon nom et sans mon accord. S'il m'avait clairement montré ce que demandaient les administrateurs externes, notamment le point 2, pour qu'il lui accorde leur soutien, je n'aurais pas accepté les termes du protocole qui lui avait été soumis.

Si je n'ai plus ni estime ni confiance dans les administrateurs externes qui étaient présents vendredi, j'exprime en revanche ma reconnaissance à Claude Perdriel qui a refusé le chantage qui m'était fait.

Je me retire donc.

Tout d'abord, parce qu'il me semble impossible que la fonction de président de la SRM puisse être entaché par un quelconque choix imposé par des administrateurs tiers. C'est une question de souveraineté. Ensuite, parce que seul ce geste, libre, peut à mes yeux effacer l'indignité qui m'a été imposée, c'est-à-dire la signature forcée au bas de mots qui n'étaient pas les miens, ce viol de ma conscience. Après ce qui s'est passé, j'ai terriblement besoin de liberté et d'indépendance.

Je remercie du fond du coeur celles et ceux qui m'ont accordé tout au long de ces derniers mois leur confiance et adressé leurs témoignages de sympathie. Je remercie les membres du conseil de gérance de la SRM pour leur soutien constant, la richesse de leurs opinions et leur attachement au dialogue.

Je remercie tout particulièrement Marie-José Gallard (Société des personnels du Monde), José Bolufer (Société des cadres du Monde), Dominique Gallois (Société des personnels du Monde), Valérie Hurier et Frédéric Théobald (Société civile des personnels de PVC), ainsi que Béatrice Gurrey (vice-présidente de la SRM ). Je pense également à Claire Ané (Société des rédacteurs du Monde Interactif) et Eric Maurice (Société des personnels de Courrier international). Et je n'oublie pas Olivier Clerc (Société des journalistes de Midi libre), qui a dû emprunter, je le regrette, un chemin divergent.

Je suis fier d'avoir travaillé auprès d'eux, toutes ces semaines, à rapprocher nos points de vue et mis nos énergies au service d'un même combat.

Ce combat, il est celui de l'indépendance économique du groupe, seule garante de l'indépendance éditoriale de nos titres et de nos sites. Il incarne nos valeurs, nos principes et notre engagement à promouvoir une information libre et de qualité.

Sauf décision contraire du conseil de gérance, je souhaite pouvoir rester simple cogérant le temps de terminer mon mandat. Je pourrai ainsi continuer de représenter la SRM au Forum des Sociétés de journalistes, dont je suis le président. Il y a là, dans cette instance, des collègues dont les sociétés jouissent de bien moins de droits que la nôtre, de belles personnalités que j'ai découvert récemment, toute entière dévouées à la promotion d'une information indépendante et de qualité.

Puisque, y compris dans l'esprit du nouveau président du groupe, directeur du journal, je serai seul facteur de crise, ayant "mis le Monde, ces derniers temps, en situation critique" (Le Figaro de ce jour), je souhaite que mon départ procure au conseil de surveillance l'apaisement que certains administrateurs externes souhaitaient. Puisse-t-il abonder dans le sens d'une pacification des relations entre la SRM et le directoire qui semblait, lors de l'assemblée générale de la SRM du 24 janvier, la seule condition sur laquelle Eric Fottorino s'était engagé.

Je laisse enfin le président du conseil de surveillance Alain Minc face à ses déclarations à Libération le 17 janvier -et aux promesses d'engagement de départ qu'elles contiennent - ou, ce que je crois plus probable, au déshonneur de ne pas tenir parole.

Très amicalement,
Jean-Michel Dumay



Et,

La letttre ouverte de Jean-Michel Dumay, le 30 janvier, aux sociétés actionnaires du groupe Le Monde


Mesdames, Messieurs,

Je vous confirme que je remettrai mon mandat de président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) à disposition de son conseil de gérance à l'issue des prochains conseils de surveillance des sociétés Le Monde et partenaires associés (LMPA), Le Monde SA et Société éditrice du Monde (SEM), soit compte tenu de la date programmée, si elle est maintenue, vendredi 1er février. Je démissionnerai donc de mon poste de vice-président du conseil de surveillance de ces sociétés.

Je sors progressivement de l'état de sidération et de destruction personnelles dans lequel m'ont plongé les six heures de chantage auquel m'ont soumis les administrateurs externes, dits "partenaires", à l'exception de Claude Perdriel, présents au conseil de surveillance du 25 janvier. Ceux-ci me demandaient de signer ma démission au 31 mars en échange de la nomination d'Eric Fottorino, faute de quoi le tribunal de commerce nous était promis.

Je n'arrive pas encore trop à comprendre comment un homme aussi respectable que Jean-Louis Beffa, président d'un grand groupe industriel français (Saint-Gobain), envers lequel j'avais de l'estime et de la confiance, ait pu, six heures durant, sous la contrainte, tenter de m'extorquer ma signature, et finalement réussir, en vue d'une renonciation - celle de mon mandat de président de la SRM et de vice-président du conseil de surveillance. Ces faits, pénalement répréhensibles, me laissent sans voix. Quelle entreprise, quel conseil d'administration, accepteraient qu'un administrateur représentant une poussière de capital force le représentant de l'actionnaire de référence à abréger son mandat? Au nom de quoi ai-je été une monnaie d'échanges?

Je n'arrive pas plus à comprendre comment Pierre Lescure, homme réputé des médias, et Régis de Laroullière (anciennement Médéric) ont pu, par leur demande conjointe et leur silence, se rendre complices d'un tel acte.

Je m'interroge encore sur la réalité des mandats de vote, avec injonction que je démissionne, qu'auraient donnés Etienne Pflimlin (Crédit Mutuel) et Marie-Louise Antoni (Generali), selon des informations communiquées vendredi. Le 17 janvier, tous deux avaient nié, devant les représentants des sociétés de personnels, avoir procédé à un quelconque chantage de la sorte. De même, il m'est difficile de penser que Pierre Richard (Dexia) et Mario Colaiacovo, avec lesquels j'entretenais des rapports cordiaux, se soient fait complices, quoique absents, de cet odieux marchandage.

Encore abasourdi par la violence du procédé, j'oscille entre la rage et la volonté d'obtenir réparation par des voies judiciaires et le dégoût profond, mêlé d'indifférence, qui me pousse à passer outre et voir au-delà.

Cependant, mise à part ce viol de ma conscience, je souhaite attirer votre attention sur l'atteinte faite au-delà de ma personne à notre collectivité, la Société des rédacteurs du Monde, et au-delà encore à toutes les sociétés de personnels actionnaires du groupe.

En me recevant dans une salle adjacente au conseil, et en me forçant à signer un quasi-acte de réddition, Jean-Louis Beffa a délibérément nié notre qualité d'actionnaire de référence. Cette négation signe, à mes yeux, le mépris dans lequel les administrateurs externes qui se sont liés à cette opération tiennent l'actionnariat salarié, et peut-être, plus spécifiquement, les rédacteurs du Monde. En ce sens, je considère que la violence faite à ma personne est une violence faite à la collectivité toute entière des 1600 salariés.

Je laisse à leurs auteurs le soin d'évaluer le préjudice causé par cette violence et la manière la plus digne de la réparer.

Je leur suggère néanmoins une voie: s'engager dès à présent à écarter le projet de recapitalisation Lagardère-Prisa par rachat des ORAs dont le seul objet est, par l'intermédiaire d'un chantage à l'emploi, de faire perdre au groupe son indépendance économique. Ce projet, destructeur, n'a été mis sur pied que par esprit de vengeance pour marginaliser définitivement les Sociétés de personnels, majoritaires au capital de la holding.

Sachez enfin que la nomination d'Eric Fottorino ayant reposé sur la conclusion d'un pacte secret conclu entre le président du conseil de surveillance représentant les administrateurs externes et le candidat, je considère comme nulle et non avenue la délibération du conseil de surveillance du 25 janvier relative à sa nomination. Il apparaît, en effet, que les assemblées générales des sociétés de personnels, qui n'ont pas eu connaissance de ce pacte secret avant de se prononcer, ont été trompées et que leur consentement a été vicié.

Il appartiendra à chaque société de personnels de définir l'attitude qu'elle entendra prendre vis-à-vis de ces faits.

Pour ma part, sachez que je ne reconnais ni l'autorité, ni la légitimité d'Eric Fottorino à présider le groupe.

On ne construit pas l'avenir sur un mensonge, fût-il par omission. On ne le construit surtout pas sur cette base dans une entreprise de presse où la vérité doit être recherchée.

Un journaliste doit dire la vérité quoiqu'il lui en coûte, disait Hubert Beuve-Méry, surtout s'il lui en coûte.

Bien amicalement,
Jean-Michel Dumay






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