Au Monde, Minc recule les échéances, la SRM cogite
Vendredi 1 Février 2008 à 16:35 | Lu 9054 fois I 0 commentaire(s)
Philippe Cohen
Réunion exceptionnelle vendredi 1er février du Conseil de la Société des rédacteurs du Monde, actionnaire de référence. Le conflit avec les actionnaires extérieurs se poursuit.
Comme nous le laissions entendre mardi dernier, la bataille entre Alain Minc, Président en partance du Conseil de surveillance du Monde et Jean-Michel Dumay, Président démissionnaire de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) ne sera pas terminée avec leur départ. Il est de bon ton, dans l’establishment parisien, de mettre en exergue l’affrontement de deux personnalités. Mais si c’était le cas, le départ programme des deux belligérants devrait se traduire par un apaisement. Or, tout indique que, dans les jours qui viennent, une guérilla feutrée et à gros risques juridiques risque de s’enclencher.
Côté Alain Minc, la violence de l’affrontement et la démission de Dumay ont poussé le président du Conseil de surveillance à reporter au 11 février la réunion du Conseil de surveillance convoquée pour le 1er février. Alain Minc, qui ne souhaite toujours pas répondre à nos questions, craignait sans doute une confrontation violente avec Jean-Michel Dumay et le rejet, par les actionnaires internes, d’un successeur susceptible d’écouter ses précieux « conseils ».
Des manquements au droit des sociétés ?
Par ailleurs, Alain Minc pourrait être confronté à plusieurs obstacles juridiques. Jean-Michel Dumay a déjà laissé entendre qu’il pourrait bien attaquer Jean-Louis Beffa au pénal pour extorsion de signature lors de la fameuse réunion du Conseil de surveillance du 25 janvier, où il avait dû signer sa reddition. Une autre menace se profile à travers le cas Médéric, groupe d'assurance. Le Monde Prévoyance, sociéte représentée au Conseil de surveillance du Monde, avait élu Régis de Larouillère pour représenter les compagnies d'assurance au sein du conseil. Or, ce dernier a été remplacé par Guillaume Sarkozy à la tête de Méderic depuis le 1er septembre 2006. Le nouveau patron de Médéric a souhaité, dans un premier temps, se concentrer sur ses nouvelles fonctions. Il a donc laissé Régis de Larouillère continuer à représenter Médéric au sein du Monde Prévoyance. Après le début de l’année 2007, Guillaume Sarkozy a demandé à Régis de Larouillère de lui céder sa place. Devant son silence, il a fini par envoyer du « papier bleu » à Larouillère lui-même, puis une lettre, également recommandée, à Alain Minc pour lui indiquer que Régis de Larouillère n’était plus en droit de représenter Médéric au sein du Conseil de surveillance du Monde. Sans réponse de ce dernier comme d’Alain Minc, Guillaume Sarkozy a donc dû se résigner à convoquer une Assemblée générale du Monde Prévoyance, pour lui permettre de remplacer Régis de Larouillère... La réunion s’est tenue le 24 janvier dernier. Mais après que Guillaume Sarkozy ait introduit la réunion, Régis de Larouillère a déclaré que, s’il démissionnait du Monde Prévoyance, il entendait continuer à s’occuper de la crise de gouvernance du Monde ! Ceci étant dit, l’impétrant a quitté l’Assemblée générale !
Incroyable situation, par laquelle un «manager» montre le peu de cas qu’il fait du droit sous prétexte qu’il bénéficie de la bienveillance d’Alain Minc… Le lendemain, la lettre de Guillaume Sarkozy a été portée à la connaissance des membres du Conseil de surveillance du groupe Le Monde … ce qui n’a pas empêché Régis de Larouillère de continuer à siéger ! Bref, ayant épuisé tous les recours, Guillaume Sarkozy, quoique très prudent sur ce dossier, pourrait bien se trouver contraint d’aller en justice pour faire appliquer la loi.
Cette entorse au droit n’est peut-être pas la seule. Les représentants des actionnaires internes au Monde déplorent le caractère très informel du fonctionnement du Directoire qui, durant des années, s’est réuni sans compte-rendu officiels. Et, comme Marianne2 l’avait évoqué, Jean-Louis Beffa et Etienne Pfimlin, respectivement présidents du Monde entreprises et de Claude Bernard participation, autres actionnaires du groupe Le Monde, se seraient permis de changer les statuts de ces sociétés sur la limite d’âge du Président après qu’eux-mêmes aient dépassé l’âge fatidique…
La SRM a-t-elle lâché Dumay ?
Du côté de Jean-Michel Dumay, le Conseil de gérance devait se réunir vendredi 1er février à 15 heures en sa présence. Le communiqué du Conseil de gérance a pu donner l’impression d’un lâchage en rase campagne de Dumay :
« Le conseil de gérance de la société des rédacteurs du Monde tient à saluer le courage et la vigilance dont a fait preuve son président, Jean-Michel Dumay, dans l’exercice de son mandat. Après avoir pris connaissance de la lettre qu’il a envoyée aux membres du conseil de surveillance du groupe, le conseil de gérance précise que celle-ci exprime un sentiment personnel. Il résulte du fait que Jean-Michel Dumay vient de vivre une épreuve d’une rare violence morale. La priorité du conseil de gérance est maintenant de travailler, notamment, avec le directoire et les membres du conseil de surveillance pour éviter qu’un éventuel projet de recapitalisation conduisant à la perte de contrôle du groupe par son actionnaire de référence ne soit mis en œuvre. »
En réalité, cette prise de distance apparente à l'endroit de Dumay s’explique par le contexte : la SRM est aujourd’hui obligée de continuer à soutenir Eric Fottorino, nouveau Président du groupe Le Monde que Dumay ne reconnait plus, car son départ replongerait le groupe dans un no man’s land juridique aboutissant à la solution Minc, à savoir le recours au Tribunal de commerce.
Par ailleurs, les membres de la SRM craignent que les actionnaires externes n’osent contredire Alain Minc tant que ce dernier restera présent au Conseil de surveillance. Le communiqué ne vaut donc pas désaveu de Dumay, même si cela est difficile à comprendre à l’extérieur de l’entreprise.
QUel est l’enjeu de la réunion du conseil de gérance de la SRM ? Décider des moyens de s’opposer à « l’OPA de fait » des groupes Lagardère et Prisa sur le groupe, OPA symbolisée par l’incroyable interview du directeur général de Prisa dans l’Express, dans laquelle il annonce tranquillement que la SRM ne devra plus se mêler de gérer l’entreprise, son rôle devant désormais se borner à élire le directeur de la rédaction du quotidien.
Ce qui pose trois problèmes :
1) La situation financière du groupe Le Monde n’implique nullement une prise de contrôle par Lagardère et Prisa. La SRM a tout loisir d’imaginer d’autres solutions, et notamment la mise en œuvre d’un plan d’économie permettant de stabiliser l’actionnariat tel qu’il est, moyennant un pacte d’actionnaire permettant d’éviter de nouvelles crises comparables à celle d’aujourd’hui. Ses représentants pourraient tout à fait développer cette option au sein de la commission créée par Eric Fottorino pour envisager à la fois le plan d’économie et une éventuelle recapitalisation.
2) Quand bien même la SRM décidait de renoncer à son pouvoir de gestion, elle serait fonder à vendre à un prix bien supérieur à celui du rachat des Obligations remboursables en actions (ORA, soit 75 millions d’euros) un groupe qui comprend, outre Le Monde, Le Monde itneractif, les magazines Télérama, Courrier International et d’autres actifs.
3) Enfin, la SRM doit se prononcer sur le nom du successeur de Minc. Elle risque de récuser Jean-Louis Beffa, avec lequel la tension a été paroxystique lors du Conseil de surveillance du 25 janvier. Parviendra-t-elle à trouver un autre candidat indépendant de Minc et faisant consensus parmi les actionnaires extérieurs ?
Il sera délicat pour les membres du conseil de gérance de la SRM d'établir un accord sur ces questions. Mais il serait encore plus périlleux de convoquer une Assemblée générale de la SRM avec tous risques de division que celle-ci comporte ? Réponse dans quelques heures.
Côté Alain Minc, la violence de l’affrontement et la démission de Dumay ont poussé le président du Conseil de surveillance à reporter au 11 février la réunion du Conseil de surveillance convoquée pour le 1er février. Alain Minc, qui ne souhaite toujours pas répondre à nos questions, craignait sans doute une confrontation violente avec Jean-Michel Dumay et le rejet, par les actionnaires internes, d’un successeur susceptible d’écouter ses précieux « conseils ».
Des manquements au droit des sociétés ?
Par ailleurs, Alain Minc pourrait être confronté à plusieurs obstacles juridiques. Jean-Michel Dumay a déjà laissé entendre qu’il pourrait bien attaquer Jean-Louis Beffa au pénal pour extorsion de signature lors de la fameuse réunion du Conseil de surveillance du 25 janvier, où il avait dû signer sa reddition. Une autre menace se profile à travers le cas Médéric, groupe d'assurance. Le Monde Prévoyance, sociéte représentée au Conseil de surveillance du Monde, avait élu Régis de Larouillère pour représenter les compagnies d'assurance au sein du conseil. Or, ce dernier a été remplacé par Guillaume Sarkozy à la tête de Méderic depuis le 1er septembre 2006. Le nouveau patron de Médéric a souhaité, dans un premier temps, se concentrer sur ses nouvelles fonctions. Il a donc laissé Régis de Larouillère continuer à représenter Médéric au sein du Monde Prévoyance. Après le début de l’année 2007, Guillaume Sarkozy a demandé à Régis de Larouillère de lui céder sa place. Devant son silence, il a fini par envoyer du « papier bleu » à Larouillère lui-même, puis une lettre, également recommandée, à Alain Minc pour lui indiquer que Régis de Larouillère n’était plus en droit de représenter Médéric au sein du Conseil de surveillance du Monde. Sans réponse de ce dernier comme d’Alain Minc, Guillaume Sarkozy a donc dû se résigner à convoquer une Assemblée générale du Monde Prévoyance, pour lui permettre de remplacer Régis de Larouillère... La réunion s’est tenue le 24 janvier dernier. Mais après que Guillaume Sarkozy ait introduit la réunion, Régis de Larouillère a déclaré que, s’il démissionnait du Monde Prévoyance, il entendait continuer à s’occuper de la crise de gouvernance du Monde ! Ceci étant dit, l’impétrant a quitté l’Assemblée générale !
Incroyable situation, par laquelle un «manager» montre le peu de cas qu’il fait du droit sous prétexte qu’il bénéficie de la bienveillance d’Alain Minc… Le lendemain, la lettre de Guillaume Sarkozy a été portée à la connaissance des membres du Conseil de surveillance du groupe Le Monde … ce qui n’a pas empêché Régis de Larouillère de continuer à siéger ! Bref, ayant épuisé tous les recours, Guillaume Sarkozy, quoique très prudent sur ce dossier, pourrait bien se trouver contraint d’aller en justice pour faire appliquer la loi.
Cette entorse au droit n’est peut-être pas la seule. Les représentants des actionnaires internes au Monde déplorent le caractère très informel du fonctionnement du Directoire qui, durant des années, s’est réuni sans compte-rendu officiels. Et, comme Marianne2 l’avait évoqué, Jean-Louis Beffa et Etienne Pfimlin, respectivement présidents du Monde entreprises et de Claude Bernard participation, autres actionnaires du groupe Le Monde, se seraient permis de changer les statuts de ces sociétés sur la limite d’âge du Président après qu’eux-mêmes aient dépassé l’âge fatidique…
La SRM a-t-elle lâché Dumay ?
Du côté de Jean-Michel Dumay, le Conseil de gérance devait se réunir vendredi 1er février à 15 heures en sa présence. Le communiqué du Conseil de gérance a pu donner l’impression d’un lâchage en rase campagne de Dumay :
« Le conseil de gérance de la société des rédacteurs du Monde tient à saluer le courage et la vigilance dont a fait preuve son président, Jean-Michel Dumay, dans l’exercice de son mandat. Après avoir pris connaissance de la lettre qu’il a envoyée aux membres du conseil de surveillance du groupe, le conseil de gérance précise que celle-ci exprime un sentiment personnel. Il résulte du fait que Jean-Michel Dumay vient de vivre une épreuve d’une rare violence morale. La priorité du conseil de gérance est maintenant de travailler, notamment, avec le directoire et les membres du conseil de surveillance pour éviter qu’un éventuel projet de recapitalisation conduisant à la perte de contrôle du groupe par son actionnaire de référence ne soit mis en œuvre. »
En réalité, cette prise de distance apparente à l'endroit de Dumay s’explique par le contexte : la SRM est aujourd’hui obligée de continuer à soutenir Eric Fottorino, nouveau Président du groupe Le Monde que Dumay ne reconnait plus, car son départ replongerait le groupe dans un no man’s land juridique aboutissant à la solution Minc, à savoir le recours au Tribunal de commerce.
Par ailleurs, les membres de la SRM craignent que les actionnaires externes n’osent contredire Alain Minc tant que ce dernier restera présent au Conseil de surveillance. Le communiqué ne vaut donc pas désaveu de Dumay, même si cela est difficile à comprendre à l’extérieur de l’entreprise.
QUel est l’enjeu de la réunion du conseil de gérance de la SRM ? Décider des moyens de s’opposer à « l’OPA de fait » des groupes Lagardère et Prisa sur le groupe, OPA symbolisée par l’incroyable interview du directeur général de Prisa dans l’Express, dans laquelle il annonce tranquillement que la SRM ne devra plus se mêler de gérer l’entreprise, son rôle devant désormais se borner à élire le directeur de la rédaction du quotidien.
Ce qui pose trois problèmes :
1) La situation financière du groupe Le Monde n’implique nullement une prise de contrôle par Lagardère et Prisa. La SRM a tout loisir d’imaginer d’autres solutions, et notamment la mise en œuvre d’un plan d’économie permettant de stabiliser l’actionnariat tel qu’il est, moyennant un pacte d’actionnaire permettant d’éviter de nouvelles crises comparables à celle d’aujourd’hui. Ses représentants pourraient tout à fait développer cette option au sein de la commission créée par Eric Fottorino pour envisager à la fois le plan d’économie et une éventuelle recapitalisation.
2) Quand bien même la SRM décidait de renoncer à son pouvoir de gestion, elle serait fonder à vendre à un prix bien supérieur à celui du rachat des Obligations remboursables en actions (ORA, soit 75 millions d’euros) un groupe qui comprend, outre Le Monde, Le Monde itneractif, les magazines Télérama, Courrier International et d’autres actifs.
3) Enfin, la SRM doit se prononcer sur le nom du successeur de Minc. Elle risque de récuser Jean-Louis Beffa, avec lequel la tension a été paroxystique lors du Conseil de surveillance du 25 janvier. Parviendra-t-elle à trouver un autre candidat indépendant de Minc et faisant consensus parmi les actionnaires extérieurs ?
Il sera délicat pour les membres du conseil de gérance de la SRM d'établir un accord sur ces questions. Mais il serait encore plus périlleux de convoquer une Assemblée générale de la SRM avec tous risques de division que celle-ci comporte ? Réponse dans quelques heures.
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