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Attention, la vraie Chine arrive... par les médias

Mardi 5 Janvier 2010 à 11:01 | Lu 9759 fois I 31 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Selon le quotidien Libanais l'Orient-Le Jour, lors d'un séminaire pour journalistes des pays en voie de développement qui se tenait à Pékin, la Chine a plaidé pour la création d'un réseau de journalistes destiné à contrebalancer les informations biaisées sur les pays en développement. Certains évoquant une chaîne de télé. Simple contre-offensive médiatique au discours occidental ou cinquième colonne ?


Le Building de la Télévision chinoise CCTV
Le Building de la Télévision chinoise CCTV
Grande Puissance affirmée, la Chine entend désormais gagner la bataille de l’opinion publique. Sur tous les fronts. Dès 2006, certains indices laissaient présager les prémices de cette montée en puissance médiatique et cet attrait pour le soft power. Ainsi en décembre 2006, le Bureau d’information du Conseil des Affaires d’Etat chinois publie, notamment en Français, un livre blanc traitant de la posture chinoise en matière de défense. Une initiative considérée comme « un exercice de communication destiné à ne pas laisser inoccupé le terrain de l’information ». Le premier acte de la guerre d’information.

Depuis, la Chine poursuit les exercices de démonstration de son soft-power : positionnement dans les institutions internationales, ouverture de sites internet institutionnels, lancements de médias dans le monde entier, diffusion des idées et de la culture au travers des Instituts Confucius. De nombreux sites internet de ministères chinois – même celui de la défense - possèdent une version anglaise, ou même française. Objectif de Pékin: « montrer la vraie Chine à des publics multiples. La Chine rêve d'exercer une influence à la mesure de sa nouvelle place économique dans le monde et les médias paraissent être le meilleur outil à sa disposition  ».  

Chinafrique: les échanges progressent, la passion s'émousse

L’année 2009 a vu à travers le monde le lancement de chaînes officielles (CCTV) en arabe, français, espagnol, anglais et russe. Un investissement de près de 5 milliards d’euros. Lors d’un forum chinois et européen des médias, l’ambassadeur chinois à l’Union Européenne a  fustigé « les préjugés systématiques, avec la persistance de commentaires condescendants et les critiques sans fondement. Dans certains cas extrêmes, ils vont même jusqu'à abandonner les principes fondamentaux de l'objectivité et violer l'éthique professionnelle ». Un long texte laissant entrevoir qu’une relation stratégique de long terme entre l’UE et la Chine ne pourrait s’établir avec une telle pression médiatique. Intéressant…

Une stratégie de conquête des cerveaux dans laquelle la diaspora chinoise joue également un rôle essentiel. On estime que 50 millions de Chinois vivent hors de Chine, sans compter les Chinois d'Outre Mer que Pékin considère comme des Chinois. Leur poids économique est énorme, évalué à 500 milliards de dollars. L’Asie du Sud-Est est leur première terre de conquête - on l'appelle le collier de perles dans le langage post-maoïste fleuri de Pékin - mais aussi l’Océanie, l’Amérique du Sud. Plus récemment, la Russie notamment par la Sibérie où l’on évoque cette lointaine province, qui compterait 500.000 ressortissants de l’empire du Milieu, comme la « Sibérie chinoise ».

Avide de matières premières, la présence chinoise en Afrique progresse à un rythme effréné. Mais la passion bilatérale s’émousse: si les rapports entre dirigeants sont excellents, « les intentions chinoises n'apparaissent plus sur place autant désintéressées qu'aux origines » comme le faisait remarquer, en novembre 2009, le site Toutsurlachine au moment du quatrième forum sur la coopération sino-africaine.

Conjuguer communisme et modernité et concurrencer les médias occidentaux

Et la Chine n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.  Si l’on en croît le quotidien libanais l’Orient/Le Jour : « Lors de la séance de clôture du séminaire pour les journalistes et les responsables de presse des pays en développement, organisé à Beijing par le « State Council Information Office », et financé par le ministère chinois du Commerce, les participants ont appelé à la création d'un réseau de journalistes pour contrebalancer les informations parfois biaisées sur les pays en développement, dont notamment la Chine et l'Afrique. Lisant un communiqué préparé par les pays africains, un journaliste nigérian a insisté sur une stratégie visant à concurrencer les médias occidentaux. Il a préconisé ainsi un programme d'échange (séminaires, visites, réunions virtuelles, etc.) entre les journalistes des pays en développement afin de renforcer leurs capacités et leurs qualifications. Selon lui, « la Chine et l'Afrique sont sur le même bateau ». D'autres journalistes ont appelé les pays pauvres à profiter « de l'expérience et de la politique chinoises qui ont pu conjuguer à merveille communisme et modernité ». Certains évoquant la création d'une chaîne de télé commune.

La naissance d’une « cinquième colonne » ? L’opération en a tous les atours, et rappelle davantage la propagande au gros rouge qui tâche du Kremlin que les subtilités d'un soft power à l'américaine. Elle apparaît en tout cas plutôt réussie si l’on en croît le journal qui conclut : « Près d'une centaine de journalistes venant de plus de 40 pays ont pu ainsi découvrir un peuple accueillant et chaleureux, et reviendront à leurs pays respectifs avec une centaine de nouvelles histoires sur la Chine. N'est-ce pas là le vrai succès de ce séminaire ? ». Sans nul doute.








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